Cameroun: Calvin B.Ntonga: « Je suis menacé de mort par des appels anonymes »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 22, 2015 16:43

Cameroun: Calvin B.Ntonga: « Je suis menacé de mort par des appels anonymes »

Parti pour assurer la couverture médiatique de la COP 21 en France pour le compte de la Radio Tiemeni Siantou, celui qui portait la voix de « Zappresse » et « Diplomatie à la Une », programmes phares de son organe de presse à Yaoundé a été contraint de rester en France par les menaces de mort qu’il n’a cessé de recevoir suite à une enquête sur des détournements d’argent au sein de l’armée. Il raconte dans cette interview depuis Paris.

Calvin Blaise NTONGA DIBA bonjour. Qu’est-ce qui explique  exactement  votre présence sur le sol français jusqu’à la date d’aujourd’hui ?

Ma présence ici est un secret de polichinelle. Je ne suis pas surpris par ce qui m’arrive aujourd’hui. Je vis avec la peur depuis un bon bout, mais Dieu merci, je respire encore aujourd’hui. Pour la petite histoire, il se trouve que depuis pratiquement un mois avant la COP21, je suis menacé par des appels masqués et anonymes qui en veulent à ma vie, parce que j’ai simplement voulu faire preuve de professionnalisme dans le métier que j’ai toujours rêvé exercé et que j’exerce aujourd’hui depuis bientôt quinze ans. En fait, l’affaire des 310 millions qui fait grand bruit aujourd’hui devrait se retrouver sur la place publique depuis mais, certaines grosses légumes qui usent de tous les leviers pour faire marcher le pays comme elles veulent ont retardé cette affaire mais cela n’a pas empêché qu’elle se retrouve ou elle est aujourd’hui. C’est cette affaire qui est à l’origine de ce que je vis aujourd’hui.

Comment est-ce que vous vous retrouvez dans cette affaire?

Il se trouve tout simplement que j’ai pris part en tant que journaliste à toutes les réunions du groupe de travail sur la mise en place du Centre Inter-régional de Coordination pour la sûreté maritime dans le golfe de Guinée (CIC) à l’hotel Hilton de Yaoundé. J’ai échangé avec les différents acteurs, j’ai discuté et j’ai fouillé pour trouver matière à me lancer dans des enquetes.

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Calvin Blaise Ntonga Diba, journaliste de Radio Tiemeni Siantou

 

Qu’est-ce qui constitue véritablement le déclic de votre enquête sur ce dossier ?

Tout est parti de l’inauguration de l’immeuble siège du CIC le 8 septembre 2014 au quartier Bastos à Yaoundé et plus précisément en face de l’ambassade des Etats-Unis. Au-delà de l’euphorie de la cérémonie et des interviews, j’ai voulu savoir combien a couté le bâtiment, quelle est l’entreprise qui a effectué les travaux, pour un coût de combien, pendant combien de temps et comment va fonctionner financièrement cette structure  qui regroupe la CEEAC, la CEDEAO, la Commission du golfe de Guinée, le Nigeria, le Cameroun et bien entendu d’autres Etats du golfe de Guinée. Là-dessus pas grande chose à se mettre sous la dent, mais des sources bien introduites m’ont envoyé vers l’état-major de la marine que dirige le contre amiral Jean Mendoua. J’ai trouvé qu’il y avait donc un ensemble d’informations cachées, pas connues du public et qui pouvaient  être intéressantes si jamais elles étaient révélées au grand jour. C’est ainsi que je me jette à l’eau. Et je découvre un tas d’informations exclusives et croustillantes.

 Au niveau de l’état-major, êtes vous entré en contact avec le chef, le contre amiral Jean Mendoua ?

A vrai dire je n’ai jamais eu un face à face avec lui. En m’intéressant au fonctionnement du CIC, mes multiples entretiens avec quelques acteurs clés du groupe de travail pour sa mise en place m’ont permis d’avoir des données pour ce qui est des contributions financières des Etats-membres. J’ai eu des échanges avec le directeur exécutif, le Colonel sénégalais Abdourahmane Dieng et j’ai jugé bon d’en savoir aussi côté autorités camerounaises. C’est ainsi que j’ai initié des démarches pour rencontrer le contre amiral chef d’état-major de la marine. Demande d’audience sur demande d’audience à son secrétariat particulier, je n’ai pas pu et j’ai opté passer par voie de courrier confidentiel. Ce qui m’a valu de recevoir un appel masqué d’une voix grave qui m’a dit que l’amiral était occupé et allait revenir personnellement vers moi. Jusqu’à ce que je fasse une descente sur la ligne de front en février et que je revienne sur Yaoundé, je n’ai eu aucun signal. De retour de la ligne de front donc à l’extrême-nord, je décide de le recontacter par voie de courrier confidentiel directement pour le relancer sur la question de contribution financière du Cameroun dans le fonctionnement du CIC et surtout sur le fait que des soldats de la marine engagé dans le combat contre Boko Haram se plaignent des mauvaises conditions de traitement. Trois jours plus tard un appel au numéro toujours masqué m’appelle pour me faire savoir que l’amiral est au courant de ce qui se passe à l’extrême-nord et que j’arrête de foudre mon nez dans les affaires de souveraineté de la république si j’aime ma vie. Je me suis rangé puisque j’ai eu très peur. Après cela il n’y a plus eu de contact et jusqu’à ce qu’un article faisant état d’une lettre d’un soldat de la marine qui dénonçait au président de la république leurs déboires au front soit rendue publique. Cette fois là, c’est le contre amiral lui-même qui m’a appelé avec un numéro toujours masqué pour me dire que je suis à l’origine de cette lettre et que là j’ai signé mon arrêt de mort. En voulant déclarer mon innocence, il a coupé l’appel. J’en ai parlé à mon épouse et à deux proches que j’ai dans l’armée et dont je préfère aussi taire les noms.

