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Cameroun: Liberté d’expression: Péril sur la pratique du journalisme

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Quelques titres de journaux paraissant à Yaoundé
Quelques titres de journaux paraissant à Yaoundé

Depuis quelques mois, le journalisme au Cameroun s’avère de plus en plus un exercice périlleux. Entre agression, garde-à-vue, détention et convocation devant les tribunaux civils et militaires, il y a comme une peur sur la profession. A l’occasion de la commémoration de l’assassinat il y a un an au nord du Mali de Ghislaine Dupont et de Claude Verlont , journaliste et technicien de Radio France internationale, votre site d’information fait un flashback sur  les menaces de plus en plus croissantes sur la liberté de presse au Cameroun.

C’est de l’inédit dans l’histoire des médias au Cameroun. Du moins  depuis la loi du 19 décembre 1990 libéralisant la presse. Rodrigue Tongue, journaliste au quotidien Le Messager, Félix Ebolè Bola du journal Mutations et Baba Wame, enseignant de journalisme, convoqués au  tribunal militaire de Yaoundé le 28 octobre 2014 puis inculpé pour « non-dénonciation ». La juridiction militaire reproche aux journalistes de « n’avoir pas averti les autorités militaires, administratives ou judiciaires de toute activité de nature à nuire à la défense nationale. Faits prévus et réprimés par les articles 74 et 107 du Code pénal »

Par voie de conséquence, les professionnels de médias s’en tirent avec une interdiction de communication publique, dont d’exercer leur métier et de sortie de la ville de Yaoundé sans l’aval du tribunal militaire. Ils ont également obligation de se présenter au tribunal une fois par semaine. De quoi susciter la réaction de Reporters sans frontières. D’après l’Ong qui défend la liberté de presse dans le monde, « les journalistes ne sont pas des agents de renseignements ».

Ghislaine Dupont et Claude Verlont (Rfi), symboles d'une liberté de presse en péril dans le monde
Ghislaine Dupont et Claude Verlont (Rfi), symboles d’une liberté de presse en péril dans le monde

A l’instar des organismes de défense des droits de l’homme, le monde des juristes n’en est pas moins surpris. Invité de l’émission « Canal presse » ce dimanche 2 novembre 2014 sur la chaine de télé privée Canal 2 international, Dr Francis Ampère Simo, enseignant de droit de la communication dans plusieurs universités au Cameroun, a fait remarquer que le pouvoir camerounais brandit toujours un Code pénal vieillot alors que c’est  la loi du 19 décembre 1990 qui régit le métier de journaliste au Cameroun.

Agression

La convocation de deux journalistes devant le tribunal militaire de Yaoundé intervient quelques jours seulement après le placement en garde-à-vue au siège de la gendarmerie nationale du Cameroun de Guy Nsigue, journaliste du site d’information mboafootball.com et de Radio sport international. Ce dernier est accusé par le président du Comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football, Joseph Owona, d’avoir signé  des articles diffamatoires à son endroit.

rédaction de Mutations
la salle de rédaction du journal Mutations, à Yaoundé

D’autres confrères avant lui n’ont pas eu le bonheur de recouvrer la liberté après leur interpellation. C’est le cas du directeur de publication de l’hebdomadaire Le Zénith, Flash Ndiomo. De sources concordantes, ce dernier serait écroué à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé depuis  mi-octobre . Il est accusé de diffamation et de menaces par le secrétaire général du ministère des Finances, Urbain Ebang Mve. En effet, le journal Le Zénith a auparavant rédigé plusieurs articles qui dénonçaient le train de vie princier et les biens mal acquis de ce haut responsable ministériel.

Quelques semaines auparavant, c’est une journaliste du quotidien Mutations, Josephine Abiala, qui était agressée par des inconnus alors qu’elle revenait de sa rédaction.

Face à des menaces aussi graves à la liberté d’informer qui ne datent pas d’aujourd’hui, le gouvernement camerounais ne semble pas pressé à dépénaliser les délits de presse. Au cours de certaines conférences de presse qu’il a tenu, le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma, a toujours soutenu que les délits commis par les  journalistes au Cameroun sont des délits de droit commun et non des délits de presse.

Michel Biem Tong

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