Cameroun : Chemuta Divine Banda : « Le fédéralisme n’est pas un frein au développement »*

Louis MBANGA
par Louis MBANGA janvier 11, 2017 11:56 Mise à jour

Cameroun : Chemuta Divine Banda : « Le fédéralisme n’est pas un frein au développement »*

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  • Dans une tribune libre, le président de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés et anglophone d’origine est favorable au retour au fédéralisme mais de 10 Etats.

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Dans une tribune libre, le président de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés et anglophone d’origine est favorable au retour au fédéralisme mais de 10 Etats.*

                              REFLECHISSONS ENSEMBLE

J’ai, à titre officiel, déjà publié deux déclarations, chacune appelant à la non-violence et au dialogue dans la recherche de solutions durables aux problèmes posés. Permettez-moi d’exprimer maintenant mon avis personnel sur la situation. Je sais que d’autres personnes ont des points de vue similaires à ce que je vais exprimer ici à ma manière.

Ce que beaucoup ont qualifié de problème anglophone (qui comporte deux aspects, à savoir (1) les griefs sur le sous-système anglo saxond’éducation au Cameroun et (2) les griefs sur la pratique du Common Law au Cameroun) constituent un symptôme d’un problème national. Ce problème national est celui d’une forme appropriée de mise en œuvre de la décentralisation. Nous avons jusqu’ici abordé le problème avec la crainte que s’il n’est pas efficacement géré, la décentralisation pourrait conduire à la désintégration. La forme de décentralisation la plus appropriée pourrait être le fédéralisme.

Mais, en grand amoureux du Cameroun, je veux faire clairement comprendre qu’il ne s’agit pas d’une fédération de deux entités que je préconiserais. C’est un fait historique. Nous pouvons résoudre notre problème national de décentralisation en adoptant une forme appropriée de décentralisation. Les conseils régionaux qui ont été conçus depuis longtemps, mais qui ne sont pas encore mis en place, ne sauraient apporter une solution satisfaisante après leur opérationnalisation. Nous pouvons plaider pour une fédération de plus de deux entités mais pas plus de onze unités. Nous ne devrions pas dans ce cas laisser d’option pour la sécession d’une unité.

« Nous pouvons plaider pour une fédération de plus de deux entités mais pas plus de onze unités »*

Relevons déjà qu’il serait insidieux de penser que le fédéralisme serait un frein au développement. Il y a de nombreuses fédérations qui ont significativement évolué dans leurs efforts de développement. Lorsque vous investissez la plupart de vos moyens de développement au sommet, beaucoup s’évapore avant d’atteindre la base, mais quand vous les engagez à la base, ils sont mieux utilisés à l’avantage de tout le pays. Nous avons tendance à beaucoup parler de notre diversité légendaire tout en tolérant l’assimilation et la mise de côté de ce qui est potentiellement très utile pour l’intérêt général. Au lieu de promouvoir la connaissance d’autres langues des Nations Unies au Cameroun telles que le chinois et l’arabe, déjà parlées par de nombreux Camerounais, certaines personnes semblent vouloir rétrograder le Cameroun d’un pays bilingue à un pays monolingue. Que gagnons-nous à dévaloriser notre pays?

Une République fédérale encourage le développement plus efficacement qu’une République unitaire car elle permet:

  1. la participation de plus de citoyens à la planification des projets de développement;
  2. davantage de contribution de la population locale à l’exécution des projets;
  3. un contrôle plus étroit et plus efficace de l’utilisation des ressources;
  4. davantage de responsabilisation ;
  5. davantage de participation motivée de la diaspora;
  6. une concurrence authentique et saine ;
  7. la réalisation et l’enregistrement des recensements de population à des fins de planification ; et un
  8. meilleur suivi et enregistrement de la production.

