Cameroun : APE : Comment la société civile a été marginalisée

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 13, 2015 02:13

Cameroun : APE : Comment la société civile a été marginalisée

Selon le rapport d’un cabinet d’étude présenté ce jeudi 10 décembre à la Fondation Friedrich Ebert à Yaoundé, les ONG ont été tenues à l’écart lors des négociations des accords de partenariat économique. D’après le rapport, ces accords impacteront gravement sur les droits de l’homme.

« Il faut qu’on arrête un peu avec des discours, tout cela a changé quoi depuis qu’on les fait ?», fulmine Bernard Njonga, ancien président de l’Association camerounaise pour la défense des intérêts collectifs (Acdic)  et défenseur reconnu du monde paysan au Cameroun. C’était ce jeudi 10 décembre à la Fondation Friedrich Ebert à Yaoundé, au quartier Bastos, à l’occasion de la cérémonie de présentation du rapport  d’information du cabinet d’expertise financière Prescriptor sur les Accords de partenariat économique (Ape) intitulé.

Le 1er janvier 1995, les accords de l’Organisation mondiale du commerce entre en vigueur. Le principe de l’égalité entre partenaires commerciaux et du libre-échange qui sous-tendent ces accords vont impacter sur les ententes commerciales entre l’UE et les pays de l’Afrique Caraïbes Pacifique (Acp) vieilles de plusieurs décennies.

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Du régime de préférence commerciale non-réciproque au départ, les accords de partenariat économique contenus dans les Accords de Cotonou paraphés en juin 2000 entre les deux entités régionales vont instaurer le régime de réciprocité et de libre-échange. Après avoir signé tout seul l’accord dit d’étape de l’Ape le 15 janvier 2009,  le Cameroun, sous la pression de l’Union européenne, a ratifié cet accord le 22 juillet 2014.

Selon le rapport du cabinet Prescriptor intitulé « Le Cameroun face à l’Ape avec l’Union européenne : Menace ou opportunité ? », la société civile n’a pas été associée au processus de négociation des Ape : « l’Acdic a été éjectée par deux fois de la salle entre 2007 et 2015 », peut-on lire dans le rapport du cabinet Prescriptor.

Les organisations camerounaises de la société civile craignent que la mise en application des Ape constitue une menace aussi bien pour les recettes douanières importantes pour le budget national, que pour les produits agricoles locaux qui risquent de subir une concurrence déloyale des produits européens subventionnés à prix d’or.  Elles pensent également que les produits camerounais ne bénéficient d’aucun avantage nouveau sur le marché européen.

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Selon le rapport, les Ape entraîneront des conséquences graves sur le respect des droits de l’homme, notamment le droit à l’alimentation : « l’entrée en vigueur de l’Ape peut avoir des conséquences désastreuses sur l’alimentation, la souveraineté et la sécurité alimentaire ».

L’Ape qui porte exclusivement sur les échanges commerciaux prévoit que tous les produits originaires du Cameroun sont exportés vers l’UE sauf les armes et munitions, le riz, le sucre et la banane. « En contrepartie de cet accès au marché de l’UE sans réelle nouveauté, le Cameroun quant à lui libéralisera…81,3% de ses importations…en provenance de l’UE au cours de la période transitoire de 15 ans à compter de la date d’entrée en vigueur (des Ape, ndlr) », précise le rapport. Et c’est à ce niveau justement où le bât blesse.

hurinews.com

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 13, 2015 02:13