Trois jours plus tard un appel au numéro toujours masqué m’appelle pour me faire savoir que l’amiral est au courant de ce qui se passe à l’extrême-nord et que j’arrête de foudre mon nez dans les affaires de souveraineté de la république si j’aime ma vie. Je me suis rangé puisque j’ai eu très peur. Après cela il n’y a plus eu de contact et jusqu’à ce qu’un article faisant état d’une lettre d’un soldat de la marine qui dénonçait au président de la république leurs déboires au front soit rendue publique. Cette fois là, c’est le contre amiral lui-même qui m’a appelé avec un numéro toujours masqué pour me dire que je suis à l’origine de cette lettre et que là j’ai signé mon arrêt de mort. En voulant déclarer mon innocence, il a coupé l’appel. J’en ai parlé à mon épouse et à deux proches que j’ai dans l’armée et dont je préfère aussi taire les noms.

J’ai reçu comme conseil de faire table rase de cette lettre dans mon émission de débat politique « Zappresse ». L’affaire s’est calmée et je pensais qu’il n’en était plus rien. Déjà quelques semaines après le dernier réaménagement ministériel, j’ai approché des hauts gradés dans l’armée notamment au cours supérieur interarmées de Défense de Simbock, au ministère de la défense et à la marine nationale. Mon objectif était de fouiller dans ce qui est fait de l’effort de guerre qui m’a semblé ressembler à la fameuse opération coup de cœur pour les Lions Indomptables en 1994. J’ai reçu un appel anonyme menaçant de m’enlever et de m’égorger avec ma femme et les enfants.

Aviez-vous opté partir à la COP 21 et vous échapper par cette occasion ?

Non ! Jamais je n’ai envisagé une telle hypothèse. Même si à un mois de la tenue de la Cop 21 je continuais à recevoir des appels anonymes menaçants ma vie et celle de ma petite famille au point de m’en acheter un téléphone qui enregistre les communications, jamais je n’avais pensé à une telle hypothèse. Il se trouve que parti pour la COP 21, l’affaire des 310 millions du CIC éclate derrière moi et je reçois des appels du genre « vous êtes sur rooming, votre retour va marquer le début de vos obsèques, vous avez touché la goutte d’eau qui fat déborder le vase ». pas moins de quatre appels reçus au point d’entraver mon moral et faire en sorte que j’assure une couverture minimale de cet évènement pour ma radio même si j’étais au Bourget chaque jour. Comme si cela ne suffisait pas, mon épouse a du quitter Yaoundé avec les enfants parce que dit-elle, elle a reçu des appels anonymes la menaçant de mort qui lui indiquaient que si elle n’arrivait pas à dire à son mari que je suis d’arrêter ce que je suis entrain de faire, elle et moi devons déjà compter nos jours sur terre.

En l’état actuel de la situation, que comptez-vous faire ?

J’ai d’abord choisi d’en parler pour prendre l’opinion nationale et internationale à témoin face à cette situation que je vis. Je compte aussi saisir les organisations de défense de nos droits dont je suis membre à savoir : le Syndicat National des Journalistes du Cameroun(SNJC), de la section Cameroun de l’Union Internationale de la Presse Francophone (UPF) et le Club des Journalistes Politiques du Cameroun (Club Po). Je tiens aussi à prendre l’opinion publique à témoin pour indiquer que je suis allé à la recherche de l’information tout en respectant les canons clés de la profession qui sont l’éthique et la déontologie journalistique que j’ai apprise à l’Ecole Supérieure des sciences et Techniques de l’Information et de la Communication-ESSTIC dont je suis issu. Je n’ai rien contre qui que ce soit, mais j’ai fouillé, j’ai vérifier et j’ai pu me rendre compte que le contre amiral aujourd’hui au devant de la scène avec cette affaire de 310 millions présumés détournés, fait parti de ceux qui mettent l’intéret personnel devant l’interet général. Il est inadmissible que lui seul puisse détenir pas moins de deux villas à Kribi, un Hotel et une dizaine de villas à Ebolowa, des appartements meublés et non meublés en location à Yaoundé, il est inadmissible qu’il ait eu tant d’argent pour transformer une partie de son village Ato’o veng en ville, qu’il est mis presque toute sa famille dans l’armée et qu’il ait géré une faramineux budgets de defilé de la garde présidentielle pendant dix ans qu’il a passé comme commandant de cette unité sans rendre compte à qui que ce soit. Un tel exemple est loin de donner du sens au slogan de pays émergent qu’on donne au Cameroun à l’horizon 2035.

 Propos recueillis par la rédaction

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 22, 2015 16:43