Cameroun : Augustin Nkoma : « J’ai été torturé à la Direction de la Sécurité Présidentielle, sur ordre de Belinga Eboutou »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mai 30, 2015 17:02

Cameroun : Augustin Nkoma : « J’ai été torturé à la Direction de la Sécurité Présidentielle, sur ordre de Belinga Eboutou »

Son apparence rappelle un homme qui a tout perdu. Le rêve de ce jeune camerounais, celui de marquer à sa manière le cinquantenaire de l’indépendance et de la Réunification du Cameroun en début des années 2010, s’est transformé en cauchemar au contact de certains hauts responsables de la présidence de la République : non seulement, d’après lui, son projet d’ouvrage sur l’histoire du Cameroun a été détourné, mais aussi, il dit avoir été violenté par la garde rapprochée du chef de l’Etat camerounais. Par ailleurs, son foyer a également volé en éclats, selon ses dires. La rédaction de hurinews.com,  a ouvert ses espaces à Augustin Nkoma, leader d’association de jeune et écrivain, afin qu’il puisse conter sa mésaventure.

De façon brève, qui est Augustin Nkoma ?
Je suis un Camerounais à 100%, bassa d’origine (ethnie des régions du Centre, du Sud et du Littoral du Cameroun, ndlr), sur le plan professionnel, je suis président de l’Association pour la promotion des activités de développement, responsable d’une association de jeunes, pasteur d’une église pentecôtiste et écrivain, essayiste plus précisément.
Quelle est votre formation de base ?
A la base, j’ai fais des études de sciences économiques en début des années 1990 à l’Université de Yaoundé où je suis entré en 1989 en partant d’Eséka (localité située à une centaine de km de Yaoundé, ndlr) où j’ai eu mon bac. J’ai également fais des études de journalisme par correspondance au Kenya. Par la suite, j’ai été responsable d’organes de presse tels que le tabloïd Espérance. J’ai réalisé certaines productions audiovisuelles à la Crtv-télé (la télévision publique, ndlr), malheureusement, du fait de certaines contraintes, nous n’avons pas pu les mettre on air comme on dit, donc, sur le plan de la communication, j’ai une certaine expérience.
A quel moment interviennent vos tous premiers contacts avec le Cabinet civil de la Présidence de la République ?
C’est au début de l’année 2010 qu’intervient mon tout premier contact avec le Cabinet civil. Dans le discours du président de la République du 31 décembre 2009, il avait annoncé l’ouverture d’une célébration des cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification. Il avait dit que le Cameroun devait connaître son histoire et s’était particulièrement s’adressé aux jeunes en disant qu’ils devraient pendre pour exemple ceux qui se sont battus pour que nous soyons indépendants. Le président est d’ailleurs revenu sur cet appel en février 2010 dans son discours à la jeunesse. Moi j’étais sur un projet, sur un rêve, celui de permettre que l’histoire du Cameroun soit connue, celle de permettre que les jeunes s’approprient cette histoire. J’ai proposé mon projet au président de la République. Comme il avait mis sur pied un comité d’organisation des Cinquantenaires, il a mis à sa tête le Ministre Belinga Eboutou Martin (directeur du cabinet civil de la Présidence de la République, ndlr). J’ai déposé ma demande d’audience à la présidence de la République. Quelques jours après, j’ai reçu un appel du secrétariat du Cabinet civil qui m’a appelé pour une audience. Je me suis rendu à la présidence pour cette audience. Nous sommes en début de l’année 2010. C’est donc comme cela que j’entre en contact avec le directeur du Cabinet civil de la présidence de la République.

