Cameroun : Opinion : Que Paul Biya livre les présumés assassins de Mgr Benoît Balla à la justice

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juin 16, 2017 00:11

Cameroun : Opinion : Que Paul Biya livre les présumés assassins de Mgr Benoît Balla à la justice

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  • Le commanditaire de l’assassinat de l’évêque du diocèse de Bafia ne peut que faire partie du cercle restreint des proches collaborateurs du chef de l’Etat camerounais. Les exécuteurs de cette inégalable sauvagerie ne peuvent que jouir d’une protection au sommet de l’Etat du Cameroun. Par quelques bouts que l’on prenne cette affaire de meurtre suspect d’un prélat, il apparait de manière constante que le chef de l’Etat camerounais a failli à son devoir de protéger la vie d’un citoyen.

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Le commanditaire de l’assassinat de l’évêque du diocèse de Bafia ne peut que faire partie du cercle restreint des proches collaborateurs du chef de l’Etat camerounais. Les exécuteurs de cette inégalable sauvagerie ne peuvent que jouir d’une protection au sommet de l’Etat du Cameroun. Par quelques bouts que l’on prenne cette affaire de meurtre suspect d’un prélat, il apparait de manière constante que le chef de l’Etat camerounais a failli à son devoir de protéger la vie d’un citoyen.

Dans un documentaire réalisé par Alain Foka, journaliste camerounais en service à Radio France internationale (Rfi), sur le parcours de feu Ahmadou Ahidjo, ancien président de la République du Cameroun, son épouse Germaine Ahidjo relate une confidence à elle faite par son époux en ces termes, au plus fort du fort du procès d’Ernest Ouandié, un des leaders du parti historique Union des populations du Cameroun (Upc), à la fin des années 1960 : « je ne tuerais jamais Mgr Ndongmo parce qu’on dira qu’un musulman a tué un prélat de l’Eglise catholique, il sera jugé, mais Ouandié, je le respecte, je le respecte beaucoup, mais il sera fusillé ».

Pendant que sous un régime dictatorial de parti unique réputé pour sa férocité, la vie d’un homme de Dieu a été épargnée, sous une « démocratie apaisée » avec à sa tête un chrétien catholique, fils de catéchiste et ancien séminariste, celle d’un prélat semble avoir été banalisée. De l’Abbé Joseph MBASSI au cas plus récent de Mgr Jean Marie Benoît Balla en passant par le Père Antony FONTEGH, les Sœurs catholiques de Djoum, le Père Engelbert MVENG et bien d’autres trouvés morts dans des circonstances non élucidées jusqu’à ce jour, le Cameroun de Paul Biya s’affirme de plus en plus comme un repaire pour les « bouchers humains » amateurs de la « chair d’Oint de Dieu ».

La peur semble donc avoir gagné les lieux saints du catholicisme au Cameroun : « Nous avons le sentiment que le clergé au Cameroun est particulièrement persécuté par des forces obscures et diaboliques », s’indigne la Conférence épiscopale nationale du Cameroun. Dans un communiqué rendu public le 14 juin dernier à son siège à Yaoundé, le collectif des évêques du Cameroun s’est voulu formel : Mgr Jean Marie Benoît Balla a été assassiné. La thèse du suicide agitée aux premières heures de la disparition de l’évêque du diocèse de Bafia (ville située à 120 km de Yaoundé) ne tient plus debout.

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Le véhicule de l’évêque resté sur le pont d’Ebebda

« Mort suspecte »

Les premiers indices réunis laissent croire que le prélat a été assassiné. Son corps raidi repêché du fleuve Sanaga (qu’enjambe le pont d’Ebebda sur lequel son véhicule a été retrouvé) après plusieurs jours de fouilles engagées par le Corps national des sapeurs-pompiers et la Marine nationale sur le fleuve Sanaga donnait à penser qu’il n’a pas absorbé de l’eau. Dans une interview qu’il a accordée le 5 juin dernier à Rfi Xavier Messe, journaliste émérite et directeur des rédactions du groupe de presse L’Anecdote, a déclaré sur la base de ses investigations que ses organes génitaux ont été amputés et l’un de ses bras cassés. Même le procureur général près la Cour d’appel du Centre, Fils Ntamack, dans un communiqué, a parlé de « mort suspecte ». La question de savoir dans quelles circonstances est mort Mgr Balla qui se posait au moment de sa disparition a trouvé réponse. Une autre, non moins capitale, reste en suspens : qui l’a tué ?

