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Burkina Faso : Affaire Norbert Zongo : Le rapport qui dénonçait un assassinat politique

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13 décembre 1998-13 décembre 2017. 19 ans déjà que Norbert Zongo, journaliste burkinabé, directeur de publication de L’Indépendant a été assassiné. Depuis lors, la famille attend toujours que justice soit rendue. François Compaoré, frère cadet de l’ancien président de la République, Blaise Compaoré, est le principal suspect de cet assassinat qualifié de politique par une Commission d’enquête indépendante créée le 7 janvier 1999 par décret présidentiel. Cette dernière qui a bouclé son enquête le 7 mai 1999 a mis en cause des éléments du Régiment de la sécurité présidentielle. Voici du reste les conclusions de l’enquête :

Des investigations menées par la Commission d’Enquête Indépendante du 7 janvier au 7 mai1999, il ressort que :

– Norbert ZONGO, Ernest ZONGO, Blaise ILBOUDO et Abdoulaye dit Ablassé NIKIEMA ont été assassinés le 13 décembre 1998 à sept kilomètres de Sapouy (province du Ziro), à une centaine de kilomètres de Ouagadougou.

– cet assassinat visait principalement Norbert ZONGO, alias Henri SEBGO, 49 ans, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant et président de la Société Editeurs de la Presse Privée (SEP). Ses trois compagnons ont été tués, pour ne pas laisser de témoins gênants vivants.

– Norbert ZONGO et ses compagnons ont été assassinés par plusieurs personnes (au moins trois). Ils ont été abattus au moyen d’un revolver 38 spécial et de fusils calibre 12 semi-automatique dont l’un de marque Valtro.

norbert-zongo-burkina– concernant les mobiles de ce quadruple meurtre, la Commission d’Enquête Indépendante pense qu’il faut les chercher du côté des enquêtes menées depuis des années par le journaliste, et notamment sur ses récentes investigations concernant la mort de David OUEDRAOGO, le chauffeur de François COMPAORE, conseiller à la Présidence.

– Norbert ZONGO a été assassiné pour des motifs purement politiques parce qu’il pratiquait un journalisme engagé d’investigation. Il défendait un idéal démocratique et avait pris l’engagement, avec son journal, de lutter pour le respect des droits de l’homme et la justice, et contre la mauvaise gestion de la chose publique et l’impunité.

– en ce qui concerne les auteurs du crime, la Commission d’Enquête Indépendante ne dispose pas de preuves formelles permettant de les désigner.

Elle a cependant relevé des contradictions et des incohérences dans les auditions d’un certain nombre de personnes suspectées en relation avec leur emploi du temps du 13 décembre 1998, notamment le soldat Christophe KOMBACERE, le soldat Ousseini YARO, le caporal Wampasba NACOULMA, le sergent Banagoulo YARO, le sergent Edmond KOAMA et l’adjudant Marcel KAFANDO du Régiment de sécurité présidentielle (R.S.P.). Cela n’en fait pas des coupables mais de sérieux suspects.

  1. Les recommandations

La Commission d’Enquête Indépendante recommande au gouvernement du Burkina Faso :

1) qu’une suite judiciaire soit donnée aux résultats de l’enquête et que des moyens matériels et financiers suffisants soient alloués au magistrat chargé de ce dossier.

2) que les veuves et les orphelins de Norbert ZONGO et de ses compagnons bénéficient d’une prise en charge par les services de l’Etat.

3) que les textes en matière de police soient respectés de façon rigoureuse afin de faire la distinction entre fonctions militaires et fonctions policières, y compris en matière de sécurité d’Etat.

4) que le Conseil de l’Entente, qui abrite la garde présidentielle, soit soumis aux règles d’une armée républicaine et que le Régiment de la sécurité présidentielle se limite à sa mission qui est d’assurer la protection du chef de l’Etat.

5) que l’ensemble des dossiers de “disparitions” et d’assassinats toujours sans explication soient ouverts et définitivement réglés.

6) qu’en raison de la barbarie avec laquelle il a été commis et la cruauté qu’il dénote, des dispositions législatives soient prises afin que le crime du 13 décembre 1998 soit considéré comme un crime imprescriptible. La Commission d’Enquête Indépendante demande enfin aux protagonistes de la scène politique burkinabé – pouvoir, opposition, société civile – de faire preuve de responsabilité et de sérénité afin que le dossier sur la mort de Norbert ZONGO et ses trois compagnons trouve la juste solution à laquelle chacun doit aspirer.

Source : Pages 28, 29 Rapport Commission d’enquête indépendante sur l’affaire Norbert Zongo du 6 mai 1999

Composition de la Commission d’enquête indépendante

1) un magistrat représentant le ministère de la Justice,

2) un représentant du ministère de la Défense,

3) un représentant du ministère de l’Administration territoriale et de la sécurité,

4) un représentant du Barreau,

5) un représentant de chacune des familles des victimes,

6) un représentant de la Société des éditeurs de presse,

7) un représentant de la Ligue de défense de la liberté de la presse,

8) trois représentants des Mouvements de droits de l’homme,

9) un représentant de l’Association des journalistes du Burkina.
Les organisations internationales de journalistes et de défense des droits de l’homme pourront faire partie de la Commission d’Enquête dans la limite d’un quota de cinq (5) places.”

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