Cameroun : Scandale : Comment l’assassinat du détenu politique P.Abah Abah a été planifié en 2010

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 12, 2017 08:51

Cameroun : Scandale : Comment l’assassinat du détenu politique  P.Abah Abah a été planifié en 2010

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  • D’après une note transmise au chef de l’Etat en 2010 par la Direction du renseignement militaire, l’ancien directeur camerounais des Impôts, reconnu comme prisonnier politique par l’ONG française CL2P, faisait partie des personnalités à abattre avant la présidentielle de 2011. Les services spéciaux voyaient leurs ombres derrière une tentative de déstabilisation du pays.

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D’après une note transmise au chef de l’Etat en 2010 par la Direction du renseignement militaire, l’ancien directeur camerounais des Impôts, reconnu comme prisonnier politique par l’ONG française CL2P, faisait partie des personnalités à abattre avant la présidentielle de 2011. Les services spéciaux voyaient leurs ombres derrière une tentative de déstabilisation du pays.

L’assassinat de Polycarpe Abah Abah proposé par la Direction du renseignement militaire (Drm) au chef de l’Etat, Paul Biya, à un an de la présidentielle du 9 octobre 2011, se serait-il mué en assassinat politico-judiciaire ? C’est sans doute ce que laisse croire la note confidentielle N°007108/CAM/PR/NC du 4 septembre 2010 relayée par l’édition N°109 du bihebdomadaire camerounais Germinal du 8 août 2017.

D’après cette note de la Drm, l’ancien directeur des Impôts et ancien ministre de l’Economie et des Finances fait partie des 12 hautes personnalités de l’Etat « à abattre coûte que coûte », lit-on dans la note. La Drm laisse transparaître dans cette note de renseignement qu’il s’agit de personnalités soupçonnées de manœuvres souterraines en vue de la conquête du pouvoir suprême en perspective de la présidentielle de 2011.

polycarpe Abah abah

Polycarpe Abah abah

Des condamnations et des affaires

Reconnu comme un prisonnier politique par le Comité de libération des prisonniers politiques (CL2P), une ONG parisienne acquise à la cause des détenus politiques en Afrique centrale, Polycarpe Abah Abah a été arrêté le 31 mars 2008. Au moment de la transmission de cette note au chef de l’Etat, M.Abah Abah est détenu à la prison centrale de Yaoundé. Il a été transféré au secrétariat d’Etat à la défense (bureaux du patron de la gendarmerie), un camp militaire, fin juin 2012.

Un autre célèbre détenu politique, l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, fait également partie de la liste des hauts commis de l’Etat à éliminer physiquement. L’ancien directeur des Impôts croule sous le poids de deux condamnations à 25 puis 20 ans de prison pour malversations financières et à 6 ans de prison pour « tentative d’évasion aggravée ».

Polycarpe Abah Abah est en ce moment au centre d’un procès dans les deux volets de l’affaire dite CRTV (radio et télévision publique camerounaise). L’ancien patron des Impôts est accusé dans l’un comme dans l’autre volet d’avoir détourné des centaines de millions de F CFA représentant les frais d’assiette et de recouvrement de la redevance audiovisuelle (Rav). D’après le parquet du Tribunal criminel spécial, Polycarpe Abah Abah a signé un protocole d’accord avec le directeur général de la Crtv, Gervais Mendo Ze en vue du virement de 10% de la Rav dans un compte privé (appartenant à la mutuelle du personnel des Impôts).

G11

Un hebdomadaire camerounais annonçant Abah Abah (photo du milieu) comme un membre du G11, groupe de jeunes hauts commis de l’Etat qui envisageait de prendre le pouvoir en 2011

Une plainte d’Abah Abah contre des faussaires

Aux audiences des 10 et 11 août dernier, Polycarpe Abah Abah a expliqué n’avoir pas ordonné quelque virement que ce soit avant son départ de la direction des Impôts le 8 décembre 2004. Il a indiqué le compte en question n’est pas un compte privé mais celui de la direction des Impôts. Le compte en question figure dans une lettre adressée au patron de la Crtv par le chef par intérim de la division des grandes entreprises de la Direction des Impôts le 9 août 2004.

Le compte en question, a-t-il dit, n’a été mouvementé qu’après son départ de la direction des Impôts. Et les sommes qui en ont été débitées ont servi à payer le personnel temporaire et les prestataires de service de la direction des Impôts. L’ancien ministre a promis des poursuites judiciaires contre les auteurs de ce qu’il a considéré comme un faux protocole d’accord dont s’est servie l’accusation pour le poursuivre.

hurinews.com

Louis MBANGA
par Louis MBANGA août 12, 2017 08:51