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Augustin Nkoma

De quel projet s’agissait-il exactement ?
Lorsqu’il me reçoit, il me remercie du souci que j’avais à donner un sens au discours du président de la République. Il me remercie pour le projet que je lui ai présenté, celui de la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire du Cameroun.
Intitulé ?
En ce moment-là, il n’y avait pas de titre. C’était un concept dont j’avais présenté les grandes lignes, comment les recherches devraient s’effectuer. Et la finalité est que cet ouvrage devrait être utilisé dans le cadre du cinquantenaire de l’Indépendance et de la Réunification. Donc, le concept l’a marqué et il m’a donné son accord. Il m’a dit qu’il acceptait le projet et pour me montrer qu’il était très intéressé, il m’a mis à la disposition de deux de ses conseillers techniques à savoir le Pr Oyono Enguele Samuel et Christian Penda Ekoka. Le Ministre m’a aussi passé ses numéros de téléphone afin que je puisse le joindre en cas d’urgence. Il m’a également rassuré que j’aurai l’aide du Cabinet civil sur le plan logistique, financier et institutionnel. Ce jour-là, je suis sorti de là sachant que j’étais «en haut » (langage camerounais qui signifie être aux anges, ndlr), sachant que je devais contribuer à quelques choses de positif dans mon pays, je voyais l’avenir en rose pour un jeune comme moi qui s’est retrouvé en plein cœur de la présidence du fait de sa matière grise, sans appartenir à un cercle ésotérique ou à une loge. Je voyais comment je devais encadrer d’autres jeunes.
Est-ce que des financements ont été débloqués pour votre projet, du moins un début de financement ?
Non, jusqu’au jour d’aujourd’hui, je n’ai rien eu du Cabinet civil en termes de financement de ce projet.
Qu’est ce qui fait donc problème ?
Chaque fois que j’allais au cabinet civil, j’avais parfois de l’argent de taxi. J’avais l’expression d’une certaine amitié tant des conseillers techniques qui me recevait tantôt chez eux, tantôt dans d’autres bureaux qu’ils ont en ville. Pour moi, c’était suffisant puisque je me battais autrement pour avoir de quoi subvenir à mes besoins. Et puis il y a beaucoup de gens qui m’encadraient, m’apportaient de leur expertise et de leur aide financière. Il y a des choses qui m’auraient coûté des millions de F Cfa mais auxquelles j’avais accès gratuitement. J’étais régulièrement au Cabinet civil deux fois par mois ou une fois par semaine. J’ai poursuivi le projet jusqu’à ce que je fasse un certain nombre de découvertes dans le cadre de ce projet.
De quelles découvertes s’agissait-il ?
Je tiens d’abord à préciser qu’il était question que si le projet atteint une certaine maturité, que je le présente au chef de l’Etat pour qu’il ait son onction pour la suite. Mais j’ai découvert que le projet ne pouvait pas avoir les illustrations des acquis diplomatiques du Cameroun lorsque le Ministre Belinga Eboutou était au conseil économique et social des Nations Unies. Un africain peut avoir ce poste tous les cinquante ou tous les cent ans. Mais pour cela, il fallait des images. C’est vrai qu’on voyait les images de Belinga Eboutou au Conseil de sécurité auprès de Koffi Annan mais pas celles du Conseil économique et social. C’est au cours de la présidence de Martin Belinga Eboutou que la Fondation Chantal Biya a été admise au sein du Conseil économique et social des Nations Unies comme observateur. Mais je n’ai retrouvé dans les sites web spécialisés des Nations Unies aucune image de Chantal Biya, au Conseil Economique et Social, je n’ai retrouvé aucune image