Cameroun:Christophe Junior Zogo: « On ne peut pas avoir extorqué de l’argent à une Française et être réfugié en France »

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 18, 2014 12:22 Mise à jour

Cameroun:Christophe Junior Zogo: « On ne peut pas avoir extorqué de l’argent à une Française et être réfugié en France »

Réfugié politique en France, l’ancien  commissaire de police en service  à la Direction de la sécurité publique de la Délégation générale à la sureté nationale et au commissariat central de Bamenda relate les circonstances dans lesquelles  il est sorti du Cameroun il y a 8 ans puis a obtenu le statut de réfugié politique. Accusé avec certains de ses camarades d’avoir extorqué de l’argent à une journaliste française, Christophe Junior Zogo nie tout en bloc.

 

 

 

Christophe Junior Zogo devant la tour Eiffel à Paris

Christophe Junior Zogo devant la tour Eiffel à Paris

Vous êtes installé en France depuis pas mal d’années aujourd’hui. Le 28 février 2006, vous et deux de vos collègues êtes suspendus de la police camerounaise pour avoir extorqué de l’argent à des journalistes françaises venues à Yaoundé, que s’était-il réellement passé ?
Vous utilisez des bien grands mots « extorsion de fonds ». Je vous le concède puisque c’est la pratique au Cameroun. Cher Monsieur, peux-tu extorquer des fonds à un français et obtenir l’asile politique en France? Posez cette question aux fins connaisseurs des pratiques administratives de la République française, ils vous diront sans ambages « impossible ». Ces français auraient couru porter plainte en France.
Que s’est-il donc passé ce jour-là ?
Ce qui s’est passé le 28 février 2006 relève d’une volonté pour certains hauts responsables de l’époque non seulement de régler leur compte avec un de leur « frater » dans la mafia et les cercles ésotériques à savoir mon collègue l’ex commissaire Ebené mais aussi et surtout, du plan de certains hauts dignitaires camerounais (Edgar Alain Mebé Ngo ´o, Jean Marie Atangana Mebara ,Ndocki Victor), les commissaires divisionnaires et commissaires principaux,hommes de main de Mebé Ngo´o, (Mbanga Mbarga Victor Hugo ,Jean Louis Messing,Ndimba Jacqueline ,Elong Lobé James ,et mon oncle Ossong Onana Rémy), de s’illustrer auprès de l’opinion en sacrifiant quelques boucs émissaires et mettre en place leur plan secret de conquête du pouvoir. C’etait en fait le « fameux G11 » et ses lampistes. Regardez-vous même cet énorme rouleau compresseur!Je ne souhaite célà à personne.
Comment avez-vous fait pour tenir face à ce que vous qualifiez de « rouleau compresseur » ?
J’ai vraiment la peau dure pour être toujours en vie aujourd’hui .Ce d’autant plus que tous ceux qui fourraient leur nez dans cette histoire ont failli laisser des plumes. Tous me rappelant qu’Edgar Alain Mebé Ngo’o (patron de la police de l’époque aujourd »hui ministre camerounais de la Défense) est un terminator qui broie tout sur son passage parce que « protégé et potentiel successeur  » de Paul Biya.
Votre révocation du corps de la police est intervenue quelques temps plus tard, un acte que vous avez toujours qualifié d’illégal…
La preuve, nous avons saisi la chambre administrative de la cour suprême du Cameroun depuis 2007 et dans les délais .Depuis lors, c’est le silence total. Pourquoi ne vide-t-elle pas le délibéré de cette affaire même en notre défaveur .Ce n’est un secret pour personne que cette justice est aux ordres .

« Peux-tu extorquer des fonds à un français et obtenir l’asile politique en France? Posez cette question aux fins connaisseurs des pratiques administratives de la République française, ils vous diront sans ambages « impossible »

Quelques mois plus tard vous et vos camarades d’infortune décidez de quitter le Cameroun, dans quelles conditions êtes-vous sortis du pays ?
Je ne suis pas parti du Cameroun avec des camarades, mais un camarade: le commissaire Ebené et sa famille. L’autre camarade n’a jamais bougé du pays et y vit toujours: l’ex commissaire de police Kergnine Kerbai. Il a d’ailleurs été admissible à ´l’Enam (Ecole nationale d’administration et de magistrature, ndlr) et Edgar Alain Mebé Ngo y a mis son veto. A l’heure où je vous parle, il est cadre au ministère de l’Économie et des finances et vous pouvez aller le vérifier. Chaque fois, le régime, ses courtisans zélés me disent que « des dossiers t’attendent », « tu as extorqué de l’argent à des françaises » , pourquoi ne commencent-ils pas par arrêter mon collègue Kerbai qui vit là-bas avec eux ?Sont-ils plus royalistes que la France où je vis et quand on sait comment la France protège ses ressortissants!Revenons à votre question, je suis sorti du Cameroun par Rio Campo du côté de la frontière du Cameroun avec la Guinée équatoriale comme je vous l’ai dit avec mon collègue Ebené et sa famille. Nous n’avions aucun mandat d’arrêt contre nous ,puisque le dossier était vide et monté de toute pièce par M. Mebé Ngo.

