Cameroun : Pr Esoh Elamè : « Les décideurs africains continuent de subir la ville plutôt que de l’imaginer… »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 1, 2017 16:10

Cameroun : Pr Esoh Elamè : « Les décideurs africains continuent de subir la ville plutôt que de l’imaginer… »

Grandes Lignes

  • Consultant en Ingénierie de projets européens, Pr Esoh Elamé, expert en études interculturelles et développement durable, vient d’organiser à Yaoundé, un colloque international qui s’est déroulé les 20 et 21 juillet, sur le thème : « Villes durables interculturelles, Assainissement des villes africaines et Education au développement durable interculturel ». Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder à l’issue de cette rencontre qui a réuni des membres du gouvernement et des spécialistes des questions d’habitat autour d’une même table, il revient sur les enjeux d’un tel forum et ce que peut en tirer l’Afrique pour sortir de la pollution actuelle de ses villes.

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Consultant en Ingénierie de projets européens, Pr Esoh Elamé, expert en études interculturelles et développement durable, vient d’organiser à Yaoundé, un colloque international  qui s’est déroulé les 20 et 21 juillet, sur le thème : « Villes durables interculturelles, Assainissement des villes africaines et Education au développement durable interculturel ». Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder à l’issue de cette rencontre qui a réuni des membres du gouvernement et des spécialistes des questions d’habitat autour d’une même table, il revient sur les enjeux d’un tel forum et ce que peut en tirer l’Afrique pour sortir de la pollution actuelle de ses villes.

Le colloque que vous avez organisé à Yaoundé a mobilisé des experts d’une quinzaine de pays sur la problématique d’assainissement dans les villes africaines. Que peut-on en retenir ?

On peut retenir du colloque que nous venons d’organiser que les villes africaines face à l’urbanisation anarchique, aux enjeux du dividende démographique, exigent que soient adoptées de nouvelles façons de gouvernance urbaine. Il ressort des 70 exposés de chercheurs et professionnels des questions urbaines lors du colloque, qu’il faille :

-Considérer la ville comme l’unité de programmation et d’actions en faveur de l’urbanisme durable. Ainsi la gouvernance de toute ville africaine doit reposer sur une planification urbaine permettant de mieux identifier les problèmes et de trouver des solutions les plus appropriées en tenant compte des multiples facteurs pouvant interférer dans la prise de décision. Les villes africaines ne sont pas habituées à la prospective qui est pourtant indispensable pour mener des réflexions, penser et concevoir les villes de demain dans une perspective de développement durable. Plusieurs communications présentées au colloque permettent de conclure que face à l’urbanisation anarchique des villes africaines, il faut répondre par des solutions innovantes qui respectent l’environnement, d’où l’émergence de l’urbanisme durable. La planification stratégique des villes africaines devrait en tenir compte.

-Considérer les problèmes d’assainissement liquide et solide dans les villes africaines comme la première priorité des politiques urbaines. En effet, sans l’existence de réseaux d’assainissement liquide et solide bien dimensionnés, les villes africaines seront condamnées à être impropres, insalubres avec des déchets solides et liquides jetés dans la rue, les rigoles, les caniveaux et les boues de vidange évacuées dans bon nombre de cas, dans l’espace public. Ainsi, si les villes africaines sont aujourd’hui de plus en plus confrontées au problème d’insalubrité, c’est avant tout à cause de l’absence totale des réseaux d’assainissement liquide et solide qui rend la route, le trottoir, les caniveaux, les bas-fonds, les cours d’eaux, des lieux par excellence de rejets des déchets solides et liquides. Dans le même sens, la prolifération des bidonvilles, de l’habitat précaire et spontané, aggrave les conditions d’insalubrité des villes africaines. Ainsi, toute politique de prévention de l’habitat insalubre dans les villes africaines, y compris la résorption des bidonvilles actuels à un horizon prédéfini ne peut se faire sans l’existence d’un réseau d’assainissement bien pensé. A cet effet, la conception et la mise en place de réseaux d’assainissement digne de ce nom dans les villes africaines qui permet de collecter et traiter dans les règles de l’art toutes les eaux usées et les eaux de pluie, est un impératif des objectifs du développement durable. Il appartient à chaque pays africain de définir des programmes d’actions et des modes opératoires permettant d’atteindre cet objectif de développement urbain afin que ses villes entrent dans la modernité des villes contemporaines.

– Établir dans les villes africaines, des politiques publiques de logements qui ne visent pas seulement à réduire le déséquilibre entre l’offre et la demande en logements, en infrastructures d’équipements, mais aussi à combler le déficit actuel en réseau d’assainissement. Les politiques publiques d’habitat, doivent de manière systématique inclure la question d’assainissement liquide et solide dans tous les nouveaux chantiers de logements afin de répondre, de manière plus appropriée, aux besoins de promotion de l’habitat social, de résorption et de prévention de l’habitat insalubre et d’anticipation des problèmes d’assainissement.

