Cameroun : Selon son ex-avocat : Le procès du prisonnier politique Atangana Mebara est inéquitable

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 25, 2015 02:15 Mise à jour

Cameroun : Selon son ex-avocat : Le procès du prisonnier politique Atangana Mebara est inéquitable

Dans un droit de réponse publié ce jeudi 23 juillet par le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, Me Claude Assira a soutenu avec force que les droits de la défense de son ancien client ne sont pas respectés par les juges du Tribunal criminel spécial. Accusé du détournement  de la somme de 5 millions de dollars américains dans le cadre de l’achat de l’avion présidentiel, l’ancien secrétaire général à la présidence est reconnu comme prisonnier politique par des Ong françaises depuis juin 2014.

Me Claude Assira Engoute n’est plus l’avocat de Jean Marie Atangana Mebara. L’avocat et sa collègue Me Françoise Ekani ont défendu la cause de l’ancien ministre et secrétaire général à la présidence de la République jusqu’à leur désistement il y a quelques semaines. Les hommes en robe noire entendaient ainsi marquer leur exaspération face à ce que Me Assira a considéré comme de nombreuses violations des droits de la défense de cet ex-proche collaborateur de Paul Biya.

Dans un droit de réponse rendue public le 23 juillet dernier par le quotidien d’Etat Cameroon Tribune du 23 juillet dernier, en réaction à la sortie il y a 3 semaines des avocats de la partie civile par ce même canal, l’ex-avocat de Jean Marie Atangana Mebara a indiqué que le procès est « gravement déséquilibré ». D’après Me Assira Engoute, le Parquet du Tribunal criminel spécial (Tcs) a usé de manœuvres dilatoires pour ne pas faire comparaître les témoins de leur client. Il s’agit de deux cadres de la société américaine Boeing.

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Partie civile

Dans son droit de réponse, Me Assira a dénoncé « le mutisme du parquet sur les démarches entreprises » pour faire comparaître les deux témoins : « le parquet n’a pas voulu prendre le risque que Boeing vienne à ce procès et innocente Atangana Mebara », croit l’ex-conseil de l’ancien ministre. Le parquet du Tcs a toujours argué de ce que les formalités nécessaires à la comparution des témoins de Mebara étaient purement administratives, c’est-à-dire gérées entre le ministère de la Justice et le ministère des Relations extérieures.

Me Assira n’a pas épargné le tribunal qui, selon lui, a refusé de « prendre ses responsabilités pour ordonner lui-même la comparution des témoins » de la défense. Dans leur sortie médiatique à eux, les avocats de la partie civile que sont Me Ngongo Ottou et Me Nnomo Beala ont soutenu que les droits de M.Atangana Mebara ont été respectés : une trentaine de renvois de la cause dont plus de la moitié sollicités et obtenus par l’accusé et ses conseils dans le souci du respect des droits de la défense, la récusation par l’accusé d’un des juges de la collégialité, à laquelle le président du Tcs a fait droit en procédant au changement du juge concerné.

L’ancien secrétaire général à la présidence est accusé d’avoir détourné une somme de 5 millions de dollars (environ 4 milliards de F CFA). Débloquée par l’Etat du Cameroun en juin 2003 à travers la Société nationale des hydrocarbures, la somme représente un additif de l’acompte destiné à la firme américaine Boieng pour l’acquisition d’un avion présidentiel. D’après les témoins de l’accusation, l’argent est parvenu dans les comptes du constructeur d’aéronef Boeing.

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Cl2p

Interpellé et écroué à la prison centrale de Kondengui en août 2008, Jean Marie Atangana Mebara purge une peine de 15 ans de prison dont il a écopé en appel en octobre 2012 après un acquittement en jugement quelques mois plus tôt. Cette affaire, elle aussi relative à l’achat d’un avion présidentiel, est pendante devant la Cour suprême. L’ancien haut cadre de la présidence est également sous le coup d’une condamnation de 20 ans de prison depuis le 2 octobre 2013. Il est accusé de malversations financières dans le cadre du règlement de la dette de l’ex-compagnie aérienne Cameroon Airlines vis-à-vis de ses loueurs d’avion. Le procès actuel est ouvert depuis mars 2014.

En mai 2014, la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union africaine a exigé de l’Etat du Cameroun que Jean Marie Atangana Mebara soit libéré et dédommagé à hauteur de 800 millions de f Cfa pour « détention arbitraire ». Depuis le 12 juin 2014, l’ancien secrétaire général à la présidence est considéré comme un prisonnier politique par l’Ong française Comité de libération des prisonniers politiques au Cameroun (Cl2p).

Michel Biem Tong

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juillet 25, 2015 02:15 Mise à jour