Cameroun: Emile Kwegueng: « Michel T. Atangana a été sanctionné pénalement pour des dettes d’argent »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mai 6, 2015 10:03 Mise à jour

Cameroun: Emile Kwegueng: « Michel T. Atangana a été sanctionné pénalement pour des dettes d’argent »

Suite aux pressions de la France et de l’Onu sur le pouvoir camerounais, l’ingénieur financier français d’origine camerounaise, Michel Thierry Atangana, a pu recouvrer la liberté en février 2014 à la faveur d’une grâce présidentielle. Mais derrière la façade pénale  de « l’affaire Thierry Atangana » se cache de gros enjeux financiers reconnu par l’Etat du Cameroun dans un rapport du Délégué général à la sûreté nationale le 27 décembre 2012. Le rapport souligne que le Cameroun devait à cette date 278 milliards de f Cfa au groupement d’entreprises françaises que représentait Michel Thierry Atangana à la tête du Comité de pilotage et de suivi des travaux routiers (Copisur), entité créé en 1994 par le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya.  De la note d’audience faite le 4 juillet 2012 par le collectif d’avocats de Michel Thierry Atangana à l’ambassadeur de France au Cameroun de l’époque, Brunot Gain, il ressort que l’État du Cameroun doit verser à Atangana  2 003.550 000 f Cfa. Cette somme couvre la période allant de juillet 1994, date à laquelle il prit fonction à la tête du Copisur, au 31 décembre 2012. Dans ses recommandations de novembre 2013, le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’Onu avait invité l’Etat du Cameroun à verser une indemnité à Michel Thierry Atangana suite à sa détention arbitraire pendant 17 ans. En face, c’est le silence absolu. Pour en savoir davantage sur le volet financier de « l’affaire Atangana », hurinews.com a rencontré  Emile Kwegueng, militant des droits de l’homme et vice-président de l’ancien comité de soutien à Michel Thierry Atangana.

Quelles sont les origines des enjeux financiers de l’affaire Michel Thierry Atangana?

Il est important de dire que Michel Thierry Atangana arrive au Cameroun dans le cadre d’un protocole avec certaines multinationales françaises et étrangères qui avait déjà des dettes sur l’État du Cameroun, l’État du Cameroun leur devait de l’argent et les entreprises avaient fermé. Lorsque  Thierry Atangana arrive, il renégocie ces créances avec ces entreprises qui acceptent de se redéployer sur le terrain, ça veut dire d’une part qu’entre l’État du Cameroun et ces entreprises, il y a des conventions qui existent. Ces conventions, pour certaines, prévoyaient un taux d’intérêt sur la créance de 9,5% et un taux d’intérêt de retard de 10,5%. Et dans ces conventions, il était clairement spécifié qu’une année commencée est une année achevée en termes de retard. Lorsqu’Atangana est arrêté en 1997, celà n’arrête pas les créances, les créances continue de courir puisque le Comité de pilotage (Copisur, ndlr) avec lequel ces entreprises devaient travailler n’avaient pas été dissout et jusqu’aujourd’hui, ce Comité de pilotage n’est pas dissout. Celà veut dire que ces créances continuent de courir.

Lorsqu’Atangana est arrêté en 1997, celà n’arrête pas les créances, les créances continue de courir puisque le Comité de pilotage (Copisur, ndlr) avec lequel ces entreprises devaient travailler n’avaient pas été dissout et jusqu’aujourd’hui, ce Comité de pilotage n’est pas dissout. Celà veut dire que ces créances continuent de courir.

