Cameroun : Affaire CRTV : Le prisonnier politique P. Abah Abah au centre d’un détournement imaginaire

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 3, 2016 20:04

Cameroun : Affaire CRTV : Le prisonnier politique P. Abah Abah au centre d’un détournement imaginaire

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  • Accusé d’avoir distrait plus de 200 millions de F CFA en co-action avec l’ancien patron de la radio et télévision publique (CRTV), Gervais Mendo Ze, l’ancien directeur des Impôts a, preuve à l’appui, démontré que ce montant qui provenait d’une banque privée a échoué dans le compte de la direction des Impôts et non dans le sien. Polycarpe Abah Abah a également expliqué que le protocole d’accord signé en début des années 2000 entre la CRTV et la direction des Impôts était légal.

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Accusé  d’avoir distrait plus de 200 millions de F CFA en co-action avec l’ancien patron de la radio et télévision publique (CRTV), Gervais Mendo Ze, l’ancien directeur des Impôts a, preuve à l’appui, démontré que ce montant qui provenait d’une banque privée a échoué dans le compte de la direction des Impôts et non dans le sien. Polycarpe Abah Abah a également expliqué que le protocole d’accord signé en début des années 2000 entre la CRTV et la direction des Impôts était légal.

Pour le parquet du Tribunal criminel spécial (Tcs), rien à faire. 205,873 millions de F CFA ont été distraits courant 2004 par Polycarpe Abah Abah, en co-action avec l’ancien directeur général de la Cameroon radio and television (Crtv), Gervais Mendo Ze (principal accusé). D’après l’accusation, cet argent a servi à couvrir les besoin de la Mutuelle du personnel de la direction des Impôts dont M. Abah Abah était le président du Conseil d’administration. Le ministère public estime que le protocole d’accord signé (qu’il n’a du reste pas produit) entre la Direction générale des impôts (Dgi) et la Cameroon radio and télévision (Crtv) en 2000 viole l’ordonnance du 12 décembre 1989. Cette ordonnance qui institue la redevance audiovisuelle donne compétence aux services financiers de la Crtv uniquement de recouvrer cette redevance.

A l’audience du 27 juillet dernier au Tcs, Polycarpe Abah Abah a déconstruit cette accusation. Ce, en s’appuyant sur l’historique des comptes de la Dgi et d’un certain nombre de textes. D’abord au sujet des 205, 873 millions de F CFA. Face à M.Mbang, cadre au ministère des Finances et témoin de l’accusation, Polycarpe Abah Abah a démontré que cet argent a servi au fonctionnement de la Dgi et au paiement des fournisseurs de cette administration publique. Pour se justifier, l’ancien directeur des Impôts a produit un extrait du procès-verbal d’audition de Mme Mballa Owono Helène, billetrice à la Dgi, devant le corps spécialisé des officiers de police judiciaire du Tcs.

polycarpe Abah abah

Polycarpe Abah abah

L’argent « détourné » provenait d’Afriland First Bank

S’agissant de la provenance de cette somme objet des poursuites contre M.Abah Abah, ce dernier a également produit l’historique du compte N°311198516315000 de la Dgi du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2005. Il en ressort que les 205, 873 millions de F CFA proviennent du compte de Afriland First Bank à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac). Et que le virement de cet argent a bénéficié à la Crtv en faveur de la Dgi. Par ailleurs, M.Abah Abah a démontré que le protocole d’accord signé en 2000 entre la Crtv et la Dgi était adossé sur un certain nombre de textes. Notamment l’article 196 du Code général des impôts et le décret N°98/217 du 9 septembre 1998 portant organisation du ministère de l’Economie et des Finances qui donne compétence à la direction des Impôts de recouvrer et de retenir 10% des frais d’assiettes et de redevance (y compris la redevance audiovisuelle).

Ce protocole d’accord est une initiative de la Division des grandes entreprises de la Dgi. D’autres entreprises publiques telles que le Fonds d’équipement intercommunal (Feicom), le Fonds national de l’emploi (Fne) ont signé un protocole similaire. C’est le 5e procès intenté contre Polycarpe Abah Abah depuis son arrestation le 31 mars 2008. Après sa condamnation à 25 ans de prison ferme le 13 janvier 2015, après son acquittement dans l’affaire de la franco-camerounaise Me Lydienne Yen Eyoum pour malversations financières, après sa condamnation à 6 ans de prison en appel pour tentative d’évasion aggravée en décembre dernier, revoilà l’ancien ministre de l’Economie et des Finances dans une affaire de détournements de fonds. Un autre procès contre Abah Abah portant sur le détournement de 1,8 milliards de F CFa est en cours au Tcs.

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Gervais Mendo Ze, principal accusé dans cette affaire

Détenu dans un camp militaire au secrétariat d’Etat à la défense (bureaux du patron de la gendarmerie nationale), Polycarpe Abah Abah est reconnu comme prisonnier politique par le Comité de libération des prisonniers politiques (Cl2p), un organisme basé en France qui défend la cause des prisonniers politiques au Cameroun et en Afrique.

Michel Biem Tong

 

 

 

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 3, 2016 20:04