Plusieurs interventions lors du colloque ont permis de prendre conscience que la mobilisation du foncier public aussi bien dans sa répartition géographique que dans sa conception, peut contribuer à accroître l’offre sociale à travers des lotissements et de grandes opérations d’aménagement foncier. Toutefois, il faut rompre avec les vieilles habitudes de lotissements qui n’intégraient pas les réseaux d’assainissement dans les transactions immobilières.

– Eduquer les populations à adopter des comportements citoyens, responsables vis-à-vis de leur environnement. Pour cela, l’éducation au développement durable devrait être une éducation à la fois formelle, non formelle et informelle visant à faire de toute ville africaine, une ville éducative où tous les citoyens quel que soit leur âge, origine ethnique et statut social, sont impliqués dans un vaste processus d’éducation aux valeurs de solidarité, de tolérance, de responsabilité et d’autonomie afin de mieux appliquer dans la vie de tous les jours, les principes directeurs du développement durable.

une papier MNG

Pr Esoh Elame

Au-delà du constat de l’insalubrité dans la plupart des villes africaines, qu’est-ce qui peut être concrètement fait pour parvenir à des villes plus viables sur le plan environnemental et même culturel ?

Ce qu’il faut faire pour avoir des villes africaines plus viables sur le plan environnemental, c’est d’adopter une approche de planification territoriale de la ville qui s’inscrit dans les grands principes du développement durable tel que le stipule la Déclaration de Rio de Janeiro de 1992. A cet effet, les pays africains doivent s’investir pour mettre en place des villes durables qui sont des unités urbaines dont la mise en place des politiques sociales, économiques, culturelles, environnementales respectent les principes du développement durable. En d’autres termes, il faut penser et construire des villes où toutes les questions urbanistiques prennent en compte conjointement les enjeux sociaux, économiques, environnementaux et culturels de l’urbanisme pour le bien de tous les habitants. La ville durable au stade actuel, tant dans sa conception que dans sa mise en place, reste un rêve pour les villes africaines. Ces dernières à l’exemple des villes camerounaises, continuent d’appliquer un modèle de développement urbain dévoratrice de l’espace, des ressources et des fonds, sans aucune réelle vision qui concerne la ville de demain. Jusqu’ici, les décideurs n’ont pas pris conscience que la ville de demain est à penser de manière partagée avec l’ensemble des parties prenantes du territoire. Les décideurs africains continuent de subir la ville plutôt que de l’imaginer, de la réaliser par des projets ambitieux reposant sur un urbanisme durable, participatif et fonctionnel. La mise en place des villes durables devient ainsi une urgence pour les villes africaines. Pour cela, les villes africaines doivent faire de l’urbanisme durable le levier de leur politique économique, sociale, culturelle, environnementale pour l’émergence. Il n’est pas possible de devenir des pays émergents à moyen terme ni même à long terme sans une politique urbaine robuste, solide, fortement ancrée dans les principes du développement durable. Ainsi il faut que les décideurs comprennent que ce n’est qu’à partir d’une politique urbaine nationale fondée sur l’urbanisme durable où ils expriment clairement leur prise de conscience des risques sociaux, culturels, économiques et environnementaux qui pèsent sur l’espace urbain qu’ils pourront véritablement débidonvilliser les villes africaines, les rendre attractives, accueillantes, résilientes et contribuer ainsi à réduire leur empreinte écologique. De ce fait, la reconversion des territoires, la mise en place de politiques urbaines à la fois vitrine et symbole d’une évolution positive en profondeur des sociétés africaines à travers le développement des éco quartiers devient une urgence. Elle sera sans aucun doute l’expression tangible d’une maturité politique des décideurs qui prennent l’option de faire des villes africaines, des villes smart, intelligentes, inclusives et éducatives.

Mais cela ne suffit pas. Les villes africaines doivent aussi répondre aux défis que posent les migrations internes et internationales dans leurs territoires. Les villes africaines doivent faire face au défi du multiculturalisme. Elles doivent sortir de leur ségrégation ethnique qui transforme le plus souvent leurs territoires en agrégats de quartiers ethniques avec ses centres culturels, ses marchés, gares routières, etc. Ainsi la ville durable en Afrique ne suffit pas. Elle devra aussi être résolument une ville interculturelle. Là se pose un autre défi : comment construire la ville interculturelle dans les villes africaines ? Quelles politiques mettre en place afin que les villes africaines soient aussi des villes interculturelles, de dialogue entre les cultures et civilisation, de vivre ensemble ? L’enjeu des villes africaines n’est donc pas seulement de devenir des villes durables. Elles doivent aussi devenir des villes interculturelles à travers l’existence des quartiers où sont encouragés des modes de vie à la fois durables et interculturels. Il est question alors d’appliquer dans les villes africaines une architecture à la fois écologique et interculturelle, d’y construire des réseaux d’assainissement répondant aux normes environnementales et interculturelles.

