Cameroun : Affaire Ivo Fomusoh et Cie : 55 ONG écrivent à Paul Biya

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 21, 2017 21:29

Cameroun : Affaire Ivo Fomusoh et Cie : 55 ONG écrivent à Paul Biya

Grandes Lignes

  • Des organisations locales, sous-régionales, africaines et internationales de défense des droits de l’homme demandent au chef de l’Etat camerounais de libérer les 3 élèves Condamnés à 10 ans de prison ferme pour avoir reçu et échangé un SMS blagueur sur Boko Haram. L’intégralité de la correspondance parvenue à notre rédaction.

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Des organisations locales, sous-régionales, africaines et internationales de défense des droits de l’homme demandent au chef de l’Etat camerounais de libérer les 3 élèves Condamnés à 10 ans de prison ferme pour avoir reçu et échangé un SMS blagueur sur Boko Haram. L’intégralité de la correspondance parvenue à notre rédaction. 

Excellence Monsieur le Président,

Nous, 55 Organisations de la société civile, nationales, régionales et internationales, avons l’honneur de vous écrire pour vous faire part de nos profondes préoccupations relativement à la situation des trois jeunes Camerounais, Levis Gob Azah, Ivo Feh Fomusoh et Nivele Nfor Afuh, inculpés pour « non-dénonciation d’actes terroristes » depuis le 19 octobre 2016 et détenus à la Prison Principale de Yaoundé-Kondengui depuis décembre 2014.

Excellence Monsieur le Président,

paul biya

Le président de la République du Cameroun, Paul Biya

Condamnés à 10 ans de prison ferme par le Tribunal Militaire de Yaoundé, les jeunes AZAH, IVO FEH FOMUSOH ET NIVELE NFOR AFUH n’ont pas une fois de plus répondu à l’appel le 04 septembre 2017 quand des millions de leurs camarades ont retrouvé les salles de classe pour prendre rendez-vous avec leur avenir. Pourtant, ils ne sont pas des assassins, ils ne sont pas des bandits de grand chemin, non ! Mais à cause d’une mauvaise blague échangée par message téléphonique, alors qu’ils ignoraient la portée de cet acte.

Pour les enfants de la partie sud du Cameroun, Boko Haram ne signifie pas la même chose que pour ceux de la partie septentrionale vivant au jour le jour avec les exactions et les atrocités de la secte terroriste Boko Haram qui exécutent devant eux des parents, des amis et d’autres personnes qui leur sont chères. Pour les enfants du Sud, Boko Haram est une notion trop abstraite et trop lointaine pour avoir réelle emprise sur leur quotidien.

Excellence Monsieur le Président,

En décembre 2014, LEVIS GOB AZAH reçoit un message texte en anglais libellé comme suit : «Boko Haram recrute des jeunes de 14 ans et plus. Conditions de recrutement : avoir validé un GCE A level en quatre (04) matières plus religion». Il transfère le SMS à son ami IVO FEH FOMUSOH qui à son tour le fait suivre à NIVELLE NFOR AFUH, élève de Première au Lycée Bilingue de Déido à Douala. Par malheur, le message texte est découvert par un enseignant qui avait confisqué son téléphone lors de son cours. Ce dernier alerte aussitôt la police qui remonte jusqu’aux deux autres jeunes gens. Les trois sont alors traduits devant le Tribunal Militaire de Yaoundé,« jugés » et condamnés à 10 ans de prison ferme pour « non-dénonciations d’actes de terrorisme ». Leurs avocats ont fait appel, mais depuis, les jeunes croupissent dans la prison.

Excellence Monsieur le Président,

Le secret de la correspondance est protégé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui dispose en son article 12 que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation . Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ». La Constitution du Cameroun dans son préambule stipule : « Le secret de toute correspondance est inviolable. Il ne peut y être porté atteinte qu’en vertu des décisions émanant de l’autorité judiciaire ».

ivo

Le jeune Ivo Fomusoh

Par conséquent, toute information obtenue en violation d’une disposition constitutionnelle devient irrecevable devant la justice. Dans le cas précis, les magistrats ne semblent pas avoir étudié les antécédents et le profil psychologique de ces enfants pour vérifier s’ils s’étaient radicalisés ou alors s’ils avaient déjà posé des actes qui auraient pu les présenter comme des récidivistes ou des individus dangereux prêts à basculer ou à poser des actes criminels

Par ailleurs, le rôle d’un enseignant est d’éduquer les enfants qui lui sont confiés et non de les livrer à la police quand se présente le premier vrai problème d’éducation. En y réfléchissant un peu, il aurait peut-être compris que Boko Haram signifiant « l’éducation occidentale est un péché », dire que ce monstre voulait « recruter des enfants qui ont un GCE de l’école occidentale en quatre(04) matières plus religion » était une énorme absurdité et ne pouvait être qu’une funeste blague qu’un esprit retors a envoyée à des adolescents candides pour des raisons inexplicables.