« Au lieu de promouvoir la connaissance d’autres langues des Nations Unies au Cameroun telles que le chinois et l’arabe, déjà parlées par de nombreux Camerounais, certaines personnes semblent vouloir rétrograder le Cameroun d’un pays bilingue à un pays monolingue. Que gagnons-nous à dévaloriser notre pays? »*

Plus de la moitié des 20 principales économies du monde (Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Espagne, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Corée du Sud, Mexique, Russie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Turquie, Royaume-Uni , États-Unis et Union européenne) sont des fédérations.

dr-chemuta-divine-banda

Dr Chemuta Divine Banda

Le gouvernement fédéral (1) coordonne l’ensemble de la défense et de la sécurité (2) établit les normes et les standards, (3) par la législation et la réglementation, facilite la production et la distribution de biens et services (principalement par le secteur privé), (4) favorise le commerce extérieur, (5) favorise l’administration de la justice aux différents niveaux de la fédération, et (6) recueille les recettes fédérales et les distribue de manière adéquate aux unités fédérées. Il est généralement plus léger, mieux ciblé et plus efficace dans la coordination des efforts visant à atteindre les résultats d’intérêt commun pour les unités fédérées.

Depuis que je suis à la tête de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL), nous nous sommes concentrés sur la mission définie par la loi à savoir la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés. En ce qui concerne la promotion, nous avons contribué à la mise en place d’un programme national d’éducation aux droits de l’homme principalement dans des milieux formels à divers niveaux, mais aussi dans des milieux informels par le biais de musiciens et des clubs des droits de l’homme. Nous avons abordé la protection des droits de l’homme essentiellement par le traitement des requêtes, mais aussi par la lutte contre la torture sous diverses formes. Nous avons souligné que les progrès réalisés dans le développement d’une culture des droits de l’homme se mesurent à travers le dynamisme non violent de la société civile d’une part et la compréhension et la coopération des pouvoirs publics dans la promotion d’un dialogue constructif d’autre part. Une société civile docile ne contribue pas à la promotion et à la protection des droits de l’homme. Il doit être dynamique et responsable dans l’articulation des résultats souhaités.

Après les incidents regrettables qui ont été décriés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du 11 octobre au 8 décembre 2016, je félicite l’action du 9 janvier 2017 des dirigeants du Consortium de la Société Civile ainsi que les Membres du Gouvernement, les autorités administratives et les éléments des forces de l’ordre pour avoir veillé à ce que les actions menées soient pacifiques et non empreintes de violence. Ce que nous voulons voir maintenant, c’est le recours déterminé du dialogue dans la recherche de solutions durables non seulement aux problèmes actuels, mais à ce qui est actuellement perçu comme un problème national de décentralisation effective afin de préserver l’intégrité de notre pays et lui permettre de faire encore de plus grandes avancées vers son développement. Une fédération de plus de deux entités mais pas plus de onze unités pourrait être la solution au problème.

Il est vrai que tout récemment, il y a eu de l’instabilité dans le processus de construction de notre nation, mais avec un sens de compréhension et de coopération, cette vague actuelle d’instabilité pourrait se révéler être une dynamique qui nous ferait aller plus loin. Nous remercions Dieu de ce que le Chef de l’Etat a considéré la nécessité d’un autre comité, un comité ou un organisme plus large qui pourrait se concentrer sur un problème plus englobant en vue de garantir une cohabitation pacifique durable et la consolidation de l’unité de notre pays.

« Ce que nous voulons voir maintenant, c’est le recours déterminé du dialogue dans la recherche de solutions durables non seulement aux problèmes actuels, mais à ce qui est actuellement perçu comme un problème national de décentralisation effective afin de préserver l’intégrité de notre pays et lui permettre de faire encore de plus grandes avancées vers son développement »*.

Nous serons prêts à contribuer au résultat souhaité. Je ne pense pas que les Camerounais des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest prennent plaisir à chercher à s’éloigner du «Triangle national». Ils veulent au contraire le voir mieux organisé dans l’intérêt de tous les Camerounais.

Dr. Chemuta Divine BANDA

Président de la CNDHL

*Le titre, le chapeau et les citations sont de la rédaction

Louis MBANGA
par Louis MBANGA janvier 11, 2017 11:56 Mise à jour