Ainsi l’Afrique a besoin des villes durables et interculturelles. Ceci renvoie à élaborer une idée de la ville qui n’est plus seulement une question d’approche architecturale, de l’habitacle, mais aussi de conception, de changement de mode de vie. Ceci bien entendu, exige un changement culturel profond dans la conception et la mise en place des politiques urbaines sur le plan national et local dans les villes africaines. Bien entendu pour mettre en place des villes durables et interculturelles en Afrique, il faut donc penser à bâtir des éco-quartiers interculturels. La meilleure solution consiste à substituer les bidonvilles actuels par les éco-quartiers interculturels. Cela exige aussi un partenariat public-privé. A cet effet, une réforme de la fiscalité immobilière est à envisager en vue d’encourager les promoteurs immobiliers privés à accroître l’offre en logements sociaux intégrant les questions d’assainissement, la mixité sociale et culturelle. Le développement du partenariat public-privé pour produire davantage de logements destinés aux familles aux revenus moyens et modestes doit respecter les normes de l’urbanisme durable.

Il est temps pour la recherche africaine, de concevoir sur le plan urbanistique des villes africaines répondant à la fois aux exigences environnementales et interculturelles en s’inspirant des traditions, valeurs ancestrales et système de pensée nègres. Les avancées conceptuelles de mes travaux de recherche sur l’urbanisme durable me permettent de pouvoir proposer une conception originale, postcoloniale de ce que devrait être une ville durable interculturelle en Afrique subsaharienne.  La colonisation est derrière nous. Nous avons hérité d’elle, un modèle de ville que nous n’avons pas été capables de gérer, de repenser. Il nous appartient aujourd’hui d’inventer une vision de la ville négro-africaine contemporaine qui rime avec notre histoire et notre civilisation.

Vous coordonnez à l’Ecole nationale supérieure des travaux publics du Cameroun un projet européen “Master en Sciences de l’environnement », option : «Gestion intégrée des ressources en  eau  et  assainissement des villes africaines ». Quels sont les enjeux d’une telle formation ?

Effectivement, je coordonne un master en sciences de l’environnement option Gestion intégrée des ressources en eau et assainissement des villes africaines. Ce master a été mis en place dans le cadre d’un projet européen élaboré par mon laboratoire de recherche. Nous avons pu lever un million d’euro à la Commission européenne pour la formation de 300 ingénieurs camerounais spécialisés dans la gestion de l’eau et l’assainissement des villes africaines. Ce projet et le master qui en découle, ont permis à 300 jeunes camerounais ayant eu le concours pour suivre la formation, de bénéficier chacun d’une bourse de 1.200 000FCFA pour se payer les frais universitaires. A la fin de la formation, chaque étudiant ayant validé tous ses unités d’enseignement a eu droit à deux diplômes universitaires : le diplôme de master 1 professionnel de l’université de Padoue (Italie) et un diplôme de master 2 d’ingénieur spécialisé en eau et assainissement dans les villes africaines de l’ENSTP.

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Cette formation est aujourd’hui la meilleure formation d’ingénieurs spécialisés en eau et assainissement dans la sous-région de l’Afrique centrale si on se réfère à la qualité de son staff enseignant et aux productions scientifiques qui découlent des travaux de mémoire des étudiants. Les apprenants à la fin de leur formation, sont aptes à dimensionner les réseaux d’eau potable, les réseaux d’assainissement liquide et solide. Ils sont aptes à gérer les stations d’épuration, les sociétés publiques municipales d’accès à l’eau potable, d’assainissement. Ils sont également aptes à concevoir des outils de planification stratégique dans le domaine de l’assainissement liquide et solide. Vu l’état de nos villes prises en otage par l’intensification des processus de bidonvilisation, la pression démographique, il est impératif d’investir amplement sur le capital humain. En effet, la formation des experts africains sur les questions d’assainissement liquide et solide est une priorité car ce type de capital humain est important aux villes africaines afin qu’elles puissent se bâtir dans les règles de l’art de l’urbanisme durable.

Que deviennent vos apprenants une fois l’école terminée ?

Plusieurs de nos apprenants parviennent à trouver de l’emploi. Bien que le taux d’insertion professionnelle de nos étudiants soit bon, il est à améliorer. Nous sommes en train de mettre en place une structure de placement de nos étudiants. Elle sera opérationnelle dès le mois de septembre 2017. Il s’agira d’un placement en ligne permettant. Il revient aux entreprises de publier leurs offres d’emploi ou alors  consulter les candidatures (CV) mises en ligne par nos étudiants. Une équipe technique de l’université de Padoue y travaille en ce moment pour finaliser la conception de cet outil de suivi et d’insertion professionnelle de nos étudiants.

Quelles perspectives pour les villes africaines à l’horizon 2035 si jamais les recettes que vous recommandez sont prises en considération ?

