Cameroun : Lutte contre le terrorisme : Amnesty international au centre d’un faux procès

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 16, 2016 23:17 Mise à jour

Cameroun : Lutte contre le terrorisme : Amnesty international au centre d’un faux procès

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  • La présentation jeudi 14 juillet dernier à Yaoundé d’un rapport de l’ONG internationale sur la situation des droits de l’homme dans la lutte contre Boko Haram à l’Extrême-Nord suscite une levée de boucliers au sein de l’opinion camerounaise. Ici et là, l’on entend crier aux manœuvres de déstabilisation visant à saper le morale des troupes au front. Pourtant Amnesty International, qui n’est pas la seule organisation à accuser l’armée camerounaise de nombreuses violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, est clair dans la philosophie qui sous-tend ce rapport : lutte contre Boko Haram d’accord, mais respect des droits humains aussi.

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La présentation jeudi 14 juillet dernier à Yaoundé d’un rapport de l’ONG internationale sur la situation des droits de l’homme dans la lutte contre Boko Haram à l’Extrême-Nord suscite une levée de boucliers au sein de l’opinion camerounaise. Ici et là, l’on entend crier aux manœuvres de déstabilisation visant à saper le moral des troupes au front. Pourtant Amnesty International, qui n’est pas la seule organisation à accuser l’armée camerounaise de nombreuses violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, est clair dans la philosophie qui sous-tend ce rapport : lutte contre Boko Haram d’accord, mais respect des droits humains aussi.

La goutte d’eau de trop. Pour le gouvernement camerounais, le dernier rapport d’Amnesty International sur la situation des droits de l’homme dans la lutte contre Boko Haram à l’Extrême-Nord en est une. Lors de la présentation de ce rapport intitulé « bonne cause, mauvais moyens : atteintes aux droits humains et à la justice dans le cadre de la lutte contre Boko Haram au Cameroun » jeudi 14 juillet à Yaoundé, l’atmosphère était très tendue dans la salle où se tenait la conférence de presse : « qu’Amnesty international ne dénonce pas seulement, mais nous dise ce qu’il entend faire pour les populations qui sont massacrées par Boko Haram », rage une dame originaire de la partie septentrionale du pays. Une certaine opinion voit dans ce rapport d’Amnesty international une volonté de déstabiliser le Cameroun en mettant le moral des soldats camerounais en berne.

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Le Bataillon d’intervention rapide, unité d’élite de l’armée camerounaise

Les hommes de médias ne se sont pas non plus montrés tendres envers le rapport d’Amnesty International lors de ce point de presse : « je peux me coucher dans ma chambre  et rédiger un tel rapport », fustige un confrère. La veille de cette conférence de presse, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma, a déclaré, au sortir d’une rencontre avec le directeur régional Afrique de l’Ouest et du Centre d’Amnesty International, Alioune Tine, que : «Amnesty International a une lecture partisane de la situation, utilise un prisme qui lui est propre». Le porte-parole du gouvernement s’est dit « surpris par ce qui apparaît comme une sorte de sympathie que manifeste Amnesty International vis-à-vis de cette cohorte de bandits (Boko Haram, ndlr), des gens qui nous imposent aujourd’hui ce que nous appelons au Gouvernement le rétropédalage civilisationnel… ».

Cette marée de désapprobation qui s’est levée suite à la présentation de ce rapport est pour le moins légitime et compréhensible au regard du succès incontestable de l’armée camerounaise dans la lutte contre Boko Haram. Il serait cependant nécessaire pour le Cameroun, plutôt que de ruer dans les brancards à chaque dénonciation d’Amnesty international, de mettre enfin sur la table le problème du respect par les forces de défense des droits de l’homme dans cette bataille contre les « fous d’Allah ». Dans le dernier rapport de cette ONG internationale, il n’est pas question de fustiger l’armée camerounaise qui fait de nombreuses victimes parmi les islamistes mais d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées, de détention dans des lieux secrets, de tortures et de morts en détention, de procès militaires inique, etc. Les cibles de ces violations des droits humains sont des populations civiles soupçonnées de collusion avec Boko Haram.

Redhac

amnesty rapport 1

La conférence de presse du 14 juillet 2016 à Yaoundé

Il est à noter qu’Amnesty international n’est pas la seule à mettre en cause les forces de défense camerounaises engagées dans la lutte contre le terrorisme. Dans son rapport sur l’état des droits de l’homme au Cameroun rendu public le 3 décembre 2015, la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, organisme dont les membres sont nommés par décret présidentiel, recensait pêle-mêle des cas d’arrestations et de séquestrations, de disparitions forcées et de décès des détenus (page 12 et 13 du rapport dans sa version française). Dans une déclaration rendue publique le 15 janvier 2015, le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) parlait d’une cinquantaine de personnes retrouvées mortes asphyxiées dans les cellules de la légion de gendarmerie de l’Extrême-Nord et ensuite enterrée dans une fosse commune en brousse.

amnesty rapport 2

Le rapport d’Amnesty International qui fâche

On le voit, les droits de l’homme sont en péril sur le front de la lutte contre la secte islamiste à l’Extrême-Nord du Cameroun. Et Amnesty International n’est pas la seule organisation de défense des droits humains à l’avoir relevé. Le procès qui est donc fait à cette dernière n’a pas lieu d’être. Elle qui, dans ses rapports sur le Cameroun, n’a jamais affiché quelque sympathie que ce soit envers Boko Haram (qu’elle a d’ailleurs dénoncé dans ses précédents rapports), ni protesté contre les ripostes sanglantes de l’armée camerounaise contre la secte. « Ne regardes pas là où tu es tombé, mais là où tu as glissé pour chuter », dit un proverbe africain. Il est urgent que le Cameroun engage une vaste réforme de son armée en lui inculquant des valeurs relatives au le respect des droits humains en temps de guerre. Les autorités camerounaises gagneraient donc à se regarder dans la glace plutôt que de crier tout le temps au complot.

hurinews.com

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 16, 2016 23:17 Mise à jour

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