Cameroun : Dieudonné Ambassa Zang : Le Kafka, réfugié politique en France

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 30, 2014 13:40 Mise à jour

Cameroun : Dieudonné Ambassa Zang : Le Kafka, réfugié politique en France

Objet d’un procès en détournement de deniers publics à Yaoundé, l’ancien ministre et député installé en France depuis 4 ans croit en une cabale politico-judiciaire contre sa personne. Portrait d’un ancien haut commis de l’Etat camerounais  dont le passé de gestionnaire rigoureux et de parlementaire audacieux fait de lui la cible idéale d’une parodie de justice.

Ses anciens collègues du Gouvernement tels que Marafa Hamidou Yaya, Jean Marie Atangana et autres Polycarpe Abah Abah ont choisi d’affronter le glaive de l’opération anti-corruption Epervier. Mais pour Dieudonné Télesphore Ambassa Zang, pas question d’aller faire face à une justice camerounaise à tête chercheuse : « mes collègues, se sont défendus mais pour quel résultat ? Tous, par le truchement des écrits (ouvrages, chroniques, tribunes etc.) dénoncent des procès non équitables au cours desquels les droits de la défense et les lois applicables en matière par exemple de procédure pénale ont été violés. Pensez-vous, humainement, que leurs cris de détresse, leur désarroi ainsi que les pleurs de leurs familles soient de nature à m’encourager à rentrer affronter la justice de mon pays ? », s’est demandé l’ancien ministre des Travaux publics (août 2002-décembre 2004) dans une interview accordée récemment à l’hebdomadaire camerounais Aurore Plus. Installé en France depuis le dernier trimestre de 2009, l’ancien député du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, le parti de Paul Biya, a été admis par l’Office français des réfugiés politique et apatrides au statut de « réfugié politique » en 2010.
La cinquantaine entamée, cet inspecteur de régie financière de formation, sorti de l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (Enam) de Yaoundé à la fin des années 1980, est depuis août dernier, l’objet d’un procès au Tribunal criminel spécial anti-corruption de Yaoundé. L’ancien ministre des Travaux publics, Dieudonné Ambassa Zang et près d’une demi-douzaine de ses co-accusés sont accusés d’avoir distrait un montant d’environ 5 milliards de F Cfa dans le cadre de marchés d’entretien et de travaux routiers ainsi que du paiement d’indemnités aux membres des commissions de passation de marchés, entres autres. Des accusations dénuées de tous fondements selon Ambassa Zang qui dénonce un vice de procédure à tous les niveaux.

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Acharnement
D’abord, les circonstances dans lesquelles son immunité parlementaire a été levée en aout 2009 afin qu’il puisse faire face à la justice. Au départ, ses collègues députés, y compris ceux du parti au pouvoir, le Rdpc, y sont farouchement opposé et demande suffisamment d’éléments d’accusations contre leur collègue pour procéder à cette levée d’immunité. Face aux pressions venues de la présidence de la République, le bureau politique de l’Assemblée nationale va finalement lâcher du lest. Ambassa Zang, alors au Canada pour des raisons de santé, choisi le chemin de l’exil, sentant le « rouleau compresseur » se diriger vers lui. Par ailleurs, l’ancien député dénonce la démarche de l’ancien ministre en charge du contrôle supérieur de l’Etat, Siegfried Etamè Massoma (aujourd’hui sénateur) qui, sur la base des enquêtes des inspecteurs d’Etat, avait écrit au ministre de la Justice de l’époque afin que des poursuites judiciaires soient enclenchées à son encontre. Sans qu’il ait livré sa version des faits devant le Contrôle de discipline budgétaire et financière du contrôle d’Etat comme l’exige la procédure en la matière.
Le réfugié politique camerounais dénonce l’amateurisme des inspecteurs d’Etat qui ont pendant 2 ans (2006 et 2007) passé sa gestion au ministère des Travaux publics au peigne fin. Ambassa Zang n’épargne pas le juge d’instruction du Tcs, Jérôme Kouabou, dont la démarche a consisté à reproduire dans son ordonnance de renvoi les termes de la correspondance adressée à Amadou Ali par Etame Massoma. Ambassa Zang reproche également à ce juge non seulement de n’avoir pas attendu le verdict de la Commission de discipline budgétaire du Contrôle d’Etat que l’ancien ministre a saisi en 2010 pour un réexamen de son cas, mais aussi d’avoir confondu faute de gestion et détournements de deniers publics : « l’on ne peut guère parler que d’irrégularités de gestion. Lesquelles pourraient appeler une sanction disciplinaire », reconnait la Commission des droits de l’homme de l’Union interparlementaire (Uip) dans un rapport rendu public le mois dernier. L’Uip suit de très près le déroulement de son procès à Yaoundé.

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Poursuivi pour avoir…combattu la corruption ?
Qui en veut donc tant à Dieudonné Ambassa Zang ? L’Uip a sa petite idée là-dessus : « les poursuites engagées contre M. Ambassa Zang doivent être replacées dans le contexte d’une opération de lutte contre la corruption connus sous le nom de l’opération Epervier, qui aurait été utilisée à l’encontre de divers politiciens ayant exprimé des critiques à l’égard du régime en place ». L’ancien ministre des Travaux publics paye pour avoir, en son temps, combattu la corruption au sein de son département ministériel : « mon drame aura été de prétendre lutter contre la corruption et de veiller à un minimum de transparence. J’ai pris des mesures courageuses et, à titre d’exemple j’avais affecté dans les services extérieurs en un seul jour 60 ingénieurs convaincus de manipulation des procédures de passation de marchés…à lutter contre la corruption et les manœuvres d’un lobby de personnes et des Ingénieurs du MINTP, j’ai vu la mort passer et dans des lettres anonymes qui m’étaient destinées, les rédacteurs m’ont prévenu qu’ils m’enverraient en prison. Nous y sommes presque ! », a révélé Ambassa Zang à nos confrères d’Aurore Plus.
En tant que député du Rdpc, ses anciens collègues ne tarissent pas d’éloge envers le parlementaire audacieux qu’il fut : « Le Député Dieudonné Ambassa Zang, Député de la Mefou et Afamba était l’un des rares à l’Hémicycle qui prenait son travail au sérieux, il animait les débats à l’Assemblée Nationale, surtout face aux Ministres, que les Députés du RDPC ne se levaient que pour les féliciter », a reconnu en septembre 2009, le député de l’opposition Jean Michel Nintcheu dans une interview accordée au site d’information camer.be..
Dans la ville de Mfou (à une trentaine de km de Yaoundé) dont il est originaire, les populations se souviennent encore de ses nombreuses réalisations en termes d’infrastructures ainsi que de « Mfou sport vacances », ce championnat célèbre qu’organisait en début des années 2000, Dieudonné Ambassa Zang pour permettre à la jeunesse de cette localité de s’épanouir pendant les vacances.
En France, le réfugié politique ne chôme pas. Titulaire d’un Master Professionnel II option « Genre et Politiques Sociales », Dieudonné Ambassa Zang, après une carrière bien remplie dans l’administration camerounaise (inspecteur d’Etat, chargé de mission à la présidence, secrétaire général de ministère, etc…), est consultant international en matière de droits de l’homme, notamment dans le domaine de l’égalité du genre.
Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 30, 2014 13:40 Mise à jour