Si les recettes que nous préconisons sont prises en compte, alors l’urbanisation durable et interculturelle soucieuse des problèmes d’assainissement sera au cœur des décisions politiques notamment dans le choix des projets industriels structurants. Nous pourrons espérer qu’à partir de 2035, les pays de l’Afrique subsaharienne pourront avoir des villes à la dimension humaine, plus soucieuses de l’environnement et où le vivre ensemble dans la diversité est une règle et non pas une exception.

Sur le plan environnemental, nous pourrons alors espérer avoir en Afrique subsaharienne, des villes qui ont mis en place :

1 – un système performant de collecte, traitement et évacuation des déchets liquides, des déchets solides et des boues de vidange.  Ainsi on pourra avoir dans les villes africaines, des systèmes d’assainissement plus hygiéniques qui s’appuient sur des solutions technologiques telles que les égouts et le traitement des eaux usées dans les stations d’épuration comme c’est le cas dans les villes des pays industrialisés ;

2- des programmes de débidonvillisation et de mise en place des éco-quartiers ;

3- des politiques municipales de recyclage des déchets à travers la mise en place du tri sélectif, des ressourceries et déchèteries qui fonctionnent bien, des unités de valorisation industrielle et semi-industrielle des déchets qui fonctionnement bien, sans oublier les décharges contrôlées pour déchets municipaux et déchets dangereux ;

4- des actions de mobilité durable.

Sur le plan interculturel, nous espérons voir des villes africaines mettre en place des politiques d’urbanisation interculturelle, de mixité sociale et culturelle. La mise en place d’une démarche de ville durable interculturelle va positivement contribuer à lutter contre le racisme et toutes formes de discriminations dans les villes africaines.

L’urbanisation et la question démographique étant les deux grandes questions que l’Afrique devra affronter dans les prochaines décennies, la mise en place de villes durables interculturelles doit en tenir compte afin d’être la recette qui rendra les territoires africains plus attractifs, accueillants et dynamiques.

Et si jamais vous n’êtes pas suivi, quelles pourraient être les conséquences de l’insalubrité urbaine sur le devenir de l’Afrique ?

Si les décideurs des villes africaines ne changent pas radicalement leur perception actuelle la ville, l’étalement urbain avec les PK va continuer comme c’est actuellement le cas à Douala, Yaoundé, Edéa, Bafoussam, etc. On aura des villes sans âme et identité, sans histoire, qui ne parlent pas aux citadins, auxquelles on ne peut vraiment s’identifier. On aura des villes néolibérales qui reposent sur un déséquilibre permanent, une ségrégation entre riches et pauvres, une bétonisation à outrance, sans espaces verts, jardins publics, pas du tout attractives et accueillantes où il manque de renouveau architectural. Sans un changement radical, les villes subsahariennes surtout, seront des villes nauséabondes, de véritables villes poubelles. Elles seront inondées par des dépôts et décharges sauvages. Les autorités urbaines et municipales seront débordées par les questions d’insalubrité et de désordre urbain. Ce dernier va concerner aussi bien la forme des unités fonctionnelles (lotissements, grands ensembles, zones commerciales…), qui ne répondent pas à des règles géométriques très strictes, tout comme à l’absence de structuration, ou de composition d’ensemble, qui permet de relier ces unités fonctionnelles entre elles, mais aussi à l’ensemble d’activités non formelles, qui s’opèrent dans la voie publique. A cet effet, toutes les politiques d’aménagement urbain, de construction de logements sociaux, de réhabilitation des nouvelles artères actuelles et futures dans les villes africaines et particulièrement subsahariennes qui n’intègrent pas la planification stratégique et les principales questions liées à l’assainissement sont vouées à l’échec.

Photo colloque ITW Esoh Elamè

Pour éviter que dans un avenir immédiat les villes africaines soient couvertes de montagnes de déchets, et sortir du manque de système de drainage et de canalisation d’eau usées et des pluies, il est primordial que les magistrats municipaux comprennent qu’un meilleur assainissement est un indicateur principal de développement et un droit constitutionnel requis à tout citoyen africain où qu’il se trouve. Les autorités sont censées trouver des solutions durables au problème d’assainissement dans les villes africaines. Les autorités municipales et politiques ne peuvent rester indifférentes à l’urgence d’une transition écologique et interculturelle dans la gestion urbaine. La nécessité de collecter les eaux usées pour éviter les pollutions des eaux souterraines et de surface dans un continent où l’accès à l’eau potable reste hypothétique, ne peut se dissocier de la collecte des eaux de pluie, de plus en plus accentuée du fait de l’imperméabilisation des sols due à l’urbanisation. Un sol imperméable empêche l’eau de s’infiltrer, accélère les phénomènes de ruissellement et les risques d’inondation. Si la majorité des eaux pluviales est collectée par des réseaux de collecte séparatifs ou unitaires à destination des stations d’épuration ou du milieu naturel, il y a de toute manière besoin d’intervenir par des techniques alternatives, qui consistent à diminuer le ruissellement en favorisant l’infiltration ou en ralentissant les écoulements. Les villes africaines gagneraient à mettre en place des bassins de rétention artificiels installés sur le parcours des tracés naturels ou artificiels (réseaux de collecte) des eaux pluviales. Ces bassins permettront de pallier les insuffisances du réseau en retenant les eaux lors d’évènements pluvieux. Une autre solution consiste à construire des ouvrages de stockage ou d’infiltration, si le sol est suffisamment perméable, qui permettent de réduire les eaux de ruissellement envoyés au réseau de collecte.

