Cameroun : Gouvernance : Des véhicules administratifs détournés à la police nationale

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 16, 2015 19:17 Mise à jour

Cameroun : Gouvernance : Des véhicules administratifs détournés à la police nationale

D’après des sources crédibles à la Délégation générale à la sureté nationale, des bus auraient été sortis du parc automobile de la police pour servir à une agence de voyage de Yaoundé aux fins de transport interurbain. Avec comme facilitateur, un des proches parents du patron de la police. Des détentions arbitraires également signalées.

Le sujet est sur toutes les lèvres à la délégation générale à la sûreté nationale (Dgsn). Mais tout le monde n’en parle que sous cape. D’après des sources concordantes auprès de la Dgsn à Yaoundé, des bus de la police nationale sortiraient régulièrement du parc automobile de la police nationale situé à l’Ecole nationale supérieure de police à Tsinga. Les engins, à en croire nos sources, sont distraits pour être mis à la disposition d’une agence de voyage situé à Yaoundé du nom d’Alliance Voyages.
Notre enquête nous a d’abord conduit à l’Ecole nationale supérieure de police où se situe le parc automobile puis à la Dgsn. D’après des sources dignes de foi, deux bus de la Dgsn d’une capacité de 54 places chacun, désormais immatriculés CE 821 GV et CE 822 GV, auraient été repérés et servi en début d’année à une agence de voyage basée au quartier Mvan à Yaoundé. Il s’agit d’Alliance Voyages, qui dessert certaines villes de la région de l’Est et de l’Adamaoua.
Comme en atteste l’un des bordereaux de voyage de l’agence Alliance Voyage Plus dont hurinews.com a pu avoir copie, le bus immatriculé CE 821 GV a transporté 54 passagers de Yaoundé pour Bertoua le 4 janvier dernier. Le chauffeur était un certain Ntene plus connu sous le nom de Müller et le convoyeur Ze Meke. Rencontrés, l’un comme l’autre ont refusé de se confier à nous.

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« ‘Sûreté nationale’ sur les pare-brises »

Mais selon des sources dignes de foi à l’agence Alliance Voyages au quartier Mvan, des insignes de la police auraient été aperçus sur le pare-brise des bus en question : « en regardant bien, ils avaient effacé ‘sureté nationale’, ils ont certes tenté de le faire avec de la peinture blanche mais ‘sureté nationale’ se voyait toujours, quand on a cherché à se renseigner ici à l’agence, on nous a dit que ces bus ont été acheté à la vente aux enchères à la police ».
A en croire des indiscrétions à l’agence, le chauffeur Müller et le convoyeur des bus Ze Meke aurait passé 2 semaines dans une cellule à la délégation régionale de la police judiciaire (Drpj) du Centre à Yaoundé au milieu d’une demi-douzaine de présumés braqueurs. Alors qu’ils revenaient de Bafoussam (ouest) après y avoir déposé des passagers, ils ont été interpellés manu militari le 31 janvier dernier au quartier Biyem Assi à Yaoundé par des policiers puis conduits à la Dgsn. Il était environ 21h. Est-ce par crainte qu’au niveau des barrières de police, l’on ait pu apercevoir les insignes de la police sur les pare-brise des engins ? Difficile de savoir ce qu’il leur était reproché, les victimes ayant refusé de témoigner à nos micros.

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Chauffeurs et convoyeurs sans salaires

