Cameroun: Spécial 8 mars: Me Lydienne Eyoum, la suppliciée du Renouveau

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 27, 2015 19:09 Mise à jour

Cameroun: Spécial 8 mars: Me Lydienne Eyoum, la suppliciée du Renouveau

Me Lydienne Eyoum

Me Lydienne Eyoum

Retour sur le destin tragique d’une mine d’or du barreau camerounais promue à une belle carrière d’avocate mais happée à la fleur de l’âge par une impitoyable machine politico-judiciaire camerounaise qui ne lui laisse aucune chance de retrouver un jour la liberté et sa profession.

Qu’elle est lointaine l’époque ou sa silhouette pimpante et éclatante arpentait les couloirs des tribunaux de Yaoundé et de Douala. Qu’elle est lointaine l’époque ou affublée de sa robe noire, la voix fine de ses plaidoiries en faveur de l’Etat du Cameroun retentissait dans les salles d’audience desdits tribunaux. Et pour cause, la vie de Me Lydienne Yen Eyoum, sawa (peuple originaire de Douala) bon teint âgée aujourd’hui de 55 ans (elle en aura 56 en juin prochain) a basculé un certain 8 janvier 2010 au quartier Hippodrome à Yaoundé: interpellation par des éléments lourdement armés d’une unité spéciale de la police camerounaise, projection dans une camionnette remplie d’hommes en tenue, déferrement devant un juge puis la détention préventive 2 jours plus tard à la prison centrale de Kondengui. On dirait un film hollywoodien.

Nul n’aurait imaginé un aussi terrible destin pour une carrière d’avocate riche, prometteuse et appréciée de toute la corporation qui a pris son envol au milieu des années 1980. Me Eyoum était alors une avocate stagiaire. A 24 ans ! Mais c’était sans compter avec un engrenage judiciaire soigneusement entretenu et huilé par de hauts fonctionnaires du sérail camerounais, plus soucieux des intérêts privés que de l’intérêt général. Le cœur du problème ? Une somme de 1, 077 milliards de F Cfa destinée à l’Etat que l’avocate française d’origine camerounaise est accusée d’avoir conservé par devers elle. D’avoir détourné en fait.

« Nous avons les mains liées »

Lydienne-Yen-Eyoum a kondengui

Nous sommes en décembre 2004. Soit 10 ans après le déclenchement d’un contentieux judiciaire opposant l’Etat du Cameroun (dont Me Eyoum a assuré la défense dès mars 1998) et la filiale camerounaise de la banque française Société Générale. En jeu, un montant d’environ 2 milliards de f Cfa que la banque devait reverser à l’Etat. Mandaté par son client pour recouvrer cet argent, l’avocate lui reverse une partie de la somme et garde le reste. Sommée par le haut sommet de l’Etat de restituer le pactole, Me Eyoum brandit une décision de justice prise quelques mois plutôt et qui lui conférait cette somme.

Alors se déploie la machine judiciaire contre Lydienne, « l’insoumise ». Avec à la clé une procédure pénale bien singulière : A l’enquête préliminaire en 2006, tant les gendarmes du secrétariat d’Etat à la Défense que les fins limiers de la police ne trouve rien à lui coller sur le dos, malgré les pressions ; à l’interrogatoire, elle s’entend dire par un juge d’instruction que « nous avons les mains liées » ; lors du procès au Tribunal criminel spécial de Yaoundé, les représentants de l’Etat qu’on l’accuse d’avoir spolié disent cependant n’avoir subi aucun préjudice. Mais au finish, Me Eyoum le payera cher : une condamnation à 25 ans de prison ferme le 26 septembre 2014. Mais plus dur pour elle n’est pas d’encaisser une aussi lourde peine. Plus difficile est sans doute de supporter pour longtemps encore le supplice d’un univers malodorant, bruyant et insalubre de la prison centrale de Kondengui. Dans un état de santé parfois chancelant. Le Français Michel Loyse, son époux depuis août 2006, l’encaisse sans doute plus péniblement. Triste destin, pour en dire moins.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 27, 2015 19:09 Mise à jour