Excellence Monsieur le Président,

Nous avons appris avec joie que le 30 août 2017, vous avez prescrit l’arrêt des poursuites engagées contre certains leaders et prisonniers de la cause anglophone qui ont été aussitôt libérés. Cela démontre que vous êtes constamment à l’écoute de votre cœur et de votre peuple uni dans sa diversité

Nous venons toutefois vous demander d’instruire vos différents services de :

– Mener des enquêtes beaucoup plus approfondies pour découvrir l’auteur du message envoyé à LEVIS GOB AZAH pour élucider le mystère

– De libérer sans condition ces trois jeunes camerounais, fer de lance de la nation : AZAH, IVO FEH FOMUSOH ET NIVELE NFOR AFUH, afin qu’ils puissent reprendre leurs études. Ouvrir une école, c’est fermer une prison. Il serait donc incompréhensible que des adolescents candides soient sortis de l’école pour la prison.

Comptant sur votre diligence habituelle,

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Ont signé les organisations de la société civile

1) Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-RCA)
2) Action des jeunes pour le Bien Etre Social (AJBS-RDC)
3) Action pour les Droits et l’Education à la Paix (ADEP-RDC)
4) African Center for Democracy and Human Rights Studies (ACDRHRS-Gambie)
5) Affirmative Action (Yaoundé)
6) Amnesty International ;
7) Arche d’Alliance (RDC) ;
8) Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ-RDC)
9) Association De Défense De L’environnement Et De Préservation De L’esprit De Village
(ADEPEV-RDC) ;
10) Association de Promotion et d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (RDC)
11) Association des Jeunes Solidaires de Garoua (ADJSG-Cameroun)
12) Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF-Cameroun)
13) Association des Mamans Chrétiennes pour l’Assistance aux Vulnérables (AMCAV –RDC)
14) Association pour les Droits de l’Homme et l’Univers Carcéral (ADHUC-Congo-Brazzaville)
15) BrainForest (Gabon) ;
16) Association des Jeunes Solidaires de Garoua (ADJSG-Cameroun)
17) Cameroonian Aids Foundation (CAMFAIDS-Cameroun)
18) Centre Résolution Conflits (CRC-RDC)
19) Centre de Réflexion et de Lutte pour les Droits Humains et contre le SIDA (CERLUDHUS-Cameroun) ;
20) Centre pour l’Information Environnementale et le Développement Durable (CIEDD-RCA)
21) Cercle des Droits de l’Homme et de Développement CDHD – (République du Congo)
22) Cercle Uni des Droits de l’Homme et Culture de Paix (CUDHOC-Congo Brazzaville)
23) Civicus (World Alliance for Citizens Participation Afrique du Sud)
24) Collectif des jeunes du Mayo Rey pour le développement (Cameroun)
25) Collectif Filimbi (RDC);
26) Comité d’Etude et d’information sur la Drogue
27) Conseil des Jeunes Unis pour la Démocratie et le Progrès (Cameroun)
28) Convergencia Para la Democra (Guinée Equatoriale)
29) Droit de l’Homme Sans Frontières (Tchad)
30) Fédération internationale des ligues des droits de l’homme; (FIDH)
31) Formation et le Développement (OFFED-RDC)
32) Foyer de Développement pour l’Autopromotion des Pygmées et Indigènes Défavorisés Hope for Indigenous Peoples ((FDAPID_Hope for Indigenous People-RDC)
33) Human Rights Defenders Solidarity Network en sigle (HRDSNET-Ouganda)
34) Human Rights Institute of South Africa (HURISA-Afrique du Sud)
35) Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix (ICJP-RDC)
36) Initiatives For Tolerance in Africans Mind and Mouths (ITAMM-Cameroun)
37) Organisation pour le Développement et les Droits de l’Homme au Congo (Brazzaville)
38) Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OB)
39) Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme
40) Os-Civile Droits de l’Homme (Cameroun)
41) Os-Humanitaire (Maroua)
42)Pan-African Human Right Defenders Network (PAHRDN-Kampala)
43) Plate forme « Mon Union Africaine » (Cameroun)
44) Plate forme Tournons La Page (Afrique)
45) Playdoo- Côte d’Ivoire (Côte d’Ivoire)
46) Public Interest Law Center/Centre Juridique d’Intérêt
47) REDHAC-OUGANDA (Communautés des Défenseurs de l’Afrique Centrale refugiés en OUGANDA)
48) Réseau d’Information et d’Appui aux ONGs en République Démocratique du Congo
(RIAO-RDC) ;
49) Réseau de Défense des Droits de l’Homme du Gabon (REDDHGA-Gabon)
50) Réseau des Défenseurs des Droits Humain en Afrique centrale (Afrique centrale)
51) Réseau d’information et d’appui aux ONG (RIAO-RDC)
52) Réseau Ouest Africain des Défenseurs des Droits Humains (Roaddh-Gambie)
53) Solidarité pour la Promotion des Droits de l’Homme et des Peuples (PRODHOP-Cameroun)
54) Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES)
55) Un Monde Avenir (Cameroun)

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 21, 2017 21:29