A titre de rappel, un réseau d’assainissement liquide se définit comme l’ensemble des ouvrages (canalisations souterraines) permettant d’évacuer les eaux usées et des pluies vers une station d’épuration afin de subir un traitement, avant leur rejet dans le milieu récepteur.

Réalisé par Marie-Noëlle GUICHI   

Dr AKAFFOU Yao Saturnin Davy, Anthropologue, Enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët Boigny de Côte d’Ivoire

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« La question de l’insalubrité urbaine et de la ville durable interculturelle demeure une préoccupation universelle »

 

Le colloque sur le thème « villes durables interculturelles, Assainissement des villes africaines et éducation au développement durable » tenu les 20 et 21 Juillet à Yaoundé au Cameroun, sous l’initiative de la Première Université Panafricaine des Pluies, coordonné par le Professeur Esoh Elamé, a bénéficié d’une forte audience institutionnelle et scientifique qui a réuni une diversité d’acteurs de haut calibre international. La richesse et la profondeur des sujets abordées dans les ateliers en lien direct avec le thème central de cette rencontre scientifique, a permis de mobiliser experts internationaux, professionnels et enseignant-chercheurs de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales, des sciences biologiques et de la santé, de l’environnement, de l’ingénierie architecturale, urbaniste, des gestionnaires de collectivités venus de tous les horizons. Particulièrement, on note une présence remarquée des participants de l’Afrique orientale dans ses composantes du Maghreb (Tunisie, Maroc, Algérie), de Djibouti, de l’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso) et évidemment de l’Afrique centrale (Gabon, Cameroun…).

Cette initiative permet ainsi, d’exposer à l’épreuve d’un diagnostic pointilleux et diversifié, les réalités appréhendées de manière contextuelle sur la question de l’assainissement des villes et de leur gestion durable au regard de leurs spécificités. Mais surtout, cela fut l’occasion de s’inspirer d’expériences réussies en la matière et rompre avec des approches sectaires et déficientes de résolution de ces problèmes d’assainissement que connaissent la quasi-totalité des villes africaines. Ce colloque a donc offert l’opportunité de creuser une véritable problématique d’actualité touchant au bien-être des populations afin de dégager des pistes de solutions et des d’actions conjuguées dans une savante contribution transdisciplinaire et collaboration sous-régionale indispensable. En effet, la question de l’insalubrité urbaine et de la ville durable interculturelle demeure une préoccupation universelle et constante pour tous les Etats dans la mesure où les villes et métropoles, selon leurs caractéristiques d’urbanisme, constituent le reflet du niveau de développement et de modernité. Mais en même temps,  les contingences multiformes du développement façonnent des modes de vie chez les peuples dans cette dynamique évolutive que connaissent les sociétés marquée par les technologies nouvelles et configurations architecturales innovantes. Les villes africaines en générales sont confrontées à d’énormes défis liés à leur capacité de réponse aux exigences identitaires, environnementaux et sanitaires des populations. En réalité, la quasi-totalité des villes négro-africaines sont l’héritage d’un modèle infrastructurel et d’urbanisme issu de la colonisation et des normes occidentalistes. De toute évidence, la non prise en compte des modes de vie inhérents aux systèmes culturels des peuples africains et les conditions environnementales géoclimatiques spécifiques, entretient le paradoxe qui en découle au fil des années et laisse apparaître une dysharmonie existentielle avec pour corollaire, des villes en proie à toutes sortes de fléaux dont l’insalubrité urbaine. On assiste alors à une « ruralisation urbaine » dans les communes donnant lieu à des quartiers précaires et des bidonvilles avec écoulement des eaux usées et prolifération de déchets ménagères. Aussi, proposons nous la nécessaire mise en œuvre de mécanismes d’investissement infrastructurel dans le secteur de l’assainissement et de gestion éco citoyenne qui passe par une stratégie de gouvernance communale participative, impliquant les communautés résidentes dans un programme de sensibilisation et d’action pour l’amélioration du cadre de vie.

