Cameroun : Justice : Le prisonnier politique P.Abah Abah condamné à 20 ans de prison pour rien

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 3, 2016 16:49 Mise à jour

Cameroun : Justice : Le prisonnier politique P.Abah Abah condamné à 20 ans de prison pour rien

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  • Près de deux ans après sa condamnation à 25 ans ferme, l’ancien directeur des Impôts a à nouveau écopé ce 3 novembre 2016 de 20 ans de prison au Tribunal criminel spécial pour le détournement de 1 158 352 393 F CFA sans la moindre preuve et après de multiples entorses à la procédure judiciaire. Retour sur un procès dont on se serait passé.

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Près de deux ans après sa condamnation à 25 ans ferme, l’ancien directeur des Impôts a à nouveau écopé ce 3 novembre 2016 de 20 ans de prison au Tribunal criminel spécial pour le détournement de 1 158 352 393 F CFA sans la moindre preuve et après de multiples entorses à la procédure judiciaire. Retour sur un procès dont on se serait passé.  

On la sentait venir de loin cette autre condamnation de Polycarpe Abah Abah. Sur ce coup, le Tribunal criminel spécial anti-corruption ne s’est pas laissé compter : 20 ans de prison ferme.  Une condamnation inique. Après une inculpation sur un montant présumé détourné imprécis. Après deux ordonnances de renvoi en l’espace de 3 jours portant sur divers chiffres. Après l’ajout sans une nouvelle inculpation de nouveaux montants par le parquet du TCS en plein procès. Après un double report du verdict sans raisons valables.

20 ans de prison ferme. A l’issue d’un procès dont on se serait passé s’il ne s’agissait pas d’un acharnement vis-à-vis d’un prisonnier politique notoire, vis-à-vis d’un membre présumé du G11. Au centre de ce procès de trop, une affaire banale classée depuis le début des années 2000 à l’issue tant d’une enquête administrative ordonnée par la présidence du Cameroun que d’une réponse du ministre de l’Economie et des Finances de l’époque à une question orale de député. Toutes deux ont été formelles : absence de malversations financières.

polycarpe Abah abah

Polycarpe Abah Abah

Une erreur de la banque

28 avril 2000. Une cérémonie de remise de chèques se tient au Hilton Hotel de Yaoundé. L’événement est présidé par le ministre de l’Economie et des Finances de l’époque, Edouard Akame Mfoumou. Près d’une trentaine de représentants d’entreprises devant bénéficier du remboursement de la TVA sont au rendez-vous. Pendant la remise des chèques, Polycarpe Abah Abah, alors directeur des Impôts, constate une confusion du chéquier du compte « remboursement de la TVA » à celui de son compte personnel.

D’abord M. Abah Abah fait envoyer deux lettres d’opposition par un de ses collaborateurs le même jour à la Commercial Bank of Cameroon (CBC) aux fins de suspension des paiements. Le 11 mai 2000, la banque réagit à travers une correspondance adressée à M.Abah Abah et promet de prendre la responsabilité de cette erreur qui est celle d’un de ses agents. Cependant, elle souligne qu’elle ne peut pas arrêter les paiements sur le compte personnel d’Abah Abah car, dit-elle, « la signature de l’Etat ne saurait être contestée ».

Malgré cette confusion de chéquier dûment constaté par M.Abah Abah, la banque  fait virer la somme de 1 158 352 393 F CFA le 5 mai 2000 dans son compte personnel. Ce montant est extourné (effacé) le 8 mai 2000 à la date de valeur de cette opération pour être comptabilisé dans l’historique du compte de la direction des Impôts. L’opération n’a donc pas produit des intérêts.  Initiée par la CBC dans le compte personnel d’Abah Abah, cette opération a été annulée par elle. Tous les bénéficiaires du remboursement de la TVA (y compris le Trésor public) ont été payés.

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Le Tribunal criminel spécial devenu Tribunal de condamnation systémique

Traquenard judiciaire

Polycarpe Abah Abah a donc été condamné ce jeudi 3 novembre par le Tribunal criminel spécial. Sans preuve. Aucun ordre de virement signé de lui n’a été produit au cours de ce procès. Il n’en existe d’ailleurs pas. Le traquenard judiciaire lui reste donc coincé sur les pieds.  25 ans de prison ferme pendent sur sa tête depuis le 13 janvier 2015 telle une chape de plomb. Pour le détournement de 4,9 milliards de F CFA pourtant reversé au Trésor public à la faveur d’un décret du Premier Ministre signé le 20 décembre 2003.

L’ancien grand argentier de l’Etat doit également se défaire d’une accusation de détournement de plus de 200 millions de F CFA dans une autre affaire en cours de jugement. Le chemin de croix politico-judiciaire est loin d’être terminé pour Polycarpe Abah Abah. Jusqu’à quand ?

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 3, 2016 16:49 Mise à jour

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