Mais de sources dignes de foi, les deux infortunés aurait d’abord été conduits à la Dgsn à leur retour de Bafoussam pour besoin d’enquête puis dans les sous-sols de la Drpj du Centre, situé non loin du carrefour Abbia. Des indiscrétions au sein de cette unité de police font état de ce que c’est sur ordre d’un certain Stéphane Dissack Delon, fils de Mbarga Nguele (son petit-fils  d’après d’autres sources), que Müller et Meke Ze ont été arrêtés et gardés à la Drpj et n’auraient été libéré 2 semaines plus tard que grâce à l’intervention de Niat Marcel, l’actuel président du Sénat. C’est une dame qui aurait élevé ce dernier qui s’est rendu au domicile de Niat au quartier Odza pour plaider leur cause auprès du patron du Sénat, apprend-on de sources concordantes.
Que dire du business lui-même ? Confronté au mutisme des hommes en tenue en service à la Dgsn, nous avons appris à l’agence Alliance Voyages de Mvan que c’est Stéphane Dissack Delon, protégé de Mbarga Nguele, qui aurait recruté le chauffeur Müller et bien d’autres vers la fin de l’année 2014. Le recrutement s’effectuait sur un site aménagé non loin de la basilique de Mvolyé pour accueillir les bus de la Dgsn pour le compte d’Alliance Voyages.
Des indiscrétions font état de ce qu’à chaque tour effectué par les bus en question, les prénommés Cyrille et Bertrand, qui seraient eux aussi membres de la famille du patron de la police, venaient à l’agence pour percevoir la recette générée. Dissack Stéphane lui-même aurait arraché une somme de 120 000 F Cfa des mains de Müller lors de l’arrestation de ce dernier en ces termes : « remettez-moi la pauvre recette-là ». Müller et son compagnon de galère Ze Meke aurait passé trois mois au service de Stéphane Dissack, le « grand patron », sans le moindre salaire. Seuls leur étaient accordés la ration encore appelé frais de route et le nécessaire pour l’achat du carburant. Il leur était promis un salaire de 80 000 F Cfa pour le chauffeur et de 40 000 F Cfa pour le convoyeur.

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le Dgsn, Martin Mbarga Nguele

 

« C’est du sabotage »
D’après le bordereau de voyage d’Alliance Voyage du 4 janvier 2015, 54 passagers ont embarqué dans le bus immatriculé CE 821 GV de Yaoundé pour Bertoua. Prix du ticket 3500 F Cfa. Ce qui fait au total 189 000 F Cfa pour un aller simple. Si l’on multiplie ce nombre par deux (aller et retour) puis par 30 (le nombre de jour dans le mois), cela fait du gros beurre que produisent ces véhicules administratifs pour le compte des membres du réseau.
Contacté par hurinews.com, Stéphane Dissack a d’abord nié le fait que les véhicules proviennent de la Dgsn : « c’est faux, c’est du sabotage que les gens font, si par exemple, mon oncle s’appelle Charles Ndongo et que moi je fais dans le transport, est ce que cela voudrait dire que ces bus proviennent de la Crtv ? ces véhicules ne viennent pas de la police, est ce que la police n’a rien à faire ? ».
-D’où proviennent donc les bus que vous gériez, notamment celui que Müller conduisait ? : « moi je fais dans les affaires et le bus n’est qu’un petit détail ».
-Pourquoi Müller a été arrêté ? « Un jour, il a garé le bus devant la boutique d’un Libanais à Mvan et le Libanais est venu dégonfler une roue, j’ai décidé de porter plainte à ce dernier. Le temps que l’huissier vient faire le constat, Müller prend le véhicule et il l’amène à l’Ouest sans autorisation. Je lui ai porté plainte et il a été interpellé, on l’a amené à la Drpj. ».
-C’était quoi le nom de votre agence, celle pour laquelle Müller travaillait ? : « Mince, (quelques secondes de silence puis il répond, un peu hésitant), c’est Alliance Voyages hein ! ». Est-ce vous le patron d’Alliance Voyages ? « (quelques secondes de silence puis il raccroche) ».

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Notre tentative de joindre à nouveau Stéphane Dissack sera un échec aussi bien ce jour-là que le jour d’après. A défaut de joindre le directeur général de cette agence de voyage, un de ses responsables nous a répondu qu’il ne savait rien de cette histoire de bus pas plus qu’il ne connaissait Dissack Delon. Sollicité à son tour pour sa version des faits, le délégué général à la sûreté nationale s’est contenté de répondre que : « moi j’ai autre chose à faire, je n’ai pas ce temps là, nous avons un autre combat à mener, axez (sic) votre enquête vous allez trouver où sont les bus ».
Aux dernières nouvelles, les deux bus serviraient en ce moment dans une agence située au quartier Tongolo et une autre du côté de Biyem Assi.
Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 16, 2015 19:17 Mise à jour

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