 

couverture du passeport pour réfugié du Commissaire Zogo

couverture du passeport pour réfugié du Commissaire Zogo

passeport zogo 2

La première page de passeport du réfugié

Comment avez vous été reçus en Guinée Equatoriale?

Nous avons été accueilli à Bâta par nos camarades de la police équato-guinéenne puisque formés à l’école de police de Tsînga à Yaoundé avec nous. Une fois à Bâta , le plus en vue d’entre eux, le commissaire Julian Ondo Nkum à l’époque secrétaire d’Etat à la Sécurité et Directeur de la sécurité présidentielle du président Obiang a affrété un jet privé qui nous a immédiatement transféré à Malabo. Nous étions escortés et protégés par le colonel Mba Assoum et ses hommes .A Malabo, nous avions été logés à l’hôtel « yoli » histoire de reprendre nos esprits et décider de la suite. Ils ont voulu qu’on travaille dans la garde rapprochée du président Obiang, mais nous avons décliné l’offre pour des raisons de sécurité .Par la suite, ils nous ont évacué vers la France. Voilà notre parcours et vous êtes désormais édifiés dessus. C’est le lieu et l’occasion ici pour moi si vous le permettez, de remercier le président Obiang Nguema et sa famille ainsi que toutes les Autorités équato- guinéenne pour leur accueil et protection .Je leur dois la vie et jamais, je ne l’oublierai.
En France, vous jouissez du statut de réfugié politique, l’octroi de ce statut par les autorités françaises a-t-il été aisé ?
Je puis vous affirmer que les choses sont allées comme sur des roulettes.Je sais qu’obtenir ce statut en tant que ressortissant du Cameroun n’est pas une sinécure .Le régime de Paul Biya soigne son image à l’étranger en se faisant passer pour un régime démocratique et respectueux des droits de l’homme. Quelle hérésie ! Ce Monsieur est vraiment ingénieux dans la dissimulation du vice. L’Union européenne était sur le point de supprimer le Cameroun sur la liste des pays éligibles à l’asile comme le Ghana par exemple .Heureusement, nous étions là pour bloquer ce projet fou ,  d’ailleurs les événements de 2008 les ont ramené à de meilleurs sentiments. Notre procédure d’obtention d’asile disais-je,a été relativement facile et courte .Aussitôt présentés à l’Ofpra(office français pour la protection des réfugiés et apatrides),l’officier de protection a dit qu’il était fière de nous accueillir au nom du gouvernement français et que les choses devraient aller vite, puisqu’ils connaissent déjà le dossier et veulent juste s’assurer que c’est bien nous .Au bout de quelques mois ,nous avons eu l’asile politique. J’ai donc compris, que la société civile camerounaise avait bien fait son travail et j’en suis reconnaissant. Je remercie aussi le travail fait dans l’ombre par M Charles Pasqua sur recommandations de feu Gilbert Andzé Tsoungui dont je remercie ici la famille.

 

« Notre procédure d’obtention d’asile disais-je,a été relativement facile et courte »

Mon commissaire, pouvez-vous nous dire qui vous en voulait particulièrement ?
C’est Monsieur Edgar Alain Mebé Ngo, parce que nous avons mis à nu son plan caché et dangereux de conquête du pouvoir. Ce monsieur a un ego surdimensionné malgré son incompétence et sa boulimie financière .C’est un vrai desperado qui est prêt à tout pour conquérir le pouvoir. Il est extrêmement dangereux et broie tout sur son passage. Il liquide beaucoup de gens susceptibles de lui faire ombrage et n’aime pas la contradiction. Paul Biya ne sait pas à qui il a affaire. Un jour, il le liquidera. Mebé Ngo est un desperado qui sait que s’il perd la partie, il est condamné .Il a trop cristallisé la haine du fait de son arrogance, prétention et abus. Il joue sa survie.

Pour terminer mon commissaire,  Pourquoi en avait-on tant après vous?
En fait, depuis quelques temps, M. Mebe Ngo’o ne lésine sur aucun moyen pour prendre le pouvoir au Cameroun. Alors, il était question pour lui de poser des actes forts à savoir sanctionner des policiers qui sont loin d’avoir de la cote au Cameroun, puis s’attirer la sympathie du peuple.Et dans cette volonté de s’affirmer auprès de l’opinion ,M Edgar Alain Mebé Ngo a monté de toutes pièces une sordide histoire pour mieux noyer le petit poisson, aidé en célà par ses hommes de main.Il n’a pas pu cependant atteindre son objectif macabre à savoir nous envoyer au cachot pour qu’on nous liquide là- bàs, la justice n’ayant pas donné suite à cette machination diabolique.C’est pour ça ,qu’il a échafaudé d’autres scenaris tels:menaces d’assassinat de hauts responsables,atteinte à la sûreté de l’Etat. Informés de ce rouleau compresseur,nous avons pris le chemin de l’exile via la Guinée -Équatoriale .D’où notre placement sous la protection des Nations-unies aussitôt arrivés en France en 2007.Tout le reste n’est que désinformation et intox.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA octobre 18, 2014 12:22 Mise à jour