de M.Belinga Eboutou présidant une quelconque réunion de ce Conseil, je n’ai vu aucune image d’une personnalité camerounaise en visite ou en séance de travail avec ledit Conseil. Or on voyait les images de tous les prédécesseurs de M.Belinga Eboutou depuis 1945 ainsi que ses successeurs. J’ai donc sollicité l’aide du Cabinet civil afin que le Cameroun soit rétabli dans son droit, je n’ai vu aucune réaction. J’ai donc fais faire un constat d’huissier, j’ai saisi l’Onu, la représentation de l’ONU ici à Yaoundé, le ministère des Relations extérieures, j’ai saisi le Cabinet civil, je ne sais pas si c’est à partir de là que sont partis mes problèmes.
Est-ce parce que vous avez fait ces remarques au Cabinet civil que vos malheurs ont commencé ?
J’ai cette impression. J’ai aussi l’impression que les gens se sont servis de ma matière grise, de ce que j’avais proposé pour saisir le président de la République, l’intéresser à ce type de projet et que quand ils ont obtenu l’accord du président de la République, ils ont estimé que c’est d’autres personnes qui devaient gérer cela. J’ai constaté qu’il y avait de plus en plus un silence face à mes correspondances, à mes relances, j’ai donc rédigé une lettre en août 2010 dans laquelle je m’étonnais de ces attitudes. Je suis allé laisser la lettre au domicile de M. Belinga Eboutou. En décembre, j’ai reçu un coup de fil me demandant de me rendre au Cabinet civil pour une audience. C’est le Pr Oyono qui m’invitait. Lorsque j’y arrive, je suis pris en charge par la Direction de la Sécurité Présidentielle. On me donne un badge et une équipe me conduit au palais de l’Unité, comme vous le remarquez, je ne suis pas là-bas de manière irrégulière. Je suis reçu par le Pr Oyono dans son bureau. Il me reçoit chaleureusement, demande de mes nouvelles et me dit que nous irons en salle de réunion. Puis je me retrouve dans la salle de réunion avec d’autres personnes, nous sommes au 2e étage du palais de l’Unité. Le ministre Belinga entre. Quand il prend la parole, c’est pour me reprocher d’avoir passé le temps à monter des coups contre lui. Donc je me retrouve en procès. Moi je pensais que la discussion devait porter sur mon projet bénéficiant de l’appui du Cabinet civil. Je me retrouve en procès avec pour procureur et juge le ministre Belinga Eboutou. Il m’a demandé d’avouer que non seulement j’ai fais x, y, z contre lui mais aussi, comme on m’a aperçu dans l’enceinte du palais de l’Unité sans avoir été invité par le Cabinet civil, que je me servais de certains appuis à la présidence de la République pour comploter contre lui. C’est vrai que j’ai rencontré ce jour-là le Pr Akamba Robert, historien de haut vol en service au secrétariat général de la Présidence pour la relecture de mon projet. Comme je ne voulais pas avouer, j’ai été retenu dans la salle. Par la suite, on est sorti de la salle pour se rendre au bureau de M.Belinga Eboutou. A l’intérieur du bureau, il y avait aussi le Pr Oyono Enguele. J’ai été soumis à un matraquage, on m’a menacé, m’a grondé pour que j’avoue que je complotais contre Belinga Eboutou. Face à ces menaces, j’ai craqué et me suis mis à pleurer. J’ai dis que c’est vrai que j’étais avec Odile Ngaska puisque Biatcha (Stéphane, ndlr) qui était aussi conseiller technique à la Présidence, avait fait un rapport contre moi parce que j’étais avec son épouse. J’ai commencé à avouer des choses comme ça mais j’ai dis que je ne vois pas en quoi j’ai causé du tort au ministre Belinga Eboutou, que je ne me reconnais pas dans un quelconque complot contre la présidence de la République.