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En 2008, le ministre des Finances de l’époque, Essimi Menye, instruit les avocats de l’Etat dans la procédure de tout mettre en oeuvre pour régler ce contentieux même de manière extra-judiciaire, je voudrais souligner le terme « extra-judiciaire », celà voulait dire qu’on pouvait s’asseoir autour d’une table et négocier parce qu’en 2008, la créance avait déjà atteint une certaine proportion. Mais rien n’a été fait. Le 19 août 2011, le ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence, Laurent Esso, sur instruction du Chef de l’Etat demande au ministres des Finances et de l’Économie de faire le point sur ces créances. Il va sans dire qu’en 2011, une évaluation avait été faite mais dont le montant n’avait pas été déterminé parce que jusqu’à ce jour, nous ne savons pas en 2011 à combien se chiffrait les créances sur l’Etat du Cameroun. Au lendemain de la condamnation de Michel Thierry Atangana à 20 ans de prison le 4 octobre 2012, la Présidence de la République instruit le Délégué général à la sûreté nationale de mener des enquêtes sur ces enjeux financiers. Le rapport du délégué est clair en objet, c’est « enjeux financiers cachés de l’affaire Thierry Atangana », le terme « cachés » n’est pas de moi. Et c’est dans ce rapport que pour la première fois, le montant de la créance est déterminé: 278 milliards de F Cfa. Et si nous revenons sur le principe qui voulait qu’une année commencée est une année achevée, nous sommes en 2012, en 2013 , ça augmente, en 2014, ça augmente, en 2015 , l’année a commencé et est considéré comme achevée, on se situe aujourd’hui autour de 350 milliards de f Cfa. Ce qui veut dire que l’Etat du Cameroun ne nie pas l’existence de ces créances.

Justement , qu’est ce qui fait problème, pourquoi l’Etat du Cameroun ne veut pas s’acquitter de ses créances?

Il faudrait peut-être rentrer dans l’esprit de ceux qui pilote ce dossier au niveau du sommet de l’Etat pour comprendre quels sont leurs intérêts là-dedans. Si le rapport du Délégué général à la sûreté nationale parle d’enjeux financiers cachés, qui a intérêt à cacher cette situation au chef de l’Etat? Pourquoi ceux qui cachent cette situation au chef de l’Etat ne veulent pas qu’elle soit décantée? c’est ça le problème. Ils sont là et se reconnaissent, pourquoi ne veulent-ils pas que cette situation soit réglée? Pourquoi veulent-ils que ces entreprises, à un moment donné, taxe le Cameroun de mauvais payeur?Pourquoi veulent-ils que ces créances soient payées par le contribuable camerounais par ces temps qui sont déjà si difficile pour nous? quand cette dette va atteindre 500 milliards de F Cfa, c’est moi, c’est vous, ce sont vos enfants qui vont la payer. Il faut s’asseoir pour négocier les termes d’un règlement définitif de cette affaire.

Et que font ces entreprises françaises pour rentrer en possession de leur créances?

Je ne voudrais pas parler au nom de ces entreprises. Moi, à leur place, je ne me dérangerais pas, c’est de l’argent placé puisque chaque année, les intérêts augmentent. Que voulez-vous lorsque vous avez de l’argent placé quelque part qui produit des intérêts? Si vous n’êtes pas pressé de prendre votre argent, vous le laissez là encore qu’il faut dire que ces entreprises avaient donné à Michel Thierry Atangana un pouvoir spécial sur la gestion de ces aspects financiers. Lors des perquisitions à son bureau qui ont suivi son arrestation en 1997, on avait récupéré ce pouvoir spécial que lui ont donné ces entreprises pour pouvoir négocier en leur lieu et place.  si ces entreprises ne retirent pas à Atangana le pouvoir spécial qu’elle lui avait donné, il va de soi qu’Atangana continue de se battre parce que c’est un pouvoir spécial qu’on lui a donné, tant qu’on ne le lui retire pas, il s’en prévaut pour pousser l’Etat du Cameroun vers le règlement de cette affaire. Donc les entreprises françaises et les autres multinationales jouent dans ce couloir-là parce qu’elles se disent qu’elles ont fait confiance à Thierry Atangana en lui accordant ce pouvoir spécial et qu’il va falloir qu’elles s’asseyent pour lui retirer ce pouvoir spécial afin d’entrer en jeu.

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Est-ce que finalement l’enjeu de l’incarcération de Michel Thierry Atangana pour l’Etat du Cameroun était de ne pas avoir à s’acquitter de cette dette?