S’agit-il d’un acte banal d’agression ? Hypothèse à bannir. Généralement, un bandit commet un tel acte pour vous ravir quelque chose de précieux pour lui. Généralement c’est de l’argent. Et même si c’était de simples bandits qui ont commis ce forfait, ils ne risqueraient pas de prendre la route nationale entrecoupée de contrôle de police et de gendarmerie pour aller jeter le corps dans un cours d’eau à 60 km de la ville. A moins d’être soi-même autorité de ces gendarmes et policiers ou alors d’être protégé par cette dernière. Qui avait donc intérêt à tuer Mgr Balla ?

Le décès de l’évêque de Bafia intervient dans un contexte où les médias français ont, à travers une enquête, dévoilé les réseaux de pédophilie et au sein du clergé camerounais. Mgr Balla était-il témoin gênant de ces pratiques au point de mettre en danger leurs auteurs en les dénonçant ouvertement ? Que nenni. L’évêque n’était pas un adepte des homélies enflammées les dimanches pendant les messes.

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Mgr Jean Marie Benoit Balla

Exécutés par des barbouzes ?

Des témoignages concordants font état de ce qu’il aurait avant la découverte de son corps adressé des correspondances à l’archevêque de Yaoundé, au nonce apostolique et au président de la Conférence épiscopale nationale, quel en était le contenu ? Etais-ce ces pratiques déviantes ? Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas le feu dès lors que le problème est posé à l’intérieur du clergé.

La piste de l’origine interne à l’Eglise catholique étant écartée, qui a donc tué Mgr Jean Marie Benoît Balla ? Pour assassiner une autorité religieuse d’un tel rang et surtout d’une telle renommée, il faut soi-même jouir non seulement d’une certaine autorité mais aussi d’une protection au sein de l’appareil de l’Etat. L’autorité en question a-t-elle commis des loubards parmi des civils pour perpétrer le coup ? Difficile de l’envisager. Avec des civils, le secret seraient dévoilé à la moindre occasion. Les exécuteurs de l’évêque auraient sans doute été recrutés parmi des barbouzes habitués de tels coups tordus et réputés pour leur secret.

D’après le témoignage du vigile de l’évêché, le prélat lui aurait dit qu’il se rendait à Yaoundé. Qui allait-il rencontrer à Yaoundé à plus de 23 heures et pourquoi ? Aux premières nouvelles de sa disparition le 31 mai dernier, sa Land Cruiser de couleur blanche est retrouvée sur le pont d’Ebebda regardant la direction de Bafia sans trace d’effraction. Ce qui laisse croire qu’il n’a pas été ciblé à bord de son véhicule et que c’est au lieu du rendez-vous (à Yaoundé ou en en revenant) que son sort aurait été scellé.

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La dépouille de Mgr Balla après sa découverte

Droit à la vie

D’après des sources fiables, le prélat était proche de certains hautes personnalités de la République. Etait-il dans le secret de certaines pratiques occultes de ces derniers qui lui auraient été confessées et qu’il aurait voulu partager avec sa hiérarchie via ces correspondances ? Quoiqu’il en soit, le commanditaire de l’assassinat de Mgr Balla est un homme hyperpuissant parce que très proche collaborateur et jouissant de la confiance de Paul Biya. C’est pourquoi, osons le parier, la procédure judiciaire n’aboutira à rien de sérieux car le commanditaire est capable d’en influencer l’issue.

Il est donc aisé de comprendre pourquoi la justice a jeté son dévolu sur des hommes de paille tel que le vigile de l’évêché de Bafia et le chauffeur de l’évêque qui seraient entre les mains de la police pour besoin d’enquête. Il est tout aussi évident de se rendre compte que Paul Biya a failli à son devoir d’assurer la sécurité d’un citoyen (d’un homme de Dieu de surcroît !), de protéger la vie d’un être humain dont le droit est garantie par le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 6-1) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (article 4) .

Il est donc de bon ton que le chef de l’Etat mette les auteurs de cet assassinat à la disposition de la justice car cet acte odieux qui revêt toutes les caractéristiques d’un crime d’Etat ne peut être commis que par un ou des hommes très sûrs de jouir de la confiance de Paul Biya. Que ce dernier livre le commanditaire et les exécuteurs à la justice. L’image de son régime maculée du…saint sang en dépend.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juin 16, 2017 00:11