Cameroun: L’Affaire Michel Thierry Atangana/Titus Edzoa, 17 ans après

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 16, 2014 14:25 Mise à jour

Cameroun: L’Affaire Michel Thierry Atangana/Titus Edzoa, 17 ans après

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Depuis février dernier, l’ex-secrétaire général à la présidence, Titus Edzoa et son proche collaborateur, le Français  Michel Thierry Atangana, respire l’air de la liberté. Le décret du chef de l’Etat camerounais, Paul Biya est venu mettre fin à 17 ans d’un enfer carcéral au secrétariat d’Etat à la défense (gendarmerie nationale), sur lesquels votre site d’information, hurinews.com, se donne le devoir de revenir. Il s’agit en réalité de 17 ans au cours desquels  l’image du Cameroun à l’international, du point de vue des droits de l’homme, s’est sérieusement dégradé. Flashback

Titus Edzoa (à gauche)et Michel  Thierry Atangana (à droite) dans leur univers carcéral

Titus Edzoa (à gauche)et Michel Thierry Atangana (à droite) dans leur univers carcéral

20 avril 1997: Ministre de la Santé publique à l’époque, Titus Edzoa annonce sa démission du gouvernement au cours d’une conférence de presse au Hilton Hotel de Yaoundé. L’ex-tout puissant secrétaire général à la présidence annonce par la même occasion sa candidature pour la présidentielle d’octobre 1997.

23 avril 1997: Des éléments de l’armée, sur ordre du ministre de la Défense de l’époque, Phillipe Menye me Mve, encercle la résidence de Titus Edzoa au quartier Bastos à Yaoundé.

5 mai 1997: Après avoir reçu les opposants politiques Ni John Fru Ndi du Social democratic front (Sdf) et Bello Bouba Maïgari de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) à ses domiciles des quartiers Bastos et Simbock, Titus Edzoa reçoit une correspondance du préfet du Mfoundi (Yaoundé) de l’époque, Edgard Alain Mebe Ngo’o, dans laquelle il accuse le ministre démissionnaire d' »inciter les populations à la révolte…de porter atteinte à l’ordre public ». Dans sa lettre, le préfet menace de « prendre …toute les mesures de sauvegarde de l’ordre public et des institutions de la République » qui s’impose en cas de récidive.

12 mai 1997: L’ingénieur financier français d’origine camerounaise, Michel Thierry Atangana, proche collaborateur de Titus Edzoa à la présidence et au sein de comité de pilotage de projets routiers (Copisur)est arrêté par une unité spéciale de la police camerounaise (Groupement spécial d’opération) alors qu’il se rendait à son domicile à Bastos. Michel Thierry Atangana était présenté comme le directeur de campagne de Titus Edzoa. Ce que le Français a toujours nié.

21 mai 1997: Titus Edzoa est entendu à la Police judiciaire (Pj) à Yaoundé  où est gardé à vue Michel Thierry Atangana. L’interrogatoire de la Pj porte sur la gestion du Copisur mis sur pied par Paul Biya en 1994 et dont ils étaient des responsables. Quelques jours auparavant, la résidence de Michel Thierry Atangana à Etoa Meki a fait l’objet d’une perquisition par des fins limiers de la Pj. Le même jour, Edzoa est entendu à son domicile à Bastos par la Pj sur la gestion de l’ex-Banque du Crédit et du commerce international. Mais cette enquête ne va pas prospérer.

17 juin 1997:Titus Edzoa lance sa campagne pour la présidentielle de 1997. Dans sa lettre au peuple camerounais, il annonce qu’il « vient d’être informé par la Police judiciaire de [son] assignation en garde-à-vue administrative ».

19 juin 1997: La Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse de Yaoundé dénonce la garde-à-vue abusive (plus d’un mois alors que la loi prévoit 3 jours maximum) de Michel Thierry Atangana à la Pj. La Commission dénonce par ailleurs la garde-à-vue administrative « illégale » décidé par le préfet du Mfoundi, Mebe Ngo’o. Selon elle, la loi n’autorise la garde-à-vue administrative que dans le cadre du grand banditisme.