Le ministre Belinga entre. Quand il prend la parole, c’est pour me reprocher d’avoir passé le temps à monter des coups contre lui. Donc je me retrouve en procès. Moi je pensais que la discussion devait porter sur mon projet bénéficiant de l’appui du Cabinet civil. Je me retrouve en procès avec pour procureur et juge le ministre Belinga Eboutou. Il m’a demandé d’avouer que non seulement j’ai fais x, y, z contre lui mais aussi, comme on m’a aperçu dans l’enceinte du palais de l’Unité sans avoir été invité par le Cabinet civil, que je me servais de certains appuis à la présidence de la République pour comploter contre lui. C’est vrai que j’ai rencontré ce jour-là le Pr Akamba Robert, historien de haut vol en service au secrétariat général de la Présidence pour la relecture de mon projet. Comme je ne voulais pas avouer, j’ai été retenu dans la salle. Par la suite, on est sorti de la salle pour se rendre au bureau de M.Belinga Eboutou. A l’intérieur du bureau, il y avait aussi le Pr Oyono Enguele. J’ai été soumis à un matraquage, on m’a menacé, m’a grondé pour que j’avoue que je complotais contre Belinga Eboutou. Face à ces menaces, j’ai craqué et me suis mis à pleurer.

Qui a voulu vous extorquer des aveux ?
C’est le ministre Belinga Eboutou ave son collaborateur Oyono Enguele. Pendant que je pleurais, je bavais, la morve sortait de mon nez, M.Oyono me donnait des mouchoirs pour essuyer le nez. Comme je n’ai pas voulu avouer, ils m’ont dit qu’ils allaient me mettre à un autre régime parce comme j’étais dans un complot contre la présidence de la République, on allait me mettre à la disposition de la Direction de la Sécurité Présidentielle. Voilà comment cette direction entre en scène. Ils décident donc d’appeler l’un des hauts responsables de la Direction de la Sécurité Présidentielle, le Colonel Melingui Nouma (aujourd’hui commandant du Quartier Général à Yaoudé, ndlr) qui, selon ce que j’ai appris, était chef du groupement protection du président de la République. Vous voyez jusqu’où ils sont allés ? Quand le Colonel Melingui est arrivé, ils m’ont présenté à lui et m’ont dit ce que j’étais en train de faire. Le Colonel Melingui m’a posé quelques questions, j’ai répondu, je lui ai dis que je ne me reconnaissais pas dans un complot contre la présidence, il m’a dit non que si le ministre l’a dit, c’est que c’est vrai. Ils ont sorti la lettre que j’avais écrite au ministre Belinga en août 2010 et que j’avais déposée chez lui à Ahala (quartier situé à l’entrée sud de Yaoundé, ndlr) ainsi que des rapports que Stéphane Biatcha et un certain Akendji John Shadaï avaient écrit contre moi sur le logo du cinquantenaire pour ce dernier. Le colonel Melingui m’a demandé d’avouer, j’ai refusé. Puis il m’a menacé, grondé, bousculé je me suis mis à nouveau à pleurer. A un moment donné, le ministre Belinga Eboutou m’a dit que je l’empêchais de travailler parce qu’il avait des affaires importantes à soumettre au chef de l’Etat et qu’au lieu de s’occuper des choses importantes, il doit s’occuper des choses comme moi, c’est le terme qu’il a utilisé. Quand j’ai donc su que le président de la République était là, j’ai dis au ministre Belinga Eboutou de me conduire auprès de lui pour lui soumettre mon problème et que s’il fallait que je sois jugé, que ce soit sur ses ordres. Quand je l’ai dis, le colonel Melingui m’a giflé violemment et je suis tombé, en tombant, j’ai touché son costume de ma main et étant au sol, il a piétiné ma main. Je me suis mis à pleurer à nouveau. Je me suis mis à genoux, j’ai levé les mains vers M. Belinga Eboutou, le colonel Melingui m’a filmé avec son téléphone-portable et m’a dis que comme je refusais d’avouer, il a dit qu’il allait m’amener à la Direction de la Sécurité Présidentielle pour continuer à me traiter. C’est comme ça que le ministre accepte et je suis conduis sous bonne escorte par le Colonel Melingui à la Direction de la Sécurité Présidentielle. Nous arrivons dans son bureau. Il me met à la disposition d’un commissaire de police. Je passe deux jours là-bas avec toujours des maltraitances, des menaces, des dégradations de ma personne et de ma personnalité

