Cameroun : Liberté d’expression : Le Cameroun de Paul Biya serait-il devenu un empire ?

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 16, 2016 13:40 Mise à jour

Cameroun : Liberté d’expression : Le Cameroun de Paul Biya serait-il devenu un empire ?

Grandes Lignes

  • Comme l’année dernière, les autorités administratives en poste à Yaoundé ont interdit ce jeudi 15 septembre 2016 une conférence-débat que devait organiser en son siège la plate-forme d’ONG Dynamique Citoyenne. Raison avancée : réunion non-déclarée. Pour une conférence-débat qui avait pour cadre le domicile privé d’un syndicat ! Comme quoi, les forces de changement au Cameroun n’ont plus que deux choix : chanter les louanges du chef ou prendre le maquis.

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Comme l’année dernière, les autorités administratives en poste à Yaoundé ont interdit ce jeudi 15 septembre 2016 une conférence-débat que devait organiser en son siège la plate-forme d’ONG Dynamique Citoyenne. Raison avancée : réunion non-déclarée. Pour une conférence-débat qui avait pour cadre le domicile privé d’un syndicat !  Comme quoi, les forces de changement au Cameroun n’ont plus que deux choix : chanter les louanges du chef ou prendre le maquis.

Comme cette bête sauvage qui ignore ce que déshonneur veut dire, le régime plus que trentenaire de Paul Biya ne s’embarrasse aucunement de sa peau de voyou devenu fou. Et ce monstre froid a encore sévit ce jeudi 15 septembre 2016. En effet, en début d’après-midi, une quinzaine de policiers en civil et agents de renseignements généraux, sur ordres du sous-préfet de Yaoundé 5e, ont fait irruption au siège de la plate-forme de suivi indépendant des politiques publiques Dynamique Citoyenne au quartier Mvog Ada à Yaoundé. Objectif : interdire la tenue d’une conférence-débat  sous le thème « la problématique des élections en Afrique-le cas du Cameroun ».

Sans la moindre note d’interdiction, le chef de terre et ses sbires ont envahi le domicile privé de la Centrale syndicale du secteur public et empêché la tenue de cette conférence. L’« exploit » de l’année dernière a donc été réédité. En pleine journée mondiale de la démocratie. Une démocratie que Paul Biya et ses courtisans zélés n’ont de cesse de brandir comme un trophée. Mais dans laquelle toute réflexion sur la problématique les élections en Afrique en général et au Cameroun en particulier est interdite de fait.

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Des gendarmes postés à l’entrée du palais des Sports de Yaoundé où se tenait l’atelier organisé par Dynamique citoyenne l’année dernière (Photos d’archives)

Démocrature

Le Cameroun serait-il donc devenu cet ilot de  « démocrature » où tenir la moindre réunion dans un domicile privé dont les portes sont en permanence closes est assujetti à une déclaration préalable chez le sous-préfet ? En quoi cette conférence-débat face aux hommes de médias était de nature à mettre à mal la sécurité, la tranquillité et l’hygiène publiques (les 3 composantes de l’ordre public) ? En quoi ce simple échange d’idée constituait une menace pour les activités des tenanciers de débit de boisson et autres commerçants qui se trouvaient en contrebas du siège de la Csp ?

Lors du congrès du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti au pouvoir, le 24 mars 1985, le président national de ce parti, Paul Biya, avait pourtant déclaré qu’on n’a plus besoin au Cameroun de prendre le maquis pour s’exprimer. Mais au regard de la pratique, le maquis, mieux la clandestinité semble être la seule possibilité pour hommes politiques, acteurs de la société civile ou simple citoyen de faire valoir leur liberté et d’échapper aux tontonmacoutes des « chefs de terres ».

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Un commissaire de police s’acharne sur Jean Marc Bikoko, point focal de Dynamique Citoyenne. C’était le 15 septembre 2015

Freedom House

La démocratie façon Biya est donc devenue un piège qui peut se refermer à tout moment sur tout Camerounais qui tenterait de bousculer l’ordre établi par son régime. Vous organisez une réunion interne ou une conférence de presse à votre siège (qui n’est pas un lieu public ou ouvert au public), pour peu que l’objet n’arrange pas le pouvoir, vous voilà muselé.  Vous vous soulevez comme en fin février 2008, c’est la soldatesque du régime qui vous canarde comme un gibier.

Si le pouvoir de Yaoundé a si mal à la démocratie dont il se réjouit de l’existence, pourquoi ne pas faire du Cameroun un empire et proclamer Paul Biya empereur ? Pourquoi ne pas instituer une loi où les seules réunions ou manifestations autorisées ce sont celles où l’on chante les louanges du chef de l’Etat ? Il n y a d’ailleurs pas mieux pour faire l’économie d’une terreur et d’une répression gratuite qui non seulement  achèvent d’écorner l’image du Cameroun à l’extérieur mais l’inscrivent à chaque fois sur la liste noire des Etats liberticides établie par des ONG comme Freedom House.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA septembre 16, 2016 13:40 Mise à jour

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