Cameroun : Duval L.Ebale : « Je ne suis pas un pion de Paul Biya »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 31, 2017 06:22

Cameroun : Duval L.Ebale : « Je ne suis pas un pion de Paul Biya »

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  • Âgé de 40 ans, promoteur de la radio privée Oxygène FM à Yaoundé, le journaliste réputé pour ses enquêtes à caractère social se lance dans la course pour la présidentielle de 2018. Il dévoile ses ambitions pour le Cameroun au cas où il est élu et donne son avis sur la récente actualité des droits de l’homme.

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Âgé de 40 ans, promoteur de la radio privée Oxygène FM à Yaoundé, le journaliste réputé pour ses enquêtes à caractère social se lance dans la course pour la présidentielle de 2018. Il dévoile ses ambitions pour le Cameroun au cas où il est élu et donne son avis sur la récente actualité des droits de l’homme.

Que vous inspire comme réflexion la dernière actualité des droits de l’homme relative à la publication du rapport d’Amnesty International sur la lutte contre Boko Haram ainsi que la réaction du gouvernement ?

Le ministre de la Communication n’était pas obligé de faire une conférence de presse à propos de ce rapport. Cette conférence de presse a même eu le don d’amplifier la publication d’Amnesty International. Pour ce qui est de cette dernière, le Cameroun ne devrait pas en vouloir aux organismes qui viennent ici mener des enquêtes. Au lieu d’en vouloir à Amnesty International, il faut d’abord que nous voyons ce qui se passe dans notre pays. Quand Amnesty publie un rapport, il faut que nous nous appuyions sur ce dernier pour aller vérifier ce qui se passe dans notre armée. Moi j’avais été enlevé par l’armée camerounaise le 17 janvier 2017 sous le fallacieux prétexte d’une crise anglophone qui n’avait rien à voir avec ma personne.

Que s’est-il passé ce jour-là, pourriez-vous nous en dire plus ?

En plein 16h ce jour-là des militaires sont arrivés à la radio Oxygène FM lourdement armés, cagoulés, comme s’il venait chercher Shekau (Aboubacar Shekau est le leader de Boko Haram,ndlr) et m’ont amené vers une destination inconnue où j’ai passé 5 jours, à la DGRE (services secrets camerounais, ndlr) pour ne pas la nommer, sans convocation, ni interrogatoire, rien du tout. Et quand on m’a relâché, il était 23 heures, j’ai été entrainé à 15 km après Mfou, à la périphérie de Yaoundé. J’y ai été abandonné à 2heures du matin, nu. N’est-ce pas là une torture morale orchestrée par ceux qui sont censés nous défendre ? Dans le cadre même de la lutte contre Boko Haram, j’ai rencontré des gens qu’on est allé porter à Kousseri (Extrême-Nord, ndlr) pour amener à Yaoundé alors qu’il n’avait rien à voir avec Boko Haram et qui ont passé 8 mois à la DGRE, 2 ans à la prison et ont été relâché comme ça. C’est une autre torture morale. Plutôt que de fustiger le rapport d’Amnesty international, le gouvernement camerounais devrait s’en servir afin de chercher à savoir si derrière la lutte contre Boko Haram ne se cache pas des règlements de comptes.

En ce moment, un débat a cours au sujet de la possibilité pour le Cameroun d’organiser la CAN 2019, pour vous, le Cameroun est-il prêt pour organiser cette CAN ?

Si les Camerounais votent pour moi, la CAN n’aura pas lieu en 2019 au Cameroun. Nous allons repousser cette échéance et nous entendre avec un pays qui pourra mieux l’organiser. Il y a trop de précipitation dans cette histoire. Est-ce que nous avons les stades, les hôtels, les routes, les voies de communications et de télécommunications ? Nous n’avons rien mais nous voulons organiser une CAN. Donc si je suis chef de l’Etat, je vais repousser le délai de la CAN afin que nous puissions mieux nous préparer. On ne peut pas se mettre à se précipiter parce qu’on est déjà trop vieux pour mourir ou alors qu’on est prêt de quitter le pouvoir et on veut à tout prix organiser une CAN masculine. Nous sommes déjà sous ajustement structurel, c’est nous qui devons organiser 4 élections l’année prochaine, c’est nous qui devons organiser la CAN en 2019. Où prendra t-on de l’argent ? les gens organisent cette CAN dans une telle précipitation pour se faire de l’argent. Parce qu’il va falloir accorder des marchés de gré à gré. En plus de cela, on ne peut pas construire des stades avec des préfabriqués. Et je peux comprendre d’où ça vient. Le président italien était en visite ici récemment et c’est l’Italie qui a gagné ce marché. Je vais vous révéler que deux semaines après le départ du président italien, je découvres à Nkilzock (sud, ndlr) que le directeur du Cabinet Civil et l’ambassadrice d’Italie assistaient à des des messes à l’Eglise de Belinga Eboutou (directeur du Cabinet civil en question, ndlr), c’était un dimanche. Donc c’est des deals qui se créaient. Et comme le stade sera préfabriqué, le gravier local ne sera pas vendu, du sable, du fer, rien ne sera vendu. L’industrie locale va mourir