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Colonel Melingui Nouma

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Martin Belinga Eboutou

Avez-vous gardé les séquelles de ces maltraitances-là ?
Non, je n’en ai plus. Je vous ai parlé de la gifle que j’ai reçue mais les traces de cette gifle ont disparu quelques temps après. J’ai donc été mis à la disposition de ce commissaire de police pour qu’il m’entende. Je lui ai demandé sur quelle base m’entendait-il, il m’a dit que sur la base de la lettre que j’ai écrite au ministre Belinga Eboutou en août 2010 pour me plaindre de certains développements de mon projet. le commissaire s’est montré sympathique envers moi. Il m’a dit que ‘mon fils, cette affaire est très délicate, aides-moi à t’aider, avoues-quand même’. C’est comme cela que j’avoue que j’ai écrit une lettre mais j’ai dis au commissaire qu’on ne peut pas m’entendre sans que je ne sois assisté. Il m’a dit que je n’avais pas besoin de tout ça. J’avais également su, après avoir vu dans un couloir une voiture avec fanion de général que le général Ivo (le directeur de la sécurité présidentielle, ndlr) était présent, j’ai demandé à le rencontrer, le commissaire de police a dit que ce n’était pas nécessaire parce que j’étais sous la responsabilité du colonel Melingui Nouma. Après m’avoir entendu sur procès-verbal, il m’a quand même fait un geste que je veux souligner ici
Il t’a remis de l’argent, c’est ça ?
Non, je veux dire qu’il a allégé ma douleur, à ses risques et périls. Parce que la nuit tombée, il m’a fait sortir de la Direction de la Sécurité Présidentielle, m’a accompagné jusqu’à la Poste centrale. Il m’a dit qu’il me permet de dormir chez moi mais que je revienne le lendemain très tôt. Que je n’en parle à personne, même pas à ma femme. Le lendemain, je reviens à la Direction de la Sécurité Présidentielle à 7h. J’ai trouvé que le commissaire était déjà dans son bureau. Il a continué à m’auditionner mais sur des affaires qui n’ont rien à voir avec le dossier. Il faut relever que la veille, j’ai passé toute la journée sans manger. J’ai compris qu’il s’agissait des manœuvres pour me fragiliser. Ce jour-là c’était la même chose. En fin de soirée, le colonel Melingui appelle le commissaire, puis ce dernier m’appelle et me dit que nous devons aller quelque part. Je luis demande que nous allons où ? il me dit ‘non, allons’, que je ne dois pas avoir peur. Nous sommes entrés dans une salle à droite. C’était une salle qui contenait un matériel informatique de pointe avec des appareils que je n’avais jamais vu de ma vie. Il m’a fait asseoir. J’ai trouvé des personnes en civil à l’intérieur mais j’entendais comment on appelait tel mon adjudant, tel autre mon sergent. J’ai compris que c’était des militaires. Le commissaire m’a dit qu’il faille qu’on me filme. J’ai dis non pourquoi, il m’a dit qu’il a reçu des instructions dans ce sens. On m’a pris, fait asseoir sur une chaise et placé un appareil devant moi, on m’a filmé en vue de face et en vue de profil gauche et droit.
Vous a-t-on filmé de force ?
Oui, on m’a filmé de force, j’ai refusé mais les militaires de la DSP m’ont tenu pour me filmer. Après ça, le commissaire a dit qu’on va prendre mes empreintes digitales, j’ai dis non je ne veux pas, alors là j’ai bataillé mais ils m’ont pris de force et ont placé mes mains sur un appareil et je voyais une lumière tantôt verte, tantôt bleue passer sous mes mains. J’ai pleuré pendant qu’on était en train de scanner mes empreintes digitales. Après ça, ils m’ont demandé les numéros de téléphone de mes proches dont celui de mon épouse, je les leur ai donné. Je suis sorti de cette salle en larmes. J’ai compris que désormais, j’étais fiché, classé par la Direction de la Sécurité Présidentielle comme un individu dangereux de la République. Je suis sorti de la salle étant traumatisé. Le commissaire est venu vers moi et m’a dit qu’il m’avait libéré sur ordre de Belinga Eboutou et sur instructions du colonel Melingui. J’ai demandé à nouveau à rencontre le directeur de la sécurité présidentielle, il m’a dit que ce n’était pas nécessaire. Il m’a de nouveau raccompagné jusqu’à la Poste centrale. Il m’a dit que c’est Dieu qui a voulu que je sorte de là et que je ne devais en parler à personne. Quelques temps après, ma femme a commencé à recevoir des coups de fil, on voulait savoir comment je me portais, si j’avais parlé de mon séjour à la DSP. C’est là où ma femme a cherché à savoir ce qui se passe, je lui ai tout expliqué et me suis mis à pleurer. Dès ce jour, ma femme a commencé à avoir un peu peur de moi parce qu’elle avait déjà reçu M. Belinga Eboutou au téléphone quand il était à Genève. Quand elle a su que c’est Belinga Eboutou qui m’a amené à la DSP, elle se sentait en insécurité parce que pour elle, j’étais devenu un ennemi de la République. Et comme il y a eu d’autres situations qui se sont ajoutées, d’autres difficultés, on a eu des problèmes, elle devait hautaine, insoumise, je ne sais pas si on l’a manipulé mais toujours est-il qu’un an et demi après, ma femme est partie avec mes enfants, jusqu’aujourd’hui, je ne sais pas où elle est. Je suis même allé voir sa famille, rien.

