Cameroun: Santé: La société civile revendique une taxe destinée à la couverture sanitaire universelle

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 22, 2014 17:38 Mise à jour

Cameroun: Santé: La société civile revendique une taxe destinée à la couverture sanitaire universelle

Une marche pacifique de la Coalition 15%

Une marche pacifique de la Coalition 15%

La revendication portée par la Coalition 15 % est adressée aux membres du Parlement et au gouvernement camerounais. Ces derniers sont invités par les organisations de la société civile à inclure dans la réforme fiscale à venir une taxe spéciale de 0,3 % qui évitera aux malades  de supporter seuls le paiement de leurs soins de santé.

Il est fréquent dans les hôpitaux camerounais de voir les malades mourir faute d’argent pour se soigner. D’autres se sentent obligés de casser leur tirelire pour s’acquitter de leurs frais d’hospitalisation ô combien exhorbitant ainsi que des médicaments prescrits par le médecin.

C’est pour en finir avec cette situation malheureuse que des organisations de la société civile (Osc) réunies autour de la »Coalition 15% » viennent d’adresser au premier Ministre camerounais, une correspondance aux fins de l’institution d’une taxe obligatoire santé de 0,3% sur toutes les recettes de l’Etat destinée à la couverture sanitaire universelle:  » Le paiement direct est la façon la plus régressive de financer le système de santé car il fait supporter la charge financière aux malades et aux pauvres » soutient la Coalition.

Fogue Foguito, leader de la Coalition 15%

Fogue Foguito, leader de la Coalition 15%

Circulaire du chef de l’Etat

Selon ces Osc, cette taxe obligatoire permettra  à l’Etat du Cameroun de pouvoir consacrer 15% de son budget à la santé, suivant les engagements pris en 2001 à l’issue de l’adoption de la Déclaration d’Abuja. Mais la Coalition constate malheureusement qu’au Cameroun, on est loin du compte:« nous sommes toujours en deçà de 6% du budget à la santé », se désole la Coalition dans une correspondance adressée au premier Ministre le 12 novembre dernier.

Bien plus encore, d’après la Coalition 15%,: « Avec jusqu’ici moins de 14 dollars, soit 7 324,8 de FCFA par habitant et par an, la dépense de santé au Cameroun reste largement inférieure au niveau recommandé au niveau international pour atteindre les OMD (objectifs du millénaire pour le développement, ndlr), soit 34 dollars par habitant et par an« 

Ces revendications portées par la société civile interviennent au moment ou le Parlement est réuni en session pour plancher sur le budget de 2015. Elles ont pour prétexte une circulaire du président camerounais Paul Biya signé en août dernier et dans laquelle il énonce que « l’optimisation de notre système fiscal devra être poursuivie à travers notamment l’élargissement de l’assiette fiscale, la sécurisation des recettes et la simplification des procédures d’imposition… « . Pour Coalition 15%, on ne pouvait sans doute pas mieux saisir la balle au bond.

Michel Biem Tong

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L’intégralité du communiqué de presse des organisations de la société civile représentées par Coalition 15%

NOUS VOULONS UNE TAXE OBLIGATOIRE SANTE DE 0.3% SUR TOUTES LES RECETTES DE L’ETAT POUR FINANCER LA COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE.
Dans la circulaire relative à la préparation du budget 2015, le président de la république son Excellence Paul Biya, en août dernier, annonçait des changements majeurs dans les régimes fiscaux notamment en précisant que « l’optimisation de notre système fiscal devra être poursuivie à travers notamment l’élargissement de l’assiette fiscale, la sécurisation des recettes et la simplification des procédures d’imposition… Cette réforme, après la refonte des régimes d’imposition devra constituer un des leviers de la politique de relance économique ». A l’aube de l’ouverture de la session budgétaire 2014-2015, Nous appelons le Gouvernement et les parlementaires à intégrer l’adoption d’une taxe obligatoire santé de 0.3% sur toutes les recettes externes et internes, comme composante fondamentale de cette reforme fiscale.
En effet, le Cameroun reste toujours en situation d’Epidémie généralisée pour les pandémies telles que le VIH, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites etc. Avec jusqu’ici moins de 14 dollars, soit 7 324,8 de FCFA par habitant et par an, la dépense de santé au Cameroun reste largement inférieure au niveau recommandé au niveau international pour atteindre les OMD, soit 34 dollars par habitant et par an. Le financement de l’État pour la santé est faible et n’a que très peu augmenté depuis 2000 malgré l’adoption de la Déclaration d’Abuja où le Cameroun s’est engagé à allouer chaque année, au moins 15% de son budget à la santé. Cette année 2014, au moins 85% des formations sanitaires de prise en charge du VIH ont connu au moins cinq fois des ruptures de médicaments. Malgré les appuis externes multiformes, la vétusté des plateaux techniques dans pratiquement 85% des formatons sanitaires, y compris celles des grands centres urbains, tels que Yaoundé et Douala ne fait plus l’objet de débat. Sur un autre plan, les iniquités et des disparités géographiques et financières dans l’accès aux soins persistent. Dans une étude récente, il a été noté que moins de la moitié des formations sanitaires (publics et privés) dans le Nord-Ouest, Sud-ouest et de l’Est avait de l’eau et du savon pour laver les mains. Une sur cinq formations sanitaires n’a pas de boîtes sécurisées pour jeter les objets tranchants déjà utilisés, et deux sur trois n’avait pas d’instructions pour la décontamination affiché. Jusqu’ici, le poids du financement de la santé est largement supporté par les ménages. Les dépenses privées représentaient 70,4% des dépenses totales de santé (dont 94,5% sous forme de paiements directs), 13,2% des financements sont assurés par des ressources externes et les ressources publiques prenaient en charge moins de 16,4% des dépenses totales de santé.
Aucun pays n’a pu progresser sensiblement vers la croissance socio-économique, en s’appuyant sur le paiement direct des services ou les cotisations facultatives à un régime ‘assurance. Le paiement direct est la façon la plus régressive de financer le système de santé car il fait supporter la charge financière aux malades et aux pauvres c’est pourquoi nous demandons à :
• Monsieur Philémon Yang et son gouvernement d’’abandonner les dépenses directes au profit des sources de financement obligatoires et du prépaiement en éliminant considérablement le recours aux payements directs et en étendant le paiement anticipé à travers un régime de couverture maladie universelle financée entièrement à travers la taxe obligatoire santé de 0.3% que nous proposons .
• Aux Honorables Marcel Niat NjifenJi et Cavayé Yégué Dibril et leurs Camarades sénateurs et Parlementaires, de ne pas accepter comme par le passé, le vote d’un budget qui ne permet pas toujours au Cameroun de réduire la mortalité et la morbidité des pandémies au sein de nos populations.
Lorsqu’une forte proportion de la population n’a pas d’emploi salarié régulier, il faut recourir davantage aux recettes du budget général, qui proviennent principalement d’impôts indirects (par exemple taxe sur la valeur ajoutée) qui peuvent être progressifs et sont une ressources importantes et non exploitée au Cameroun ; il faut surtout élargir les volants budgétaires pour accroitre les dépenses publiques consacrées à la santé. Pour assurer l’équité vers la Couverture Sanitaire Universelle, il faudra accroitre les dépenses publiques consacrées à la santé en donnant la priorité à la santé dans le budget national, en relevant le niveau global des recettes par le biais de mécanismes progressifs et des dépenses publiques.

 

 

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA novembre 22, 2014 17:38 Mise à jour