Cameroun : D’après ses avocats : Le prisonnier politique P.Abah Abah est victime d’un acharnement

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 10, 2016 23:39

Cameroun : D’après ses avocats : Le prisonnier politique P.Abah Abah est victime d’un acharnement

Grandes Lignes

  • Au cours d’un point de presse ce jeudi 10 novembre 2016, les avocats de l’ancien directeur des Impôts ont souligné que leur client a été condamné pour le détournement de 1,158 milliards pourtant entièrement versés aux bénéficiaires. Ils ont également indiqué que Polycarpe Abah Abah est victime de rivalités politiques au sein du sérail camerounais.

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Au cours d’un point de presse ce jeudi 10 novembre 2016, les avocats de l’ancien directeur des Impôts ont souligné que leur client a été condamné pour le détournement de 1,158 milliards pourtant entièrement versés aux bénéficiaires. Ils ont également indiqué que Polycarpe Abah Abah est victime de rivalités politiques au sein du sérail camerounais.

Un verdict controversé. Un dossier judiciaire vide. Une condamnation à des relents de cabale politique. Ainsi pourrait-on résumer la sortie du pool des avocats de Polycarpe Abah Abah au cours d’une conférence de presse ce jeudi 10 novembre 2016 à Yaoundé. Les conseils de l’ancien directeur des Impôts ont tenu à signifier à l’opinion nationale et internationale leur indignation une semaine après la peine de 20 ans de prison infligée à leur client. Pour asseoir sa condamnation, le Tribunal criminel spécial s’est appuyé sur les déclarations d’un témoin de l’accusation, cadre à la Commercial Bank of Cameroon (CBC), selon lesquelles aucun virement ne peut être effectué dans le compte d’un client sans un ordre écrit. Autrement dit, qu’Abah Abah a autorisé le virement de 1 158 352 393 F CFA destinés au remboursement des crédits TVA dans son compte personnel.

« Faux », a semblé rétorquer les avocats de M.Abah Abah. Face à la presse, les hommes en robe noire ont soutenu que leur client n’a jamais signé d’ordre de virement dans son compte personnel comme l’a soutenu le même témoin de l’accusation : « c’est la banque qui a pris l’initiative de virer cet argent du compte « remboursement TVA » pour le compte de M.Abah Abah alors que celui-ci avait moins d’un million de F CFA », indique Me Marcel Mong qui a ajouté que le montant viré par la CBC le 5 mai 2000 dans le compte d’Abah Abah a été extourné (annulé) à l’initiative de la banque  le 8 mai 2000, date de valeur de l’opération pour être comptabilisé dans le compte de la direction des Impôts.

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Le pool des avocats de Polycarpe Abah Abah face à la presse

« Pas de détournement »

D’après le pool des avocats de l’ancien directeur des Impôts, tout commence le 28 avril 2000 au cours d’une cérémonie de remise de chèques aux bénéficiaires des crédits TVA à Yaoundé. M.Abah Abah constate que son proche collaborateur lui a fait signer des chéquiers de son compte personnel plutôt que celui intitulé « Remboursement de la TVA ». Après avoir constaté cette erreur, l’alors directeur des Impôts saisit la CBC par écrit et par téléphone. Dans une correspondance datée du 11 mai 2000, la banque se fend en excuses, promet d’endosser la responsabilité de cette erreur et explique que c’est un de ses agents peu attentionné qui a remis le chéquier de son compte personnel plutôt que celui du compte remboursement de la TVA, les deux comptes ne différant que d’un chiffre.

Pour les conseils de M.Abah Abah, il n y a pas de détournement qui vaille, les 1 158 352 393 F CFA ayant été entièrement payés aux bénéficiaires des crédits TVA : « les bénéficiaires ont touché cet argent y compris le Trésor public », souligne Me Marcel Mong. D’après les avocats de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Le Tribunal criminel spécial a écarté le droit pour se mettre au service des groupes de pression : « nos magistrats manquent de personnalité, l’article 184 du Code pénal (qui punit le détournement, ndlr) n’est plus appliqué, nos magistrats ne disent plus le droit, ils sont là pour rendre service, pour régler des comptes pour des personnes tapies dans l’ombre », soutient Me Mong.

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Polycarpe Abah Abah

Rivalités politiques

Pour les conseils de M. Abah Abah, les poursuites judiciaires contre leur client ont un caractère politique : « il s’agit d’un complot ourdi pour écarter certaines personnes de la succession de Paul Biya », tranche Me Nouga. Ce dernier a pointé du doigt Amadou Ali, ministre de la Justice lors du déclenchement des déboires judiciaires contre Polycarpe Abah Abah en 2008 : « d’après les câbles de Wikileaks, M. Amadou Ali a remis au chef de l’Etat une liste de personnalités titulaire de comptes garnis de milliards en Europe en lui disant qu’elle provenait de la CIA (services de renseignements américains, ndlr), alors que c’était faux », rappelle l’avocat.

Polycarpe Abah Abah croule depuis le 13 janvier 2015 sous une condamnation à 25 ans de prison ferme pour le détournement de 4,9 milliards de F CFA pourtant reversés au Trésor public à la faveur d’un décret du Premier ministre. L’ancien directeur des Impôts est également impliqué dans une autre affaire de malversations financières en cours de jugement relative à la gestion de la redevance audiovisuelle. Depuis mars 2015, M.Abah Abah est reconnu comme prisonnier politique par le Comité de Libération des Prisonniers Politiques, une ONG basée à Paris en France qui défend la cause des prisonniers politiques à travers l’Afrique.

hurinews.com

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 10, 2016 23:39