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Venons-en à vous, vous êtes candidat à l’élection présidentielle de 2018, que pensez-vous du Code électoral actuel qui, d’après certaines figures de l’opposition, serait conçu pour faciliter la victoire de Paul Biya ?

Je n’ai aucun souci avec le Code électoral parce que ceux qui dénoncent ce Code aujourd’hui, sont allés aux élections avec le même Code. Pourquoi accepter de commencer un jeu et dénoncer les règles du jeu plus tard ? Le MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) et les autres partis d’opposition sont allés aux élections de 2013 (législatives et municipales, ndlr) avec le même Code promulgué en avril 2012. Ce débat sur le Code électoral est une distraction, les Camerounais n’en ont pas besoin. La première fois que Paul Biya a eu un candidat de poids aux élections, c’était en 1992 et c’était Ni John Fru Ndi. Depuis lors, il n’a plus eu de candidat sérieux en face. Lors des élections, les partis d’opposition n’ont jamais atteint 500 scrutateurs. Quand ils laissent M.Biya avec 22 500 bureaux de vote à son compte, que voulez-vous ? Si vous pouvez convaincre 5 millions de Camerounais pour être élu président, ça veut dire que vous pouvez en convaincre 23 000 autres pour être scrutateur dans les 23 000 bureaux de vote. Si un parti ne peut pas le faire, pourra t-il convaincre 2 millions de Camerounais pour voter pour lui ? Au lieu de faire un débat sur le Code électoral, engageons un débat pour amener les Camerounais à être passionné de la politique et par conséquent à pouvoir défendre leur vote le moment venu.

Pourquoi les Camerounais devraient voter pour Duval Lebel Ebale ?

Ils devront voter pour moi parce qu’un système de parti unique ne peut pas diriger une nation pendant plus de 60 ans. Ce qui sont là aujourd’hui sont le mêmes qui était là au temps d’Ahidjo (ancien président camerounais, Ahmadou Ahidjo, ndlr). J’ai par exemple souvenance de cette photo qui a circulé récemment sur les réseaux sociaux et qui présentait Ahmadou Ahidjo à l’occasion de l’inauguration du barrage hydroélectrique de Songloulou en 1980. Il avait à ses côtés son Premier Ministre, Paul Biya, le directeur général de la Sonel, Niat Njifenji et le ministre de l’Eau et de l’Energie, Philemon Yang. Ahidjo est décédé et les 3 autres occupent les postes les plus importants du pays. Paul Biya est président de la République, Niat est président du Sénat et Philemon Yang est Premier Ministre. Donc, c’est le même système qui ne favorise pas le développement. C’est pourquoi tout le monde doit rêver de changement.

Justement après avoir dégagé le système que vous dites vieux de plus de 60 ans, que comptez-vous apporter au Camerounais, d’abord sur le plan politique ?

Je compte leur garantir la souveraineté de notre pays sur le plan monétaire et militaire. Il n’y a pas de souveraineté sans monnaie. En 2015, j’ai lancé la plus grande campagne d’Afrique centrale contre le F CFA. Cette monnaie a été créée en 1945 par De Guaulle en même temps que la gendarmerie nationale. Il s’agissait pour De Guaulle de tenir les colonies héritées de l’Allemagne après la 2e guerre mondiale. Le FCFA a été créée pour le contrôle financier et la gendarmerie pour le contrôle du renseignement. Il va donc falloir sortir de cet état de choses, à savoir créer une monnaie africaine ou camerounaise et dissoudre la gendarmerie nationale qui, en fait, ne nous appartient pas. Elle appartient plutôt à la France parce que dans les pays anglo-saxons, la gendarmerie n’existe pas. Les gendarmes seront par la suite reversés dans l’armée et la police. Dès cet instant, on ne verra plus des colonels français à la gendarmerie.