4 juillet 1997:  Titus Edzoa est interpellé à son domicile part le Gso puis écroué à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Michel Thierry Atangana va l’y suivre. Dans un rapport de la Pj, ils sont accusés de « détournements de deniers publics, trafic d’influence et corruption » dans la gestion du Copisur.

20 juillet 1997: L’écrivain camerounais de regretté mémoire, Mongo Beti met sur pied le Comité de libération du Citoyen Edzoa (Colicité). Mais les membres du Comité subiront des menaces de morts et des intimidations.

Titus Edzoa au sortir d'une audience au TGI de Yaoundé en août 2012

Titus Edzoa au sortir d’une audience au TGI de Yaoundé en août 2012

22 juillet 1997: Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa seront transférés au secrétariat d’Etat à la défense (Sed) où il seront entendus sur la gestion d’un milliard de F Cfa issus des fonds Stabex et destiné à l’ambassade du Cameroun en France. De sources proches de la Pj, l’enquête sur la gestion du Copisur n’a pas pu démontrer le détournements imputés aux deux accusés.

4 août 1997: Le Colicite dénonce la détention de Titus Edzoa et de Michel Thierry Atangana au Sed dans une cellule « sans lumière, à la bouche d’aération des plus parcimonieuse, totalement plongé dans l’obscurité, respirant un air raréfié et pollué… »

8 août 1997: Ouverture du procès au Tribunal de Grande instance de Yaoundé sur la gestion d’un milliard de F Cfa des fonds Stabex destiné à l’ambassade du Cameroun en France.

13 août 1997: Révélations par la presse (notamment La Nouvelle Expression et Le Messager) du scandale des écoutes téléphoniques mettant en scène des pontes du régime camerounais qui théorisent le « rouleau compresseur » contre Titus Edzoa.

16 septembre 1997: Le rapport d’Amnesty International dénonce l’incarcération de Titus Edzoa et de Michel Thierry Atangana  « pour des motifs purement politiques ».

3 octobre 1997: Les accusés Edzoa et Atangana sont condamnés à 15 ans de prison ferme. Ceci en l’absence de leurs conseils. Ces derniers ont en effet vidés la salle pour dénoncer l’envahissement de la salle d’audience par des gendarmes armés. Au cours de l’audience, les accusés ont refusé de prendre la parole sans la présence de leurs avocats.

23 octobre 2008: Après plus de 10 ans d’information judiciaire, le juge d’instruction près le Tgi de Yaoundé, Pascal Magnanguemabe,  rend une ordonnance de non lieu total sur les charges contre Edzoa et Atangana Thierry dans l’affaire de la gestion du Copisur. Mais le Parquet saisi la Chambre de contrôle de l’instruction de la Cour d’Appel du Centre pour contester cette ordonnance et obtient gain de cause.

27 octobre 2009: Ouverture d’un nouveau procès contre Edzoa et Atangana. Il leur est reproché le détournements de plus d’un milliard de F CFA, le trafic d’influence et la corruption dans la gestion du Copisur, la tentative de détournements d’une cinquantaine de milliards de F Cfa destinés à l’organisation du sommet de l’Oua à Yaoundé en 1996. A ce deuxième procès, les autorités françaises volent au secours de leur compatriote, Michel Thierry Atangana.

18 juillet 2012: Alors que le verdict est attendu, la juge, Nnomo Zanga, décide de proroger le délibéré du fait du chamboulement du collège des juges ayant connu de cette affaire.

4 octobre 2012: Edzoa et Atangana sont condamnés à 20 ans de prison ferme. Cette autre condamnation de Michel Thierry Atangana est dénoncé le lendemain dans un communiqué de l’Ambassade de France au Cameroun.

21 janvier 2013: Le président français, François Hollande, écrit une lettre à Michel Thierry Atangana dans laquelle il promet d’œuvrer pour sa libération.

6 février 2014: Le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU demande la libération de Michel Thierry Atangana.

18 février 2014: Le président camerounais, Paul Biya, signe un décret de remise de peines qui permet à Titus Edzoa et Michel Thierry Atangana de recouvrer la liberté quelques jours plus tard.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 16, 2014 14:25 Mise à jour

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