Cameroun: Thomas Messanga Ngono: Le syndicaliste qui veut en découdre avec la contractualisation des instituteurs

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 31, 2014 11:51 Mise à jour

Cameroun: Thomas Messanga Ngono: Le syndicaliste qui veut en découdre avec la contractualisation des instituteurs

Thomas Messanga Ngono

Thomas Messanga Ngono

Président du Syndicat national des instituteurs contractuels et maîtres des parents (Snicomp), Thomas Messanga Ngono s’affirme depuis quelques années comme ce combattant infatigable de la cause des enseignants contractuels des écoles primaires du Cameroun que ni les menaces, ni les arrestations et intimidations, ni la récente suspension de son salaire ne réussissent à faire fléchir.

Pour le rencontrer, il faut se rendre au lieu dit Bata Nlongkak, à Yaoundé, où il fait des vacations dans une école primaire située non loin de là. Pourtant, le poste d’affectation de Thomas Messanga Ngono, la quarantaine entamée,se trouve à Nkol Angoung, dans l’arrondissement d’Okola, au centre du Cameroun: »mon salaire est suspendu depuis 17 mois alors qu’il n’existe aucun dossier disciplinaire contre moi, il est difficile pour moi de joindre les deux bouts, je survis grâce à des camarades du syndicat qui m’envoient de temps en temps un peu de sou, mais il ne faut pas fléchir car ce qui ne nous tue pas nous rend fort ». On s’en doute bien, ses ennuis avec ses supérieurs hiérarchiques tirent leur sources de son engagement syndical. Thomas Messanga est président du Syndicat national des instituteurs contractuels et maîtres des parents (Snicomp) et son intransigeance dans l’exigence du recrutement « sans conditions » de tous les instituteurs contractuels en fait un poil à gratter: « un jour, j’ai reçu un appel d’une dame que je ne connais pas et qui s’est présenté comme étant du ministère de l’Education de base , elle s’est mise à m’insulter et à me dire ‘aller donc dans la rue, vous allez voir’. Il y a aussi parfois la gendarmerie qui nous appelle pour nous intimider », raconte l’instituteur qui tient la craie depuis près de 15 ans.

le Comité I11

La fibre syndicaliste, Thomas Messanga Ngono la revendique depuis près de 10 ans. Son but était de combattre une injustice faite à une catégorie d’instituteurs: »au début des années 2000, nous étions des instituteurs vacataires et nous étions très mal payé, on nous payait 55 000 après 3 ou 4 mois, la misère était telle qu’un jour , un camarade enseignant  est mort entre mes bras  parce qu’il n y avait même pas de quoi lui payer un comprimé, ça m’a beaucoup marqué« . D’après Thomas Messanga, c’est au bout de multiples mouvements de grève que les recrutements d’enseignants contractuels vont être lancés dès 2001. Mais en 2006, la machine des recrutements va être grippée: »la ministre de l’Education de base de l’époque, Haman Adama, nous avait demandé d’attendre 5 ans pour être intégré à la fonction publique. Ce que nous avons fait. Mais en 2011, ce recrutement n’est pas intervenu ». C’est ainsi qu’en septembre  2011, lui et ses camarades du Snicomp vont mettre sur pied le Comité des Instituteurs Contractuels et contractualisés en 2011 (I 11) afin de contraindre les autorités gouvernementales à les recruter comme fonctionnaire. Aussi vont-ils entreprendre des marches pacifiques et des sit-ins.

Au cours de la marche de novembre 2011, Thomas Messanga Ngono et 5 de ses camarades seront interpellés puis gardés à vue au commissariat centrale du premier arrondissement de Yaoundé avant d’être d’être présenté au procureur de la République près le Tribunal de grande instance du Mfoundi qui va les inculper pour « manifestation illégale ». Mais le procès contre eux va s’achever par un non-lieu décidé en mars 2012:« c’était une manœuvre d’intimidation » , souligne Thomas Messanga Ngono dont le combat pour le recrutement des instituteurs contractuels n’a nullement faibli. Après la suspension de son salaire par les autorités préfectorales d’Okola, il entend saisir le Bureau international du travail dans les prochains jours.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 31, 2014 11:51 Mise à jour

Abonnez-vous à notre newsletter