Vous, président de la République, allez-vous limiter les mandats ?

On peut ne pas limiter les mandats mais permettre une expression de la démocratie. Mon problème n’est pas qu’on limite les mandats. Mon souci c’est l’expression démocratique du peuple. Vous pouvez rendre les mandats présidentiels illimités mais le peuple à un moment donné estime qu’il n’a plus besoin de vous et vote pour quelqu’un d’autres.

Dans votre projet vous insistez sur la constitution du Cameroun qui, d’après vous, est très manipulable, quelle garantie allez-vous fournir afin que de la constitution se dégage une démocratie véritable ?

Effectivement notre constitution est la plus manipulable au monde. Le président peut compter sur un parlement qui n’est déjà pas l’émanation du peuple pour en modifier des dispositions à sa guise. Nous allons veiller à ce que toute modification de la constitution passe obligatoirement par un référendum. Nous allons donc inscrire une telle disposition dans la constitution. La constitution c’est l’acte de naissance d’un pays et une seule personne ne peut pas décider de modifier certaines de ses éléments. C’est une affaire du peuple.

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Une descente sur le terrain du candidat Duval Lebel Ebale

Sur le plan institutionnel, quelles réformes comptez-vous entreprendre ?

Sur le plan institutionnel, nous allons supprimer le Sénat qui nous prend 16 milliards de F CFA chaque année. Ces 16 milliards peuvent être investi dans ce que nous appelons le Plan de Développement Rural parce que pendant longtemps, on a tourné le dos aux zones rurales et fait semblant de développer les zones urbaines. Si je suis président de la République en 2018, ces sénateurs iront faire valoir leur droit ailleurs parce qu’ils sont des retraités. Le Sénat pourra être réactivé quand on aura résolu les problèmes socio-économiques des Camerounais comme le pouvoir d’achat qu’il faut relever. Depuis la baisse des salaires des fonctionnaires en 1994, ce pouvoir d’achat n’a plus jamais été relevé. Le Camerounais vit avec 375 F CFA par jour. C’est avec cela qu’il doit subvenir à ses besoins.

Le Cameroun est réputé pour être un pays corrompu maintes fois mal noté dans le classement de Transparency International, que prévoit votre projet de société en termes de gouvernance ?

Nous allons diminuer les charges de l’Etat. L’Etat du Cameroun dépense énormément et c’est sans contrôle. Nous allons d’abord commencer par réduire le nombre de ministères que nous allons ramener de 65 à 25 et nous allons faire disparaître la notion d’équilibre régional et établir plutôt un équilibre social car nous avons remarqué que les revendications des populations porte sur le nombre de ministres, or un ministre, ça ne développe pas un village. Nous allons faire disparaître les prestataires de service. La plupart sont des voyous qui n’ont pas de bureaux et se balladent avec leurs mallettes. Quand il gagne par exemple un marché de livraison de voitures de 500 millions de F CFA. Au lieu de livrer 10 voitures de 50 millions de F CFA, il en achète plutôt 3 pour les revendre à 150 millions chacun. Voyez-vous ce que l’Etat perd ? d’abord en termes de voitures, au lieu de 10 véhicules, l’Etat en acquiert plutôt 3 ce qui fait une perte de 3o0 millions de F CFA en termes d’argent qui sont partagés entre le ministre qui a attribué le marché, le prestataire et tous les autres maillons de la chaîne du marché. Nous allons donc mettre fin au système de prestataire.

On peut ne pas limiter les mandats mais permettre une expression de la démocratie. Mon problème n’est pas qu’on limite les mandats. Mon souci c’est l’expression démocratique du peuple. Vous pouvez rendre les mandats présidentiels illimités mais le peuple à un moment donné estime qu’il n’a plus besoin de vous et vote pour quelqu’un d’autres.

L’Etat va traiter directement avec les fournisseurs. Pour cela, nous allons créer un ministère de la Comptabilité-matière et de la logistique nationale. Le ministère des Marchés publics va donc disparaître. Ce ministère de la Comptabilité-matière sera chargé de la dépense de l’Etat au premier degré. Parce qu’il y a des dépenses pour les travaux lourds comme les routes, les ponts qui reviendront au ministère des Travaux publics. Ce ministère de la Comptabilité-matière va nous permettre d’avoir une lisibilité sur le matériel acquis par l’Etat en un an. Et les réformations des véhicules vont également cesser. On ne peut pas acheter un véhicule à 350 millions de F CFA et le réformer 3 ans après de manière à ce qu’il ne coûte plus que 300 000 F CFA alors qu’on peut s’en servir pendant 15 ans. Si nous parvenons ainsi à faire des économies dans la dépense publique, nous allons relever le pouvoir d’achat.