Si sa détention pendant 17 ans a été arbitraire, nous continuons jusqu’aujourd’hui à chercher les mobiles de son incarcération. Si le Groupe de travail (sur la détention arbitraire de l’ONU, ndlr) conclut à une détention arbitraire, c’est parce que l’Etat du Cameroun avait 60 jours pour répondre au Groupe de travail avec possibilité de prorogation de ce délai si dans les 60 jours, il n’est pas prêts. Si pendant tout ce temps, l’Etat du Cameroun est resté silencieux, celà veut dire qu’il n’avait pas d’éléments pour justifier la présence d’Atangana dans les geôles du Sed (secrétariat d’Etat à la défense, ndlr). c’est pour celà qu’on conclut à une détention arbitraire. Il faut aller chercher les raisons de cette détention dans l’esprit de ceux qui ont organisé cette situation  , c’était quoi le problème? Jusqu’aujourd’hui, je me pose la même question que vous. La seule chose que je sais c’est que pendant les 52 jours que Michel Thierry Atangana a passé en garde-à-vue, on lui avait demandé un certain nombre d’aveu qu’il a refusé de donner. Et je crois que, peut-être, tout serait parti de là.

Atangana peut donc toujours se prévaloir d’être président du COPISUR. Pourquoi voulez-vous qu’il ne se plaigne pas de ces enjeux financiers?

Est-ce que ceux qui l’ont arrêté  savaient qu’au-delà de cette histoire, il y avait des enjeux financiers? je ne penses pas parce que s’ils savaient qu’Atangana avait un pouvoir spécial qui, à termes, poserait un problème d’enjeux financiers au Cameroun, peut-être qu’on aurait trouvé un autre couloir que celui-là. En allant enquêter sur le COPISUR, ils sont tombés sur le mauvais dossier parce que s’il avait trouvé autre chose que ce dossier-là, on ne serait pas là en train de parler. Peut-être que s’ils avaient demandé au chef de l’État à l’époque de dissoudre le COPISUR parce que le parallélisme des formes voudrait que le COPISUR soit dissout pour éviter que ces enjeux financiers ne galopent. Au moment où nous parlons, il n y a pas un autre arrêté du chef de l’Etat qui a dissout le COPISUR. Atangana peut donc toujours se prévaloir d’être président du COPISUR. Pourquoi voulez-vous qu’il ne se plaigne pas de ces enjeux financiers?

Le commun des Camerounais considère Thierry Atangana comme un « voleur », est ce que ces enjeux financiers ne signifient pas que c’est l’Etat du Cameroun qui doit de l’argent à Michel Thierry Atangana?

voilà le problème, je l’ai toujours dit, vous devez de l’argent à quelqu’un, vous l’arrêtez et vous le mettez en prison, peut-être pour qu’il ne revendique pas, mais il faut le tuier pour qu’il ne revendique pas son argent. Le Groupe de travail est clair la-dessus, c’est quelqu’un qui a été sanctionné pénalement pour des dettes d’argent. Cette conclusion intervient après 3 années d’enquête. Celà veut dire que celui qui vous doit de l’argent, de par sa puissance, vous prend et vous détient pendant 17 a,s sans raison. Et on a fait circuler dans l’opinion publique que c’est Atangana qui est l’homme à abattre, c’est Atangana qui est voyou, c’est Atangana qui est ceci, qui est celà, c’était bien orchestré tout celà…

que c’est Atangana qui est à l’origine de l’absence de certaines infrastructures routières au Cameroun, dit-on

Pourtant, les plans, les études qui avaient été faits dans le cadre du COPISUR ont été cédé à d’autres entreprises qui ont d’ailleurs fait un mauvais travail. Il vous souvient que la route Ayos -Bonis n’avait pas été inauguré par la plus haute autorité du Cameroun, c’est parce que les plans, les études qui avaient été faits à l’époque par le COPISUR n’ont pas été respectés. Les magouilles sont entrées, on a vendu les études à d’autres entreprises qui sont allées faire ce qu’elles ont fait et le chef de l’Etat a estimé qu’il ne pouvait pas inaugurer ce « couloir », parce que ce n’est pas une route à proprement parler.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mai 6, 2015 10:03 Mise à jour

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