Cameroun : Michel Thierry Atangana : L’éternel martyr de l’arbitraire

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 4, 2015 10:37 Mise à jour

Cameroun : Michel Thierry Atangana : L’éternel martyr de l’arbitraire

Après 17 ans de détention arbitraire dans les geôles camerounaises, l’ingénieur financier français doit à nouveau batailler au côté de l’opinion internationale pour recouvrer l’intégralité de ses droits. Retour sur un chemin de croix judiciaire qui n’aurait pas dû exister.

Si « combat perpétuel » faisait partie des signes du zodiaque, il serait sans doute celui de Michel Thierry Atangana. Baptisée « Il faut réhabiliter Michel Thierry Atangana ! », la campagne internationale lancée depuis le 5 octobre dernier en France pour la réhabilitation de l’ingénieur financier français d’origine camerounaise est venue rappeler à la communauté internationale des défenseurs des droits de l’homme qui s’est mobilisée pour sa cause que le plus dur n’aura pas seulement été de faire pression sur un pouvoir de Yaoundé plus que réactionnaire pour sa libération, mais de batailler sans relâche pour le rétablir dans ses droits.
Rien n’est donc définitivement gagné pour Michel Thierry Atangana. Du moins pour le moment. Ce dernier, après 17 ans passés dans les sous-sols du secrétariat d’Etat à la défense (Sed) à Yaoundé, a recouvré la liberté à la faveur d’un décret du président Paul Biya signé en mi-février 2014. Un acte qualifié de magnanime par son entourage mais qui intervient 3 mois après un avis du Groupe de Travail sur la détention arbitraire de l’Onu qui recommandait au gouvernement camerounais la libération de Michel Thierry Atangana.

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Michel Thierry Atangana au moment de sa détention au Sed à Yaoundé

17 ans de vie brisée qu’il faut donc reconstruire. Juste pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Nommé président du Comité de pilotage et de suivi des travaux routiers (Copisur) le 8 juillet 1994 par le président camerounais Paul Biya, l’expert financier français aujourd’hui âgé de 52 ans, aura pour proche collaborateur un ex-baron du régime, Titus Edzoa, à l’époque secrétaire général à la présidence de la République.
Garde-à-vue abusive
Tombé en disgrâce pour avoir déclaré sa candidature aux élections présidentielles de 1997, Titus Edzoa est interpellé le 4 juillet de la même année et écroué à la prison centrale de Kondengui. Le superviseur du Copisur va emporter dans ses déboires judiciaires Michel Thierry Atangana. Ce dernier va le rejoindre dans le célèbre pénitencier en provenance de la direction de la police judiciaire où il a passé près de deux mois d’une garde-à-vue arbitraire. Ils sont 3 semaines plus tard conduit au Sed. Là-bas, Thierry Atangana occupe une cellule de 7 m2 faiblement éclairé à la lumière du jour.
Considéré comme le directeur de campagne de Titus Edzoa, Michel Thierry Atangana s’en défend en soutenant qu’il n’a jamais fait de politique. Lors de son séjour à la Pj, des aveux contre son compagnon de galère sont sollicités contre sa mise en liberté. En vain. A l’issue d’un procès express au Tribunal de grande instance du Mfoundi à Yaoundé, Michel Thierry Atangana est condamné à 15 ans de prison ferme le 3 octobre 1997 pour malversations financières sans avoir eu la possibilité de se défendre.

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15 ans plus tard, il est à nouveau condamné pour les mêmes faits de détournements de fonds publics à 20 ans de prison ferme le 4 octobre 2012. La peine sera confirmé un an plus tard par la cour suprême. Entre temps, la diplomatie est entrée en jeu dans cette affaire devenu une affaire d’Etat. Après son arrivée à la tête de l’Etat français, François Hollande fait du cas Atangana l’une de ses priorités. François Hollande lui adresse d’ailleurs une lettre fin janvier 2013 pour lui témoigner de son soutien. Rien à voir avec ses prédécesseurs Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui ne se sont nullement préoccupés du sort du Français.
Motus en France et au Cameroun
Après moults pressions du pouvoir français, les autorités camerounaises craquent et décident de mettre Michel Thierry Atangana en liberté. Un décret de grâce présidentielle est signé le 17 février 2014. Une fois libre, Michel Thierry Atangana rallie la mère-patrie quelques jours plus tard.
Mais depuis sa mise en liberté, Thierry Atangana semble abandonné à lui-même. Ses biens immobiliers et ses comptes bancaires sont toujours sous scellés au Cameroun. Le président du Copisur qu’il est toujours (un décret présidentiel dissolvant le Copisur n’ayant jamais été signé) réclame à l’Etat du Cameroun une somme de 2 003 550 000 f Cfa au 31 décembre 2012. C’est du moins ce qui ressort d’une correspondance transmise le 9 juillet 2012 par Me Charles Tchoungang, un de ses avocats camerounais, à l’ambassadeur de France au Cameroun de l’époque, Bruno Gain.

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Ni le pays de Paul Biya ni la France ne jugent utile de se bouger afin que Thierry recouvre la plénitude de ses droits tel que l’a recommandé l’avis du Groupe de travail de l’Onu sur la détention arbitraire (Gtda) du 13 novembre 2013.
L’expert financier lui-même ne croise pas les bras. Le 1er septembre 2014, il a créé l’Association Atangana contre l’Oppression et l’Arbitraire (Aacoa) dont les objectifs principaux sont de faire connaître son cas et de vulgariser les avis du Gtda. Il bénéficie en cela, du soutien des Ong américaines Freedom House et la Fondation Kennedy. Dure dure s’annonce la suite.
Michel BIEM TONG

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 4, 2015 10:37 Mise à jour

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