Vous avez parlé tout à l’heure du monde rural, qu’est ce qui est prévu dans votre programme politique pour cette frange de la population ?

Pour ce qui est du monde rural, nous allons revoir la carte administrative du Cameroun en faisant passer le nombre de régions de 10 à 15. Une région comme la région de l’Est, nous pouvons la diviser en 3. Vous savez, à l’Est, il y a des zones où on exploite du diamant et ce sont les Coréens qui le font en ce moment. Mais ces zones sont à 300 ou 400 km du chef-lieu de la région qu’est Bertoua. Si nous créons une région de ce côté, cette zone diamantifère va se développer. Nous allons donc passer de 10 à 15 ou 16 régions. La région de l’Est sera divisée en 3, l’Extrême-Nord en 2, l’Ouest en 2 et le Sud en 2. Et nous allons nous arranger à ce que toutes les zones frontalières aient un chef-lieu de région. Kousseri par exemple pourra être un chef-lieu de région avec un gouverneur car c’est plus facile de maîtriser la sécurité dans cette zone que de partir de Maroua et parcourir 300 km. Quand on aura créé d’autres unités administratives, il y aura moins de sous-préfets et plus de préfets. Les sous-préfets vont demeurer dans les zones de nécessité.

Abordons à présent le plan social, quelles réformes comptez-vous aborder sur le plan de la santé ?

De nombreux Camerounais meurent non plus pour maladie mais par accident de circulation. Et si ces gens meurent, c’est parce qu’on n’a pas pu intervenir à temps. Parce que quand un accident survient, il peut arriver que vous ayez encore 15 à 20 minutes pour vivre mais le premier centre de secours se trouve à 200 km. Nous allons donc créer sur nos grands axes ce que nous avons appelé les Centres de secours d’urgence (CSU) sur chaque 40 kilomètres. En cas d’accident, il y aura un numéro vert par lequel le centre sera alerte. L’accidenté sera pris immédiatement en charge gratuitement, aux frais de l’Etat. C’est quand il est hors de danger qu’il est remis à sa famille pour la suite du traitement. Autant nous le ferons dans les Centres de secours d’urgence, autant nous le ferons dans les hôpitaux publics et les cliniques, c’est-à-dire que quand un accidenté arrive, on le prend en charge tout de suite. Ensuite, nous allons libéraliser le secteur de la pharmacie qui est contrôlée par l’homme d’affaire français Bolloré qui fait injecter ses produits pharmaceutiques dans le marché noir et à moindre coût surtout que Bolloré ne paye pas de taxes.

L’Etat va traiter directement avec les fournisseurs. Pour cela, nous allons créer un ministère de la Comptabilité-matière et de la logistique nationale. Le ministère des Marchés publics va donc disparaître. Ce ministère de la Comptabilité-matière sera chargé de la dépense de l’Etat au premier degré. Parce qu’il y a des dépenses pour les travaux lourds comme les routes, les ponts qui reviendront au ministère des Travaux publics. Ce ministère de la Comptabilité-matière va nous permettre d’avoir une lisibilité sur le matériel acquis par l’Etat en un an.

Ce qui fait que nos pharmaciens ont du mal à réaliser un chiffre d’affaires. Autre réforme dans le secteur de la santé, les vieillards et les enfants de moins de 7 ans ne paieront plus pour voir un médecin. Nous allons instituer une carte de vieillesse avec laquelle leur titulaire pourront se soigner gratuitement. Nous allons même ouvrir les pavillons de gérontologie dans les hôpitaux. En nous occupant ainsi des personnes âgées, il y a une incidence sur les retraites. Nous allons harmoniser l’âge de départ à la retraite. Nous allons permettre aux retraités de commencer à préparer leur pension 5 ans avant la date. Nous allons pour cela créer des cellules dans les ministères chargées de préparer les dossiers de mise en retraite de manière à ce que quand tu vas en retraite au moins de juillet, au mois d’août, tu as déjà ta pension. Toujours sur le plan de la santé, nous allons mettre un accent sur l’amélioration du plateau technique dans les hôpitaux.

Vous êtes jeune et l’une des préoccupations des jeunes camerounais c’est l’emploi, comment compter vous en tant que chef de l’Etat, leur garantir l’accès à l’emploi ?