De manière concrète, il s’agira d’appréhender la question du cadre de vie et de l’hygiène publique comme une priorité en y allouant des dotations budgétaires importantes .Corrélativement, le secteur de l’assainissement et de la collecte des ordures doit être défini comme pourvoyeur d’emploi-jeune en mettant à profit des groupes de jeunes dans les quartiers formés à cet effet (Education-Formation-Emploi). Cette trilogie  est incontournable, car une sensibilisation sans action d’accompagnement n’induit pas toujours de changement de comportement. Par ailleurs, la création d’écomusées dédiés à la valorisation du patrimoine y contribuerait fortement en termes d’aires protégées et espaces verts à vocation culturelle dont une exploitation touristique conséquente constitue un facteur de développement durable dans sa dimension à la fois sociale, économique et écologique. De manière générale, la coopération sous régionale à travers de tels cadres de rencontres scientifiques internationales, comme celui tenue à Yaoundé au Cameroun devraient davantage être institutionnalisées et formalisées en relation avec les bailleurs de fonds (Union Européenne, Union Africaine, PNUD, UNESCO, BAD etc.) comme un Réseaux Africains d’Experts au profit des Etats sur les questions d’assainissement, d’intégration urbaine et interculturalité des villes africaines dans la perspective du Développement Durable.

 

Victorine Ghislaine NZINO MUNONGO, Chargée de recherche, MINRESI,

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La « ville durable » comme source productrice de savoirs

Selon les statistiques récentes, plus de la moitié de la population camerounaise vit en milieu urbain et le taux de croissance de la démographie urbaine est fixé à 8% par an. L’impact de cet état de chose est la concentration de la production des biens et services en zone urbaine et partant le lieu par excellence de la propulsion du mode de développement qu’est « la ville durable ».

La ville durable ou encore développement durable en milieu urbain est un concept ayant pour centre d’intérêt la protection de l’environnement comme exigence sociale essentielle de la population citadine et la nécessité d’améliorer la qualité et le cadre de vie des citoyens vivant en milieu urbain et périurbain. Il est question de mettre l’homme au centre des enjeux et faire de ce dernier un acteur majeur par le biais de l’implémentation de l’approche dite bottom-up dans la gestion des affaires publiques. D’où le concept de participation sociale.

Il ne s’agit plus de l’unilatéralisme administratif, mais de la mise en place d’une nouvelle approche conceptuelle qui renverse la scission existant entre l’efficacité administrative et la participation sociale. Il est question d’accorder une plateforme aux citoyens afin que ces derniers prennent part en aval, en séance de monitoring et en amont au processus quotidien de prise de décision dans la gestion des affaires publiques via les collectivités territoriales décentralisées.

Cette nouvelle approche susmentionnée redéfinit le rapport classique existant entre l’administration et le citoyen. La transition est faite d’un lien d’administration-administré à un lien de partenariat. La finalité de cette nouvelle approche est d’une part la valorisation des savoirs locaux et d’autre part la garantie de l’intégration des citoyens vivant en marge de la société. Autrement dit, l’enjeu est celui d’instituer un compromis ferme autour de valeurs communes afin d’éluder tout conflit susceptible d’émerger ayant pour fondement les différences culturelles et de classes sociales.

Plusieurs chercheurs considèrent la ‘ville durable’ comme source productrice de savoirs et un mécanisme d’action publique. D’où l’implication de plusieurs acteurs sociétaux, notamment, les chercheurs, les entrepreneurs, l’administration publique et le citoyen ʎ. Le colloque « Villes durables interculturelles, Assainissement des villes africaines, et Education au développement durable interculturel » qui a eu lieu à Yaoundé, Cameroun, le 20 et 21 juillet 2017 tient lieu de prémices d’une de ces plateformes rassemblant ces différents acteurs dans le but d’échanges aux fins d’actions concrètes susceptibles de faciliter l’atteinte du défi lancé par les Objectifs de développement durable en Afrique et à l’échelle globale.

Nora Gueliane, architecte, doctorante à l’EHESS de Paris

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« La bonne collaboration de tous les acteurs de la ville, est un garant pour la réussite d’un projet »

Le colloque de Yaoundé est une initiative importante, en voie de mettre en place une dynamique africaine œuvrant pour un développement urbain durable. Suite à cette rencontre, on essaie de mettre en place un réseau africain. Par ailleurs, et à travers mon cas d’étude ; l’éco-ksar de Tafilelt en Algérie, nous déduisons que pour faire réussir un projet, celui-ci doit être alimenté par la base ; à travers une participation active de la population et des acteurs locaux. La bonne collaboration de tous les acteurs de la ville, est un garant pour la réussite d’un projet. Nous retenons également,  à travers le cas de Tafilelt en Algérie, qu’un développement durable ne peut pas se faire en rupture avec la donnée locale. De ce fait, les projets doivent être pensés dans leur contexte (naturel, économique, sociale, culturel).

Dr. BEKA BEKA Annie, Enseignante- chercheure, Ecole Normale Supérieure, Libreville – Gabon

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« Il faut  promouvoir les processus de décentralisation.»

