Cameroun : Bavure militaire : Mystère autour de la disparition d’un jeune à Bafoussam

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 29, 2016 18:04

Cameroun : Bavure militaire : Mystère autour de la disparition d’un jeune à Bafoussam

Grandes Lignes

  • D’après des organisations de défense des droits de l’homme, Thierry Nembot, jeune tâcheron, est aujourd’hui porté disparu depuis plus de deux semaines. Ce dernier aurait été victime de sévices à lui infligés par le Bataillon d’intervention rapide, une unité spéciale de l’armée camerounaise (Bir). Ce que dément son patron et frère aîné Corantin Goufack qui l’y a conduit pour régler un problème de famille. Une plainte contre ce dernier et des éléments du BIR a été déposée à la Sécurité militaire par des ONG.

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D’après des organisations de défense des droits de l’homme, Thierry Nembot, jeune tâcheron, est aujourd’hui porté disparu depuis plus de deux semaines. Ce dernier aurait été victime de sévices à lui infligés par le Bataillon d’intervention rapide, une unité spéciale de l’armée camerounaise (Bir). Ce que dément son patron et frère aîné Corantin Goufack qui l’y a conduit pour régler un problème de famille.  Une plainte contre ce dernier et des éléments du BIR a été déposée à la Sécurité militaire par des ONG.

Pas de nouvelles de Thierry Nembot depuis le 20 août dernier. Du moins à en croire les défenseurs des droits de l’homme qui ont saisi la rédaction de hurinews.com. Dont Nouveaux Droits de l’Homme, Mandela Center, Solutions Cameroun. Jeune orphelin âgé de 20 ans, c’est à Bafoussam (ouest), dans un camp militaire du Bataillon d’intervention rapide (Bir), que Thierry aurait été aperçu pour la dernière fois. D’après les riverains de ce camp militaire, il y aurait été torturé presqu’à mort. Le Bir est une unité spéciale de l’armée camerounaise formée par des Israéliens. Depuis 4 ans, Thierry Nembot travaillait à Bandjoun (dizaine de kilomètres de Bafoussam) pour le compte de son frère aîné Corantin Goufack, opérateur économique et propriétaire des Ets Alcom Ouest spécialisés dans la fabrication d’ouvrages métalliques.

D’après des sources proches des organismes de défense des droits de l’homme saisis par nos soins, c’est à la suite d’une dispute relative aux rudes conditions de travail et  traitement salarial du jeune Thierry que ce dernier a été conduit le 16 août dernier par son patron au camp du Bir aménagé à l’aéroport de Bafoussam où il a été torturé. Selon les riverains de ce camp militaire, Thierry Nembot aurait été passé à tabac à coup de balançoire électrique, du dos de la machette, des rangers de l’armée et laissé presqu’à l’article de la mort.

BIR

Le BIR, au banc des accusés

Problème de famille

Contacté par hurinews.com sur les raisons de la discorde avec son frère cadet, Goufack Corantin confie qu’il s’agit plutôt d’un problème de famille : « un soir, je suis rentré à la maison, j’ai trouvé ma fille en train de pleurer, elle m’a dit que le petit a mis les doigts dans ses fesses, je ne voulais pas le conduire à la gendarmerie parce que c’est mon frère, je suis allé voir une relation qui travaille au Bir et là bas, on lui a attaché les pieds et l’a battu, il a avoué qu’il a mis son doigt dans les fesses de ma fille, c’est tout », raconte le jeune opérateur économique de 33 ans.

Goufack Corantin dément aussi l’information sur sa disparition. D’après lui, Thierry Nembot est ressorti du camp du Bir juste après la bastonnade à lui infligée et ils vivraient dans la même maison depuis lors. Chose curieuse, lorsqu’au cours de l’échange téléphonique avec Goufack Corantin, nous demandons à discuter avec Thierry Nembot ainsi que le numéro de téléphone de ce dernier, nous entendons au loin une voix lui dire: « il veut parler de quoi avec lui? C’est avec toi qu’il doit causer ».

Cependant, des zones d’ombres persistent sur cette affaire. Goufack Corantin nous a confié au téléphone qu’il se rendait à la Sécurité Militaire (Sémil) de Bafoussam pour déposer une plainte contre ceux qui ont écrit sur  Internet qu’il est responsable de la mort de son frère. Pourtant, le commandant de la Sémil contacté par hurinews.com a parlé d’une plainte contre des éléments du Bir. De qui est donc cette plainte? De M.Goufack ou des organismes des droits de l’homme basé à Bafoussam comme nous l’avons appris?

bafoussam aéroport

aéroport de Bafoussam, non loin du camp du BIR

Dilatoire

Le commandant de la Sémil nous a passé un jeune homme qui s’est présenté comme étant Thierry Nembot. Ce dernier s’est dit bien portant et a démenti avoir été torturé par le Bir. S’agissait-il du vrai où de quelqu’un qui se faisait passer pour lui? Pourquoi Corantin Goufack a refusé de nous passer le numéro de téléphone de son frère cadet et pourquoi l’homme qui lui chuchotait à l’oreille a souhaité qu’on s’adresse à lui directement et non à Thierry Nembot? Puisqu’il s’agit d’une banale histoire de famille qui s’est très vite réglée, puisque le jeune Thierry Nembot n’a jamais été torturé, à quoi rime donc cette plainte contre le Bir dont parle le commandant de la Sémil de Bafoussam?

De sources signes de foi, le commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Bafoussam a pourtant affirmé que le capitaine en charge de l’unité du BIR de l’aéroport de Bafoussam a confirmé que le jeune Nembot a subi de violentes tortures de ses éléments mais n’est pas en mesure d’indiquer dans quel état se trouvait le jeune homme. La Sémil ne serait-elle donc pas en train de faire dans le dilatoire juste pour noyer le poisson? Par quelque bout que l’on prenne l’affaire, cette dernière est susceptible d’entacher la bravoure du Bir, engagée dans la lutte contre Boko Haram à l’Extrême-Nord du pays.

Michel Biem Tong  

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 29, 2016 18:04