Pour ce qui est de l’emploi, nous allons d’abord créer un Plan de sécurisation de l’emploi. Au Cameroun, on ne protège pas le travail. On peut vous recruter aujourd’hui, demain, on vous licencie et ne vous paye pas vos droits. Quand vous allez voir un inspecteur du Travail, il se contente de vous signer un procès-verbal de non-conciliation et vous envoyer au tribunal. Il se retrouve face à un employeur qui, lui, a tous les moyens de s’offrir un avocat et même d’avoir les faveurs de la justice. C’est une injustice ! Nous allons renforcer les pouvoirs des inspecteurs du Travail qui auront les mêmes pouvoirs que les inspecteurs des Impôts et de Douane. C’est-à-dire qu’après avoir calculé les droits de l’employé, il somme son employeur de payer. Si l’employeur ne paye pas, il peut décider de saisir ou sceller l’entreprise. On ne peut donc pas créer les emplois qu’on ne sécurise pas. Dans le secteur forestier, on exporte notre bois en bille. Ceux qui auront des agréments de coupe devront justifier de l’implantation sur place d’une usine de transformation du bois. Et ces usines vont créer des emplois et payer des taxes qui aideront le pays à se développer. Nous envisageons également renationaliser toutes nos entreprises qui ont été privatisées et booster le secteur privé. Nous allons faciliter l’accès des opérateurs économiques aux crédits bancaires qui n’est pas chose aisée à l’heure actuelle.

Quelle est la place qu’occupe la diaspora camerounaise dans votre programme politique ?
Elle est importante car c’est la diaspora chinoise qui fait l’économie de la Chine. Nous allons créer un Code d’investissement uniquement pour la diaspora camerounaise car les conditions pour que nos compatriotes de l’étranger viennent investir au Cameroun sont très difficiles. Nous allons également créer un secrétariat d’Etat au ministère des Relations extérieures en charge de la diaspora qui traitera du problème de la double nationalité qui préoccupe certains camerounais de la diaspora.
Voilà en gros ce que nous comptions faire pour le Cameroun. Ce programme est ouvert à toutes propositions des Camerounais car pour le moment, il ne représente que les grandes lignes de ce que nous envisageons pour le Cameroun.

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Des techniciens dépêchés par le candidat Duval Lebel Ebale à l’oeuvre sur l’adduction d’eau d’Elig Ambassa

Parlons à présent de votre candidature elle-même, certaines voix s’élèvent pour dire que des candidats comme vous n’êtes là que pour fragiliser l’opposition et qu’en tant qu’originaire du sud, plus précisément du département du Dja et Lobo comme Paul Biya, vous êtes un de ses pions

C’est la première qu’un fils du sud, du Dja et Lobo se lève contre Paul Biya. En 2011, j’avais déclaré ma candidature et on n’avait pas vu en moi un pion de Paul Biya. En 2018, je me lève encore. Je vais vous dire quelque chose : le sud souffre énormément. Pour partir de Sangmélima pour Mvangane c’est moins de 5km, vous faites 5 heures de route. La seule sous-préfecture moderne dans le Dja et Lobo c’est celle de Meyomessala. Faites le tour, Mintom, Zoetele, Djoum, même la sous-préfecture de Sangmélima n’atteint pas celle de Meyomessala en termes de modernité. La seule mairie moderne dans le Dja et Lobo c’est celle de Meyomessala, on vient de construire celle de Sangmélima. Pensez-vous qu’en tant que Camerounais, je ne vois pas tout ça ? Tout ce que je propose, ce n’est pas Biya qui l’a rédigé et m’a donné en me disant « tu es mon candidat, vas ». Au contraire, je cours un très grand risque. Personne du Dja et Lobo ne s’est jamais levé pour dire qu’il est candidat contre Biya. Les Camerounais qui me soutiennent ne sont pas que du sud, ils sont originaires de toutes les autres régions du Cameroun. Le Front démocratique populaire (FDP) qui m’a investi il y a deux mois a été créé depuis 1994 par un ressortissant de l’Ouest, le camarade Fondjang Ngomsi Pierre. Ce parti m’a investi non pas à Yaoundé encore moins au Dja et Lobo chez moi mais à Douala. Les anglophones sont derrière moi. Je ne saurais être un pion de personne. Je ne sais pas ce que Monsieur Biya gagnerait à faire de moi un candidat. S’il tente même de le faire, il va perdre parce qu’il va perdre.

Donc les Camerounais peuvent compter sur votre sérieux ?

