Cameroun : Liberté d’expression : Le pouvoir de Yaoundé se radicalise

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 8, 2015 14:51

Cameroun : Liberté d’expression : Le pouvoir de Yaoundé se radicalise

Il devient de plus en plus difficile d’organiser une simple manifestation non conforme à la ligne du régime ou d’exprimer son malaise sur la voie publique sans se heurter à la folie répressive des forces de l’ordre.

3 mois de prison ferme. La sentence est tombée le 3 septembre denier au Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. André Blaise Essama séjourne depuis lors à la prison centrale de New Bell. Son tort : un nationalisme bouillonnant qui l’a conduit à engager depuis quelques années une campagne de déboulonnement des statues et monuments de certaines figures de la colonisation érigés à Douala.

André Blaise Essama milite pour que ces statues soient remplacées par celles des nationalistes camerounais tels qu’Um Nyobe. Mais pour les autorités locales, André Essama a détruit les biens publics et méritent d’être poursuivi pour cela. L’Ong française Comité de libération des prisonniers politiques camerounais, a appelé récemment à sa libération.

Près de 2 semaines après l’incarcération d’André Blaise Essama, c’est au tour de la plate-forme d’organisation de la société civile Dynamique Citoyenne de subir les foudres du régime de Yaoundé. En pleine célébration de la journée internationale de la démocratie au palais des Sports, la police et la gendarmerie sautent sur des membres de  cette organisation, son point focal national, Jean Marc Bikoko et le directeur de publication de Génération Libre, François Fogno Fotso qui couvrait la manifestation.

Les personnes âgées réprimées

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André Blaise Essama aux prises avec les forces de l’ordre à Douala, non loin du monument Leclerc

 

Interpellés puis gardés à vue au Groupement mobile d’intervention, ils seront libérés une semaine plus tard. Mais ils sont attendus à la barre le 28 octobre prochain au Tribunal de première instance-centre administratif où ils doivent répondre du chef d’accusation de « rébellion ».

Le tort de Dynamique Citoyenne est d’avoir voulu, à travers une conférence-débat, soulever la problématique de l’alternance au Cameroun à travers le lancement de la campagne internationale « Tournons la page ». En interdisant cette  manifestation, les autorités préfectorales ont argué de ce que la manifestation n’a pas été déclarée.  Comme si cela ne suffisait pas, c’est le sous-préfet de Yaoundé 4e qui, le 1er octobre dernier, interdisait la tenue d’une réunion ainsi que d’une conférence de presse au siège de Dynamique Citoyenne au quartier  Anguissa, à Yaoundé.

Il n y a pas jusqu’aux personnes du 3e âge qui n’échappent au bâillon de l’administration. Fin septembre dernier, alors qu’ils manifestaient pacifiquement en face du ministère des Finances à Yaoundé pour revendiquer le paiement de leurs droits sociaux, la trentaine ex-employés de sociétés d’Etat liquidées ou restructurées, dont la moyenne d’âge est de 60, voire 70 ans, ont été déguerpis à coup de rangers et de matraque par la police, sur ordre du sous-préfet de Yaoundé 1er.  3 d’entre eux ont été déférés devant le procureur de la République près le tribunal de première instance de Yaoundé le 30 septembre dernier après une garde-à-vue au commissariat central N°1.

Comme quoi, depuis un certain temps,  exprimer ses opinions et ses frustrations au Cameroun, c’est emprunter un sens interdit.

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Des ex-employés de société d’Etats liquidées en pleine manifestation pacifique à Yaoundé

 

Michel Biem Tong

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 8, 2015 14:51

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