Cameroun :Campagne anti-corruption: Pourquoi le Tribunal criminel spécial doit abandonner les poursuites contre Pierre Désire Engo

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 25, 2015 09:08 Mise à jour

Cameroun :Campagne anti-corruption: Pourquoi le Tribunal criminel spécial doit abandonner les poursuites contre Pierre Désire Engo

Depuis la liberté provisoire de l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale obtenue en mai 2014, la justice camerounaise argue de la poursuite d’une commission rogatoire en France pour reporter le procès pour détournements de deniers publics contre Pierre Désire Engo. Au regard de la vacuité de ce dossier, ne risque t-on pas d’assister à d’interminables reports sans jamais parvenir au fond du dossier ?

S’agit-il d’un colis encombrant dont aurait du mal à se débarrasser la justice camerounaise ? Avec ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle affaire Engo, on y est presque. A l’audience du 23 février dernier au Tribunal criminel spécial anti-corruption de Yaoundé, le procès a à nouveau été reporté au 21 mai prochain. Raison évoquée par les juges : l’exécution encore en cours d’une commission rogatoire en France commandée par la justice camerounaise. Le même motif avait sous-tendu un report de cause à l’audience du 21 novembre dernier.

Il est question pour les juges camerounais de chercher à connaître les modalités de virement d’une somme de 25 milliards de F Cfa dans un compte bancaire en France appartenant à l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps).

Le 7 mai dernier, Pierre Désiré Engo a été libéré. Mais ce dernier devait rester à la disposition de la justice. Pour en arriver à cette décision, le Tcs avait estimé que le rapport de commission rogatoire de 2002 établi par la juge française Edith Boizette qui incriminait M. Engo ne fait pas ressortir les modalités de transfert de cette somme dont le détournement a été imputé à l’ancien Dg de la Cnps.

La compétence d’Edith Boizette remise en cause ?

Mais au regard des contours de cette affaire et eu égard à ces multiples reports, l’on ne peut s’empêcher de se demander si cette affaire de détournement de 25 milliards tient la route. Quand on sait que le 3 septembre 1999, date à laquelle M. Engo a été arrêté, ce chef d’accusation a été classé sans suite faute de preuves par la juge chargée de l’auditionner.

pierre_desire_engo

Par ailleurs, n’est-ce pas remettre en cause les compétences de Mme Boizette, célèbre juge  en France, que de déclarer que le rapport de commission rogatoire établi par ses soins ne mentionnait pas les modalités de transfert des 25 milliards de F Cfa en question ? N’est ce pas vouloir dire que ce rapport a été bâclé parce qu’incomplet ? Est-ce à dire également que le juge camerounais Pascal Magnanguemabe qui a ouvert une enquête à ce propos en février 2005 s’est lui aussi fourvoyé dans son ordonnance de renvoi ? Qu’est ce qui explique dans ce procès que la Cnps, partie civile, soit toujours absente ? Il ne fait l’ombre d’aucun doute que la vacuité de ce dossier saute à l’œil nu et qu’objectivement, on ne peut qu’aboutir à un abandon de poursuites contre Pierre Désiré Engo. Mais les juges du Tcs oseraient-ils sauter ce pas quand on sait de sources dignes de foi que l’ombre de Jean Foumane Akame,conseiller juridique du président camerounais Paul Biya et disque dur de l’opération anti-corruption Epervier, plane derrière cette affaire ?

Recommandations de l’Onu

Arrêté et écroué à la prison centrale de Yaoundé le 3 septembre en 1999, Pierre Désiré Engo a été inculpé pour trafic d’influence et prise illégale d’intérêt. Fait pour lequel il ne sera jamais jugé. Il sera plutôt condamné à 6 ans de prison ferme pour « chèque sans provision » en février 2000, à 10 ans de prison pour complicité de détournement de deniers en novembre 2002. La peine est passée à 15 ans de prison en 2005.

Le 22 juillet 2009, le conseil des droits de l’homme de l’Onu a appelé à la libération immédiate de l’ancien directeur général de la Cnps. Mais cette recommandation n’a pas été suivie par le gouvernement camerounais. Il a fallu une rencontre entre le président français, François Hollande et son fils Joël Didier Engo fin mars 2014 au palais de l’Elysée pour que Yaoundé puisse enfin se bouger.

La Rédaction

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 25, 2015 09:08 Mise à jour

Abonnez-vous à notre newsletter