Cameroun : Communiqué : Le CL2P réagit à un article du journal Emergence

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 13, 2017 07:39

Cameroun : Communiqué : Le CL2P réagit à un article du journal Emergence

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  • Dans un article du quotidien Emergence paru ce mercredi 12 juillet 2017, des personnalités poursuivies dans le cadre de l’Opération anti-corruption Epervier au Cameroun sont tenues pour responsables de détournements massifs de centaines de milliards de F CFA qui aurait évité au Cameroun de retourner au FMI. Pour le Comité de Libération des Prisonniers Politiques, une ONG basée en France qui défend la cause des détenus politiques en Afrique centrale, ces détournements sont inexistants. Ci-dessous, l’intégralité du communiqué parvenu à notre rédaction :

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Dans un article du quotidien Emergence paru ce mercredi 12 juillet 2017, des personnalités poursuivies dans le cadre de l’Opération anti-corruption Epervier au Cameroun sont tenues pour responsables de détournements massifs de centaines de milliards de F CFA qui aurait évité au Cameroun de retourner au FMI. Pour le Comité de Libération des Prisonniers Politiques, une ONG basée en France qui défend la cause des détenus politiques en Afrique centrale, ces détournements sont inexistants. Ci-dessous, l’intégralité du communiqué parvenu à notre rédaction :

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DÉCLARATION N° 000007 DU COMITÉ DE LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES SUITE À UN ARTICLE DU JOURNAL CAMEROUNAIS EMERGENCE INTITULÉ «TRIBUNAL CRIMINEL SPECIAL: 21 PERSONNES ENGLOUTISSENT 600 MILLIARDS DE F CFA»

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques à travers la présente déclaration fait part à l’opinion nationale et internationale de sa déception suite à un article paru dans l’édition N°1029 du quotidien camerounais «Emergence» du 12 juillet 2017.Dans cet article qui figure à la page 5 du journal et qui a été publié à la Une du journal sous le titre «Tribunal criminel spécial: 21 personnes engloutissent 600 milliards de F CFA», il est expressément mentionné comme l’indique d’ailleurs la titraille de Une que la somme détournée par 21 «clients» du Tribunal criminel spécial (Tcs) est largement supérieure à ce que le Fonds monétaire international (FMI) vient de prêter au Cameroun, soit 330 milliards de F CFA. S’il est vrai d’après des études menées par le FMI et la Banque Mondiale qu’il existe un lien entre le niveau de développement ou de sous-développement et le degré de corruption dans un pays, cette dernière ne saurait être la seule cause de la mauvaise situation financière de ce pays.

Parmi ces justiciables accusés par le journal d’être responsables du retour du Cameroun au FMI se trouvent des citoyens camerounais que notre organisation reconnait ou a reconnu comme des détenus politiques, parce qu’ils sont séquestrés en prison non seulement pour des motifs politiques mais aussi sans la moindre preuve de détournement de fonds publics. Il s’agit de Polycarpe Abah Abah, d’Urbain Olanguena Awono, de Jean Marie Atangana Mebara, d’Iya Mohamed et d’Yves Michel Fotso. À ces derniers s’ajoutent les cas Dieudonné Ambassa Zang, en exil politique en France, Me Lydienne Eyoum libérée depuis juillet 2016 à la faveur d’une grâce présidentielle et Pierre Désiré Engo, toujours poursuivi par le Tcs mais en liberté surveillée.

«Détournements imaginaires et inexistants!»

Ainsi, pour le journal Emergence, il s’agit des personnes qui du fait de leur «boulimie» financière auraient plongé les finances publiques dans le rouge. Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’enflamment. Pourtant au regard du caractère farfelu des charges retenues contre eux et de la vacuité de leurs dossiers judiciairse, il y a lieu de conclure que ces détournements ne sont ni plus ni moins qu’une simple vue de l’esprit parce qu’imaginaires et inexistants. Le journal ne décrit d’ailleurs pas le mécanisme des détournements en question, pas plus qu’il ne démontre l’intention criminelle des auteurs présumés.

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Quel argent «détourné» serait donc à l’origine du retour du FMI au Cameroun?

– Serait-ce les 2,907 milliards de F CFA qui ont valu 25 ans de prison ferme en juin 2016 à l’ancien secrétaire général à la présidence Jean Marie Atangana Mebara alors qu’il s’agit d’une somme d’argent débloquée en juin 2003 par la Société nationale des hydrocarbures sur ordres du ministre des Finances de l’époque, Michel Meva’a M’Eboutou (actuel Secréatire général du Sénat) et réceptionné par Boeing, fabriquant de l’avion présidentiel?