 

Oui, on m’a filmé de force, j’ai refusé mais les militaires de la DSP m’ont tenu pour me filmer. Après ça, le commissaire a dit qu’on va prendre mes empreintes digitales, j’ai dis non je ne veux pas, alors là j’ai bataillé mais ils m’ont pris de force et ont placé mes mains sur un appareil et je voyais une lumière tantôt verte, tantôt bleue passer sous mes mains. J’ai pleuré pendant qu’on était en train de scanner mes empreintes digitales. Après ça, ils m’ont demandé les numéros de téléphone de mes proches dont celui de mon épouse, je les leur ai donné. Je suis sorti de cette salle en larmes. J’ai compris que désormais, j’étais fiché, classé par la Direction de la Sécurité Présidentielle comme un individu dangereux de la République. Je suis sorti de la salle étant traumatisé. Le commissaire est venu vers moi et m’a dit qu’il m’avait libéré sur ordre de Belinga Eboutou et sur instructions du colonel Melingui.

Etiez-vous mariés ?
Nous étions mariés officiellement. Elle est partie avec nos deux enfants. J’ai appris quelques temps après qu’elle serait du côté de Douala et qu’elle y vit maritalement avec un homme avec qui elle a fait d’autres enfants. Ma vie a été brisée. En 2011, le Cabinet civil m’a relancé sur mon projet puisqu’il n’en avait pas l’intégralité. Ils m’ont relancé par téléphone. J’ai écrit une lettre pour leur dire que je pouvais officiellement déposer le projet pour une audience avec le président de la République. J’ai déposé la lettre le 27 mai 2011. A ma grande surprise, le 7 juin 2011, alors que je suis à Yokadouma (extrême-est du Cameroun, ndlr) pour chercher une illustration pour mon projet, le secrétariat du directeur du Cabinet civil m’appelle pour me dire que j’avais une lettre du ministre Directeur du Cabinet civil. J’ai demandé qu’on me l’envoie par la poste parce que je me trouvais à Yokadouma. Ce qui a été fait. Dans la lettre, le ministre me demandait de lui soumettre l’intégralité du projet pour la haute attention du chef de l’Etat pour une audience avec ce dernier. Le document avait déjà un titre : « heurts, malheurs et victoires des nationalistes ».
Donc, après avoir été écarté de ce projet par Belinga Eboutou, il est revenu vers toi
Il est revenu vers moi
Pourquoi cela ?
Je ne sais pas. Peut-être qu’il était coincé quelque part et cherchait un justificatif, pour justifier certains déblocages. Mais il m’avait déjà noirci, grillé. Je suppose que le chef de l’Etat avait déjà le projet et qu’il voyait le nom Nkoma Augustin.
Mais pourquoi vous avez accepté de coopérer à nouveau ?
Vous savez, c’est un projet très délicat, qui ne pouvait être bien mené qu’avec l’assistance de la présidence de la République. Parce qu’il y a des domaines, des images auxquels vous ne pouvez pas avoir accès. Dans mes propres recherches, j’ai eu accès aux images du chef de l’Etat quand il était enfant, quand il était au séminaire à Edéa, quand il était en France, quand il s’est marié avec Jeanne Irène Biya, quand Franck Biya était jeune, quand il était secrétaire général à la Présidence, quand il était ministre, donc toutes images je ne peux pas les exploiter sans l’accord de la présidence de la République. Quand ils m’ont recontacté, je ne pouvais pas ne pas leur envoyer le projet sinon ils auraient trouvé un prétexte pour me taxer de rébellion. Depuis que je leur ai communiqué le projet, je n’ai plus eu de suite venant du Cabinet Civil de la présidence. C’est en 2012 que j’ai appris que le Cabinet civil, par le biais du ministre des Enseignements supérieur, Jacques Fame Ndongo, qui était l’adjoint de Belinga Eboutou dans l’organisation du cinquantenaire et s’occupait d’une commission spéciale ayant trait aux conférences, lance un projet d’ouvrage qui célébrait la Réunification et il a demandé à chaque camerounais d‘y participer, de faire un travail saisi de 30 pages maximum écrit en corps 12 et de fournir le même travail sur support numérique. Je me suis dis que moi je suis sur un projet et M.Fame Ndongo qui est l’adjoint de Belinga Eboutou, demande à toute la nation de contribuer à la rédaction d’un ouvrage, je me suis demandé qui pilote donc ce projet ? Mais moi je suis resté tranquille. L’année qui suivait, en fin 2013, j’ai vu Baboke (Osvalde Baboke, en service à la présidence de la République, ndlr) qui présentait un ouvrage sur l’histoire du Cameroun intitulé La lettre de la Réunification. Baboke qui est conseiller technique au Cabinet civil, donc qui a le même rang que les conseillers techniques qui ont été mis à ma disposition pour ce projet. J’ai compris qu’en fait, mon projet a été récupéré par d’autres personnes, M.Belinga Eboutou a récupéré mon projet, l’a donné à d’autres et ces derniers l’ont développé et moi j’ai été mis de côté, on a dit au président de la République que voilà ce qu’on vous a promis depuis. J’ai compris donc pourquoi il fallait que je sois pris en 2010, parce que c’était probablement pour monter un dossier noir contre moi pour me ficher et m’écarter.