Le régime panique, il ne me contrôle pas. J’étais allé installer un président de section de mon parti à Nkolafamba (banlieue de Yaoundé, ndlr). Des militants du RDPC (parti au pouvoir, ndlr), le SP (secrétaire particulier, ndlr) du ministre du Commerce (originaire de la localité, ndlr) et le délégué régional du ministère du Commerce m’ont barré la route à deux endroits. Je suis entré dans ce village à pied. Nous avons fait la cérémonie puis vers 17heures, la police est arrivée. On était obligé de nous justifier devant la police. Vous voyez donc que ce n’est pas du tout facile. Un candidat qui est monté n’a pas de telles difficultés. Ce n’est pas un candidat pion du pouvoir que l’on enlève comme on m’a enlevé le 17 janvier, tout le matériel de ma radio est encore entre les mains de la DGRE. C’est une dizaine de millions. Si j’étais le candidat de Monsieur Biya, il aurait commencé par me remettre mon matériel. S’il y a un candidat qui fait peur au régime, c’est moi.

Pourquoi ne vous voit-on pas sur les chaînes de télé ou de radio pour parler de votre projet ?

Je suis présent sur le terrain. J’ai compris que le RDPC gagne parce qu’il est présent dans les zones reculées. Ainsi, chaque semaine, je suis dans une zone reculée du pays pour aller parler aux populations. La semaine dernière, j’étais à Monatélé (à 70 km au nord de Yaoundé, ndlr), dans un village qu’on appelle Elig Ambassa. Arrivé la-bas, les populations de ce village m’ont présenté une adduction d’eau en panne depuis près de 10 ans aujourd’hui. Les différents maires RDPC qui sont passés ont promis de réparer l’adduction d’eau. Pour que les habitants de ce village aient de l’eau, il faut parcourir 4 à 5 km. Ils m’ont présenté l’adduction un mercredi, dimanche, j’ai envoyé des techniciens réparer ce point d’eau et ils sont rentrés me dire que les populations étaient contentes de voir que pour la première fois, un politicien faisait une promesse à leur endroit et la réalisait. Aujourd’hui on est en train de réparer l’adduction d’eau potable. Avant l’installation de la section de mon parti là-bas le 11 août prochain, il faut que de l’eau coule déjà dans ce village. Je le fais à Elig Ambassa tout comme à Monabo, un village d’à côté.

Au Cameroun, on ne protège pas le travail. On peut vous recruter aujourd’hui, demain, on vous licencie et ne vous paye pas vos droits. Quand vous allez voir un inspecteur du Travail, il se contente de vous signer un procès-verbal de non-conciliation et vous envoyer au tribunal. Il se retrouve face à un employeur qui, lui, a tous les moyens de s’offrir un avocat et même d’avoir les faveurs de la justice. C’est une injustice !

Voilà des choses que nous faisons sur le terrain. Quand nous aurons fini avec le terrain, la semaine prochaine, je serai à Dschang (ouest), puis j’irai au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, dans des zones longtemps occupées par le RDPC que l’opposition a négligé. Quand j’aurai fini de faire le tour des villages, à partir de décembre, janvier 2018, je vais donc commencer les passages dans les télés avec ce que j’ai mené comme actions dans ces villages-là et ces populations quand elles me verront à la télé se souviendront que je suis passé par chez elles. Je serai différent de celui qui n’est jamais allé là-bas et qu’on voit à la télé. Voilà ma stratégie pour aller vers Etoudi (quartier où est situé le palais présidentiel à Yaoundé, ndlr). Je n’ai pas besoin de prendre l’avion pour aller en France, aux USA, le pouvoir doit se prendre étant au Cameroun. Il est temps que les Camerounais élisent un candidat qui sera le choix du peuple car Ahdjo tout comme Biya ont été le choix de la France et n’ont pas eu de compte à rendre au peuple.

Avez-vous un mot de fin ?

J’espère que cet entretien permettra à tous ceux qui sont sur les réseaux sociaux de comprendre ma vision pour le Cameroun et ce que je propose aux Camerounais. Qu’ils ne prennent pas ce projet comme un projet bâclé, le projet reste ouvert, la preuve en est que dans mon bureau, je reçois des Camerounais qui viennent me soumettre des propositions. Ceux qui auront des propositions à me faire pourront me contacter. Il est question que nous élaborions un projet de société qui nous ressemble et nous assemble autour de notre pays.

Propos recueillis par la rédaction de hurinews.com

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 31, 2017 06:22

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