– Serait-ce les 1, 183 milliards de F CFA imputés à l’ancien directeur des Impôts, Polycarpe Abah Abah pour lesquels il a écopé de 20 ans de prison ferme en novembre 2016 alors qu’il s’agit d’un argent reversé à l’ensemble des entreprises et structures bénéficiaires du remboursement des crédits TVA courant mai 2000, malgré la confusion de chéquier reconnue et assumée par la Commercial Bank of Cameroon qui a conduit cette dernière à virer cette somme dans le compte personnel d’Abah Abah sans son avis?

– Serait-ce le «détournement» de 80,864millions de F CFA pour lesquels l’ancien ministre de la Santé, Urbain Olanguena Awono, a été condamné à 20 ans de prison jusqu’à la Cour suprême alors qu’il s’agit d’une somme d’argent perçue par un prestataire de service véreux en cavale après que ce dernier ait introduit au ministère des Finances courant 2004 un dossier de paiement d’un marché de livraison de moustiquaires (non livré), lequel dossier comportait de fausses signatures y compris celle d’Olanguena Awono?

– Serait-ce les 11 milliards de F CFA qui valent 15 ans de prison à l’ancien directeur général de la Société de développement du coton (Sodecoton) Iya Mohamed, alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de l’ensemble des dépenses régulières et budgétisées dûment validées par le Conseil d’administration de la Sodecoton (salaires et avantages du Dg, financements du club Coton Sport de Garoua, paiements au secrétaire permanent des marchés publics, etc.)?

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– Serait-ce la soixantaine de milliards de F CFA qui a valu la prison à vie à l’ancien directeur général de la défunte Cameroon Airlines (Camair) et homme d’affaires Yves Michel Fotso, alors que la Camair n’a pu être sauvé de la banqueroute et ne fonctionnait que grâce aux fonds de son groupe familial?

– Serait-ce les 25 milliards de F CFA imputés à l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), Pierre Désiré Engo, dont la fameuse commission rogatoire déclenchée par le TCS en France cherche en vain les traces depuis plus de 3 ans dans son compte bancaire au Crédit Lyonnais Agence International à Paris (clôturé depuis 2001), après une précédente mission infructueuse menée en 2000 auprès du même établissement par MM. Foumane Akame, Ngalle Miano, et Ntibane Bruno?

– Serait-ce les 1,077 milliards dont le détournement est reproché à l’avocate franco-camerounaise Me Lydienne Eyoum, alors qu’il s’agit des frais de procédure à elle conférés par une décision de justice prise dans l’urgence en décembre 2004 et retenus avec l’accord de son client, l’Etat du Cameroun, dans l’affaire opposant ce dernier à la Société générale de banques (SGBC)?

– Serait-ce les 5,8 milliards de F CFA pour lesquels l’ancien ministre des Travaux publics, Dieudonné Ambassa Zang a écopé d’une condamnation à vie par contumace en juin 2015 alors qu’il s’agit non seulement du préjudice de plus de 4 milliards de F CFA rétrocédés à l’Etat du Cameroun (pour ce qui est de l’accusation sur le marché de réhabilitation du pont sur le Wouri) en 2010 à l’issue d’une procédure judiciaire pour rupture abusive de contrat contre l’entreprise UDECTO au tribunal de commerce de Paris, mais aussi de la non-présentation des pièces justificatives à la mission du Contrôle supérieur de l’Etat (au moment où il n’est plus en fonction)?

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Non à la présomption de culpabilité!

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques, sans prétendre donner des leçons de journalisme à Emergence, regrette que le journal n’ait pas abattu ce travail d’enquête minutieux qui lui aurait évité de jeter en pâture des hommes et femmes victimes depuis de nombreuses années d’un croc-en-jambe judiciaire sur fond de règlements de comptes politiques, ou contraint à l’exil loin de leurs familles. Il s’est laissé emporter par la présomption de culpabilité qui consiste à penser qu’être poursuivi et automatiquement condamné au Tribunal Criminel Spécial (Tcs) du Cameroun veut dire qu’on est ipso facto un détourneur de fonds

Les procédures contre MM. Engo et Ambassa Zang par exemple attendent toujours d’être revêtues de l’autorité de la chose jugée qu’Emergence a déjà fait d’eux des «voleurs»! Les hommes de médias devraient pourtant traiter de l’actualité judiciaire dans le strict respect de la présomption d’innocence. Mais la volonté de faire du «buzz» et de marquer les esprits a certainement été plus forte que tout, sans vouloir rentrer dans les petits secrets d’autres bien basses considérations.

Tant pis pour les victimes dont les vies sont suffisamment brisées et broyées à l’issue de parodies de procès, au mépris de leur droit à un procès équitable qui suppose à minima une condamnation puis une privation de liberté uniquement sur la base de preuves irréfutables et connues de tous.

Fait à Paris, le 13 juillet 2017
Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 13, 2017 07:39