 

Le colloque sur « Villes durables interculturelles, Assainissement des villes africaines et Éducation au développement durable interculturel », est une initiative louable, dans la mesure où, elle a donné l’occasion à la communauté scientifique réunie à Yaoundé du 20 au 21 juillet 2017, de confronter ses différents points de vue afin de chercher ensemble les voies et moyens de parvenir à des « villes durables » en Afrique. A titre personnel, les échanges et débats scientifiques  furent très fructueux,  car ils nous ont permis d’améliorer ou reconsidérer nos positionnements. A cet effet, nous saluons au passage l’initiative et le travail d’organisation réalisé avec brio par le professeur ESOH ELAME.

Avant de répondre à la question sur ce qui doit être fait concrètement pour parvenir à des villes africaines viables, il convient  d’abord de faire un bref rappel historique sur l’origine du concept de « villes durables.».

En effet, nous pouvons dire qu’il existe plusieurs acceptions du terme «développement durable »  de la  « ville durable ». L’idée apparait pour la première fois dans le rapport « Bruntland » publié en 1987. Elle se confirme lors du sommet de Rio de 1992 et définit  le concept de « développement durable » comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Ces différents sommets sont le résultat de la prise de conscience des effets nocifs de l’action l’homme sur la planète et la recherche de solutions afin de limiter l’état de dégradation de celle-ci.

En effet, l’actualité donne constamment des informations alarmantes sur les problématiques liées au développement durable. Or, l’aménagement du territoire est un début de réponse à ces enjeux. La ville, qui accueille aujourd’hui plus d’un habitant de la planète sur deux, sera le lieu des futurs possibles. Dans cette perspective, le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), prévoit que l’Afrique comptera 745 millions de citadins en 2030, soit 48% de sa population totale. En  2050, 1,3 milliard d’urbains représenteront 56% de la population africaine (Magrin G et al, 2016).

L’un des objectifs de développement durable consiste donc à concevoir des villes assurant l’égalité des chances pour tous (accès aux services de base : eau potable, énergie, logement, transport…) Pour parvenir donc à des villes africaines viables c’est-à-dire durables, il faut  promouvoir les processus de décentralisation, une politique de concertation à l’échelle locale entre les différents acteurs, un partenariat public-privé au niveau de la conception et réalisation des projets urbains.

DJIEUFACK Evarice Benoit, enseignant des sciences de l’éducation à l’Ecole Normale d’Instituteurs de l’Enseignement Général de Bafang (Cameroun).

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« La ville de demain en Afrique sera une ville intelligente » 

D’entrée de jeu, notons avec emphase que l’Afrique est le continent du futur, avec ses atouts multiformes, ses villes devront offrir à l’humanité des conditions résidentielles plus vivables. La ville de demain en Afrique sera une ville intelligente ; c’est-à-dire celle dans laquelle les sources d’énergie, les infrastructures et les services sociaux sont en permanence en intercommunication. C’est surtout la ville de l’écocitoyenneté, où esthétique et éthique font bon ménage.

Comme stratégies pour parvenir à des villes plus viables, nous axons notre argumentation sur la question éducative. Au-delà des logements répondant aux exigences architecturales les plus modernes, d’une technologie de pointe, de l’industrialisation pour la recherche de la croissance, des infrastructures, la toile de fond des politiques d’urbanisation devrait reposer en majeur partie sur le pilier éducatif. En effet, l’éducation a cette force inouïe de transformation des schèmes mentaux et modes comportementaux. Elle aiguille les consciences, canalise les énergies et donne sens à l’exécution des politiques de développement. La théorie du capital humain est fortement illustrative dans ce sillage.

Pour l’avènement des villes durables africaines, nous envisageons des « éducations à » dans des cadres formels (écoles ordinaires), non formels (ONG, média, leaders d’opinion,…) et informels (famille, religion, …). Notamment, il s’agit de l’éducation à la citoyenneté et par extension à l’écocitoyenneté, à la morale, à l’intégrité, à l’environnement et au développement durable, à l’enracinement culturel, à …. Le plus important ici c’est de doter les populations des compétences de haut niveau favorables à l’éclosion d’un cadre de vie partagé, un cadre où les individus venant d’horizon divers s’acceptent mutuellement en dépit des différences, se familiarisent, se mettent ensemble pour l’atteinte des objectifs communs.  Ce n’est qu’à ce prix que la ville africaine sera éloignée des représentations stéréotypées qui estimaient qu’« aux villes d’Afrique sont très souvent associées des images de violence (gangs, guerre), de pathologies urbaines (Sida), de pollution, de misère omniprésente et de domination des activités informelles » (Fournet-Guerin, 2011, p50).