M.Belinga Eboutou a récupéré mon projet, l’a donné à d’autres et ces derniers l’ont développé et moi j’ai été mis de côté, on a dit au président de la République que voilà ce qu’on vous a promis depuis. J’ai compris donc pourquoi il fallait que je sois pris en 2010, parce que c’était probablement pour monter un dossier noir contre moi pour me ficher et m’écarter.

Vous soupçonnez Osvalde Baboke d’avoir ravi votre projet ?
Non, je ne le soupçonne pas, j’accuse plutôt M. Belinga Eboutou parce que c’est lui qui supervisait mon projet au premier chef. Les conseillers techniques qu’il a mis à ma disposition étaient des superviseurs au 2e degré. Que le même ministre Belinga Eboutou, qui suit un projet avec moi, se retrouve dans un autre projet des années après avoir commencé avec moi, prend mon projet pour informer le chef de l’Etat, vous comprenez pourquoi on n’a pas à réfléchir longtemps pour savoir ce qui s’est passé. C’est pour cela que je me plains. C’est pourquoi je vais l’amener devant les tribunaux dans quelques jours, lui et le Cabinet civil ainsi que M.Oyono Enguele parce que ce dernier a été éditeur de cet ouvrage dont l’auteur est Osvalde Baboke. Donc je vais me plaindre contre M. Belinga Eboutou mais pour le moment, je me plains pour les maltraitances, les tortures, séquestration et la détention illégale que j’ai subies à la Direction de la Sécurité Présidentielle en 2010.

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Plainte contre Belinga Eboutou et la DSP

