Cameroun : Opinion : Amnesty International victime d’un faux procès

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 24, 2017 18:01 Mise à jour

Cameroun : Opinion : Amnesty International victime d’un faux procès

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  • Comme à chaque publication du rapport d’Amnesty international, le gouvernement camerounais adopte une attitude de déni des violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre Boko Haram et agite la théorie du complot. Comme si un rapport suffisait pour déstabiliser un pays.

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Comme à chaque publication du rapport d’Amnesty international, le gouvernement camerounais adopte une attitude de déni des violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre Boko Haram et agite la théorie du complot. Comme si un rapport suffisait pour déstabiliser un pays.

Dans son rapport rendu public le 20 juillet dernier et intitulé « Chambres de torture secrètes au Cameroun : Violations des droits humains et crimes de guerre dans la lutte contre Boko Haram », Amnesty international décrit de manière détaillée la vingtaine de méthodes de torture utilisées par le Bataillon d’intervention rapide(Bir), corps d’élite de l’armée camerounaise, et la Direction générale des renseignements extérieurs (Dgre), services secrets, contre des hommes, des femmes, des jeunes et moins des jeunes, des handicapés physiques ou mentaux, soupçonnés d’appartenir à la secte islamiste Boko Haram.

Tel une vierge outragée, il n’en fallait pas plus pour que le pouvoir camerounais ne pousse des cris d’orfraie. Que n’a-t-on pas entendu de la bouche du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma, au cours d’une conférence de presse le 21 juillet dernier à Yaoundé ? Des vertes et des pas mûres : « Amnesty International est désormais muée en une véritable officine de défense des intérêts terroristes », « Amnesty international est une organisation hostile au Cameroun », « nous sommes en face d’une véritable campagne de déstabilisation du Cameroun ».

Amnesty.jpeg+++Hors-sujet

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la presse camerounaise dans toutes ses sensibilités, tel un orchestre philharmonique et mûe par un incroyable unanimisme, a repris en chœur cette rengaine officielle de la « déstabilisation » ou de la « complicité avec Boko Haram » : « quand Amnesty International soutient Boko Haram », « Pour qui roule Amnesty International ? », « Amnesty International complice de Boko Haram », « Amnesty International légitime Boko Haram », a-t-on lu ce lundi 24 juillet 2017 à la Une des journaux camerounais.

Au Cameroun, on a l’art d’être hors-sujet. Le souci d’Amnesty International est pourtant clair, sauf pour un pays réputé pour sa surdité à la raison, son caractère autoritaire et obscurantiste : oui pour la lutte contre Boko Haram mais dans le respect du droit international humanitaire. En termes simples, il est question pour le militaire camerounais non seulement de riposter face à un kamikaze ou à un terroriste armé mais aussi de mettre tout suspect à la disposition de la justice sans lui infliger des traitements cruels et dégradants. Les soldats camerounais qui subissent régulièrement des stages de recyclage en matière de droit international humanitaire le savent très bien.

Loi anti-terroriste

Mais de cela, Issa Tchiroma n’en a cure. Le porte-parole du gouvernement a choisi la voix du déni de la réalité et du faux procès. Des confrères camerounais aussi. Prétextant à chaque fois d’une guerre asymétrique où l’ennemi se fond dans la population. D’accord. Mais au nom la lutte contre de Boko Haram, doit-on agresser sexuellement des femmes interpellées ? Au nom de la lutte contre Boko Haram, doit-on enchaîner des mineurs de 7 ans dans des camps du Bir et les torturer ? Au nom de la lutte contre Boko Haram, doit-on détenir pendant des mois des citoyens fût-ils suspectés d’actes terroristes dans des lieux secrets, les ligotér et les bastonner avec des chaînes ou les noyer dans des fûts d’eau ?

amnestySi un Etat, à travers son armée et ses services de renseignement, doit utiliser les méthodes de terroristes pour lutter contre le terrorisme, la loi anti-terroriste promulguée fin décembre 2014 c’est donc pour qui, les chiens où alors pour des opposants endurcis? Dans son rapport 2014 sur l’état des droits de l’homme au Cameroun, la Commission nationale des droits de l’homme et des peuples, organe gouvernemental, faisait état des multiples violations des droits humains commises par l’armée dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Dans ce cas, la Commission complote contre qui ?

Guantanamo

Pour le ministre de la Communication, quelques nationalistes camerounais de la 25e heure et les néo-panafricanistes, il y a comme un acharnement des officines occidentales contre le Cameroun. Que diront les autorités françaises épinglées dans le rapport annuel 2016/2017 d’Amnesty International pour avoir, après les attentats du 14 juillet 2016, « procédé à plus de 4 000 perquisitions domiciliaires sans autorisation judiciaire » et fait un « usage excessif de la force par la police au cours de perquisitions administratives effectuées dans le cadre des pouvoirs conférés par l’état d’urgence » ?

Que diront les autorités américaines qui, d’après le même rapport d’Amnesty, ont maintenus en détention 59 hommes au centre de détention de Guantanamo sans procès ni inculpation ? Le pouvoir de Yaoundé, plutôt que de crier au scandale à chaque dénonciation d’Amnesty international, gagnerait à soigner la fièvre plutôt que de casser le thermomètre.
Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 24, 2017 18:01 Mise à jour