Une chose à ne pas sous-estimer est la question culturelle. Quelles valeurs culturelles devons-nous consolider pour la ville africaine de demain ? Eh bien, à l’heure de la mondialisation, l’Afrique aujourd’hui est jalouse des ses valeurs culturelles sans pour autant prôner la phobie culturelle. Entre l’acculturation, l’inculturation et  le déracinement, l’Afrique se doit d’éduquer ses sujets à « l’enracinement et à l’ouverture ». Comment devenir l’autre en étant soi même ? Voilà jeter les dés d’un combat éducatif pour la viabilité de nos villes de demain. Pour ne pas souffrir d’une dialectique à la hégélienne où  « mondialisateurs » et « mondialisés » se regarderont en maitres et esclaves, nous brandissons l’arme éducative pour ne pas arriver les mains vides à ce « carrefour du donner et du recevoir » si cher à Senghor. L’ouvrage éduquer ou périr de l’historie KHI-ZERBO est à ce titre un livre de chevet pour quiconque veut savoir le modèle éducatif qui sied à l’Afrique d’aujourd’hui. C’est par là que l’Afrique  terre d’accueil, d’hospitalité et de fraternité saura distinguer l’imposture et l’hypocrisie de la franchise.

Martha Eneke Munongo, Environmental Engineer

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“A sustainable city cannot be achieved while laying aside the importance of water.”

The just ended colloquium on “Sustainable Intercultural cities, Sanitation in African cities and Education for Intercultural sustainable development” is an initiative to greatly praise. This colloquium being first of its kind was a complete success. It was an opportunity to make new contacts and work with researchers from various countries. The organisation from start to finish beat the records. Once more kudos to the organizing committee while hoping for many more of such colloquiums.

Clearly, a sustainable city cannot be achieved while laying aside the importance of water. The role water plays for humans, animals and the environment cannot be over emphasized. However, with development comes the increase in water demand, use and hence pollution. Statistics reveal that African cities have the least developed waste water treatment plants. This is obvious as can be seen in the eutrophication of our water bodies and the unending cholera outbursts around us. Thus, the approach we emphasized on during this colloquium is an integrated approach to water management. Integrated water resource management according to the Global water Partnership is “a process which promotes the coordinated development and management of water, land and related resources in order to maximise economic and social welfare in an equitable manner without compromising the sustainability of vital ecosystems”. With an integrated approach to water management, the need for water treatment is brought to light. This is because it becomes clear to each user and the government authorities that after using water, it should be rendered as harmless as possible to the next user before releasing it to the environment. An integrated approach to water equally makes sure that each group of water user is given the opportunity to have a say in policy making. This approach makes sure that resources are well allocated where necessary.

The central African region has been found to have the least percentage to the implementation of integrated water resource management. Putting this into place will be a great step to the attainment of sustainable cities across the continent.

Alain Hugues OBAME, Chercheur au Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Cameroun

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Appréhender et capitaliser la dimension multiconfessionnelle de nos villes dans la planification stratégique

Les « politiques urbaines nationales » sont interpellées par l’effervescence religieuse car les lieux de cultes croissent de plus en plus « là où on ne les attendait pas ». En réalité, les lieux de culte sont des édifices névralgiques dont la visibilité est devenue un enjeu urbanistique et politique (Annick Germain, 2017). S’il est erroné de présumer une autorégulation harmonieuse des activités et pratiques religieuses en milieu urbain, une sorte de « main invisible » de la sphère religieuse. De même, une stratégie d’exclusion ou de réduction aveugle des lieux cultuels n’est non plus la panacée. Nous préconisons des arrangements formels ou des « accommodements raisonnables » en contexte métropolitain pluri-religieux. C’est une forme de participation directe et effective mobilisant citoyens-citadins, acteurs religieux et municipalités.

Dans l’espace privé, en plus d’un zonage qui prévoit expressément l’emplacement réservé aux lieux cultuels, la municipalité pourrait insérer des charges sociales symboliques dans le cahier de charge des promoteurs religieux. Dans le quartier Simbock à Yaoundé, le puits aménagé par une « église portative » à l’entrée dudit lieu de culte improvisé sert de source ordinaire d’approvisionnement en eau pour les populations environnantes. Ici, le puits devient un facteur de pacification des relations avec le voisinage. La duplication de telles initiatives dans un environnement manquant d’équipements peut contribuer au renforcement de la tolérance…et du caractère inclusif des villes africaines. « Quand vous buvez l’eau du puits, n’oubliez pas ceux qui l’ont creusé » dit le proverbe.

En outre, si la confessionnalisation des espaces publics (stades, salles de cinéma, espaces verts, rues, servitudes) devait perdurer, l’on pourrait limiter la simultanéité et la mitoyenneté des célébrations entre mouvements religieux concurrents. Le cas échéant, il ne serait pas superfétatoire de penser à la conception d’une charte de bonne conduite dont la signature préalable est exigée des leaders religieux organisateurs desdites activités.

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 1, 2017 16:10