Vous avez donc saisi ce mois de mai 2015 le tribunal militaire de Yaoundé pour vous plaindre des maltraitances dont vous avez été l’objet à la DSP, pourquoi l’avoir fait seulement maintenant alors que les faits remontent à 2010 ?
J’ai pris tout ce temps parce que tous les 3 mois, j’appelais M. Oyono, j’appelais le Cabinet Civil, j’essayais de joindre le colonel Melingui Nouma, quand je n’appelais pas j’écrivais, parce que je reste un enfant du Cameroun. Je ne voulais pas faire comme si je voulais prêter le flanc à ceux qui veulent détruire le pays.
Pourquoi les appeliez-vous ?
Je les appelais pour leur dire que j’ai subis ceci ou cela et que je ne voudrais pas que cela finisse dans les tribunaux. Nous avons cheminé ensemble et là il y a un problème, retrouvons-nous et dialoguons. Quand j’ai senti que ces gens là ne répondais pas, ne réagissais pas, je suis passé à une autre phase. J’ai commencé à saisir par écrit le Premier Ministre en 2012, en 2013 et en 2014. Le Premier Ministre me répondait dans d’autres dossiers que je lui présentais par rapport à cet ouvrage ou à mon encadrement des jeunes. J’ai ces deux lettres du premier Ministre mais j’ai été étonné que par rapport à cette plainte (pour torture, ndlr), à ces pleurs, le premier Ministre ne m’ait pas répondu. Comme il ne me répondait pas, j’ai ensuite saisi le président de la République 3 fois à l’intervalle de 4 mois. Mais mes correspondances sont restées lettre morte. J’ai donc dis que je ne vais pas passer mon temps à écrire, à supplier. Nous étions déjà en 2015, j’ai donc décidé de saisir les tribunaux pour me plaindre des violences que j’ai subis à la DSP. Vous voyez donc que je suis allé étape par étape, j’ai épuisé toutes les voies de recours.
Avez-vous également saisi des organisations de défense des droits de l’homme ?
J’ai saisi des Ong. J’ai saisi le Redhac (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale, ndlr), j’ai saisi l’Acat (Action catholique pour l’abolition de la torture, ndlr), j’ai saisi la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, j’ai saisi le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme.
Vous ont-elles répondu ?
Oui, tout ce monde m’a reçu, m’a répondu. Et ils m’ont dit qu’ils allaient écrire à la présidence de la République. J’ai saisi le gouvernement américain (à travers son ambassade à Yaoundé, ndlr), j’ai écris au gouvernement français, là-bas, je n’ai eu aucune réponse. Le Redhac a écrit à la présidence de la République. Le Directeur du Cabinet civil a répondu au Redhac en disant qu’il souhaitait que nous nous retrouvions pour un arrangement à l’amiable que le Redhac a proposé. Le Redhac a donc fait une proposition d’audience, le Cabinet Civil n’a plus répondu. La commission nationale des droits de l’homme m’a écrit, a écrit au président de la République et au directeur du Cabinet Civil. Puis le Cabinet Civil a invité la Commission à se rendre là-bas. Ils ont discuté de ce problème. Puis, la commission des droits de l’homme m’a demandé de saisir les tribunaux.
Vous sembliez très familier à toutes les autorités que vous avez citées, en l’occurrence le Directeur du Cabinet Civil de la Présidence, qu’est ce qui expliquait cette familiarité, est ce qu’elles vous donnaient de l’argent ?
Non, je n’ai rien reçu du premier Ministre, en dehors des lettres.
De M.Belinga Eboutou non plus ?
Oui, oui, de lui j’ai reçu de l’argent.
Combien ?
Lorsqu’il fallait opérer ma femme et qu’il fallait organiser mon mariage religieux, M.Belinga m’a donné 1 million de F CFA. Je ne peux pas le cacher.
C’était en quelle année ?
En 2010. Je ne peux pas le cacher. Il m’a apporté une aide pour répondre à un besoin privé. Et même quand l’opération de ma femme a réussi, j’ai appelé le ministre qui se trouvait à Genève en Suisse et il a parlé avec ma femme au téléphone. Il a dit qu’il allait la recevoir à son retour au Cameroun. Mais le projet pour lequel je suis entré en contact avec M.Belinga Eboutou n’a pas reçu un seul franc d’aide. Tel que j’avais monté le plan de financement, ce projet devait être financé par les ministères, les Communes, les communautés urbaine, les sociétés d’Etat, les grandes sociétés et même des individus puisqu’il s’agissait de l’histoire du Cameroun et une société pouvait voir racontée son histoire sur un quart de page, une pleine page ou une demi-page. Il y avait des tarifs. Même si le projet était à 650 millions de F Cfa, pour 50 000 exemplaires en français, l’Imprimerie Nationale m’a fait une pro forma de près de 218 millions de F Cfa. Ce n’est que pour la version française. Sans compter la logistique et la campagne, on est à des centaines de millions de f CFA et tous ces frais devaient être supportés par les forces vives du Cameroun qui était déjà prêtes. La Commune de Douala 5e sous Mme Foning-paix à son âme- était prête à contribuer à hauteur de 16 millions de F CFA. Parce que Mme Foning a retrouvé sa photo dans le projet. Sur cette photo qui datait de 1985, on la voyait en train d’être reçue par le président Biya lors de l’inauguration de la gare de Bessengue (Douala, ndlr)en tant que femme d’affaires. Rien que pour ce projet, j’aurai compris que je n’ai pas vécu pour rien, je n’aurai pas été à un million près, je n’aurai même pas été à 10 millions près. Mais ceux d’en face connaissaient cela, ils ont donc eu tous les lauriers, tout l’argent et je suis resté au bas-côté de la route.
Propos recueillis par Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mai 30, 2015 17:02