Cameroun : Justice : Comment les droits de la défense du prisonnier politique P.Abah Abah ont été bafoués

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 4, 2016 21:49

Cameroun : Justice : Comment les droits de la défense du prisonnier politique P.Abah Abah ont été bafoués

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  • Deux ordonnances de renvois en 3 jours. Le montant présumé détourné qui évolue au fil de la procédure. L’accusé interrogé sans être confronté à ses témoins. Voyage au cœur d’une forfaiture judiciaire que le Tribunal criminel spécial est sur point de valider dans son verdict attendu ce mercredi 5 octobre 2016.

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Deux ordonnances de renvoi en 3 jours. Le montant présumé détourné qui évolue au fil de la procédure. L’accusé interrogé sans être confronté à ses témoins. Voyage au cœur d’une forfaiture judiciaire que le Tribunal criminel spécial est sur point de valider dans son verdict attendu ce mercredi 5 octobre 2016.

Une histoire d’accusateur devenu accusé. Une histoire de condamné devenu partie civile. Voilà à quoi ressemble le procès ouvert contre l’ancien directeur des Impôts, Polycarpe Abah Abah, le 19 janvier 2015. Le verdict est attendu ce mercredi 5 octobre 2016. Un procès en détournements de fonds publics qui a pour partie civile…un journaliste et un homme d’affaires. Pourtant, le journaliste et son directeur de publication ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis de 3 ans pour diffamation le 21 avril 2006 au tribunal de première instance de Yaoundé-centre administratif.

Tout commence en avril 2006. Peter William Mandio, directeur de publication du journal Le Front dépose une plainte pour détournement de deniers publics contre Polycarpe Abah Abah, alors ministre de l’Economie et des Finances. Le journaliste accuse l’ancien directeur des Impôts d’avoir distrait 1 158 352 393 F CFA destinés au remboursement de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) ainsi que 53 219 178 F CFA représentant les intérêts d’un dépôt à terme. Une enquête administrative menée quelques années plutôt avait pourtant conclut à une absence de malversations financières.

polycarpe Abah abah

Polycarpe Abah abah

Mais le Tribunal criminel spécial (TCS) va reprendre cette accusation à son compte. Polycarpe Abah Abah est interrogé courant 2014 par un juge d’instruction sans être confronté aux quatre témoins de l’accusation. Puis le 21 novembre 2014, le juge Evouh Ekanga rend une première ordonnance portant sur le détournement de 1 158 352 393 F CFA. Trois jours plus tard, une autre ordonnance de renvoi surgit. Le montant imputé à l’ancien patron de la Direction des Impôts est désormais de 1 811 601 571 F CFA. Sans que l’accusé ait été interrogé sur les nouveaux montants.

Lors de ses réquisitions intermédiaires le 8 février 2016, le représentant du parquet du TCS a, à son tour, fait passer le montant de 1 811 601 571 F CFA à 1 857 537 324  F CFA sans que Polycarpe Abah Abah n’ait eu la possibilité d’être mis en examen sur ces nouveaux montants. Mais le tribunal a admis ces réquisitions intermédiaires et invité l’accusé à présenter les moyens de sa défense. Rappelons qu’il s’agit d’une erreur commise par la Commercial Bank of Cameroun en virant des sommes dédiées au remboursement de la TVA dans le compte personnel d’Abah Abah. Une erreur reconnue et corrigée par la banque et à l’instigation du titulaire de ce compte.

Polycarpe Abah Abah purge une peine de 25 ans de prison ferme non pas pour détournements de fonds publics au sens pénal du terme mais pour « non-reversement de la part de TVA au Crédit foncier du Cameroun ». Depuis mars 2015, Polycarpe Abah Abah est reconnu comme prisonnier politique par le Comité de libération des prisonniers politiques (CL2P), une ONG basée à Paris en France qui défend la cause des prisonniers politiques à travers l’Afrique. Avant son arrestation le 31 mars 2008, M.Abah Abah avait été désigné par des bulletins de services secrets camerounais comme un membre du G11 (groupe de jeunes hauts commis de l’Etat soupçonnés d’avoir eu des ambitions présidentielles en 2011).

hurinews.com

 

 

 

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par Louis MBANGA octobre 4, 2016 21:49

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