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Crise anglophone/Sebastien Ebala : « La solution c’est le départ de Paul Biya »

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L’activiste camerounais donne sa grille d’analyse sur la dernière sortie d’Amnesty International au sujet de l’arrestation au Nigéria des leaders séparatistes anglophones  le 5 janvier dernier.

La dernière actualité au sujet de la crise anglophone c’est ce communiqué d’Amnesty international faisant état de ce que nles leaders sécessionnistes ne devraient pas être extrader au Cameroun sous peine d’être torturé et de ne pas bénéficier d’un procès équitable, cela vous inspire quoi comme réflexion ?

Sans être un fan d’Amnesty international, en tant qu’acteur soucieux du respect des droits de l’homme et chrétien, connaissant le système oppressif, dictatorial et criminel qui prévaut au Cameroun depuis 1982, il est important que Sisiku Ayuk Tabe et ses compères restent au Nigéria parce qu’il n’y aura pas de garantie d’un procès équitable au Cameroun leur permettant de défendre leur droit. Parce que lorsque vous voyez les circonstances dans lesquelles ils sont été arrêtés, pour la gouverne de vos lecteurs, il faut dire que c’est une arrestation qui s’est faite sous forme de corruption. L’Etat du Cameroun a débloqué beaucoup d’argent-on parle de 500 000 dollars- qui a été versé au chef des services de renseignement du Nigéria et ce dernier a fait arrêter ces nobles citoyens qui luttent pour la défense d’une collectivité qui est marginalisée. Certes nous ne souhaitons pas que le Cameroun soit divisé mais je pense que les problèmes soulevés par les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et par ces leaders séparatistes sont des problèmes de fond que, si ce pays était gouverné par quelqu’un qui a une vision, qui est un patriote, les problèmes posés lors la conférence de Foumban de 1961 aurait dû être réglé dans le sens des intérêts des populations.

Est-ce que selon vous, ces leaders devraient être extradés au Cameroun ?

Après avoir mené des recherches sur les relations entre le Cameroun et le Nigéria, je n’ai vu nulle part une convention d’extradition entre les deux pays. S’il existe un mandat d’arrêt international lancé contre eux, les organismes de défense des droits de l’homme devraient se mettre ensemble pour que cette extradition ne soit pas possible. Parce que si ces gens sont extradés au Cameroun, ils risquent d’être tués. Vous vous souvenez de l’affaire Guerandi que, jusqu’aujourd’hui, on n’a jamais élucidé. Vu la torture qu’ils vont subir ici, ces gens risque d’être assassinés ou alors empoisonnés. Nous avons face à nous des gens qui ne lésinent sur aucun moyen, qui sont prêts à tout parce que ce sont des pouvoiristes absolus, des sanguinaires au sens propre du terme. Donc moi je pense qu’on n’a pas besoin d’utiliser toutes les méthodes d’instrumentalisation, de manipulation de corruption que l’Etat du Cameroun est en train de déployer parce qu’après que ces leaders aient été arrêtés dans un hôtel à Abuja où ils étaient en réunion stratégique sans doute pour tabler sur un certain nombre de problèmes, leur extradition secrète au Cameroun avait déjà été planifiée. Mais comme un crime n’est jamais parfait, le président nigérian, Muhammadu Buhari a été informé bien avant et décidé de voir un peu plus clair à propos.

L’activiste Sébastien Ebala

Il est vrai que le communiqué d’Amnesty international dénonce une détention arbitraire et au secret, en violation de la loi nigériane qui demande qu’on les mette à la disposition de la justice 48 heures après leur arrestation. Mais ne méritent-ils pas tout de même d’être jugés au regard des faits commis dans la zone anglophone du Cameroun qui pourraient leur être reprochés et qu’ils ont  d’ailleurs revendiqué ?

Ce n’est pas parce que M.Sisiku Ayuk Tabe est le président de la République virtuelle de l’Ambazonie qu’il est responsable de tout ce qui se passe dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Il faut vous en méfier connaissant le système que nous avons en face qui veut se pérenniser au pouvoir le plus longtemps possible. Il peut arriver que ce soit ce régime sataniste qui organise toutes ces tueries et les impute à Sisiku Ayuk Tabe. C’est pour cela que votre question est importante. Il est donc souhaitable que ce dernier et ses gens soient présentés devant un juge et que les accusations portées à son encontre soient connues du grand public et leur maintien dans un lieu secret est la preuve que les services de renseignement nigérian se sont comportés comme dans une maffia. S’il y a un mandat d’arrêt international contre eux, que le Nigéria s’en saisisse et ouvre un procès en bonne et due forme contre eux afin qu’on puisse savoir exactement ce qui leur est reproché. Moi je puis vous dire qu’ils ne seront jamais extradés au Cameroun, ils seront libérés. Le Nigéria va subir des pressions parce que l’acte commis par ce pays n’est pas sérieux parce qu’il fallait arrêter ces gens dans un cadre normal, les présenter devant un juge puis voir s’il existe des conventions d’extradition entre le Nigéria et le Cameroun.

Il peut arriver que ce soit ce régime sataniste qui organise toutes ces tueries et les impute à Sisiku Ayuk Tabe. C’est pour cela que votre question est importante. Il est donc souhaitable que ce dernier et ses gens soient présentés devant un juge et que les accusations portées à son encontre soient connues du grand public et leur maintien dans un lieu secret est la preuve que les services de renseignement nigérian se sont comportés comme dans une maffia.

Le fait de se comporter de la sorte est la preuve que le Nigéria est un pays corrompu comme le Cameroun. Le chef des services de renseignements nigérian a reçu de l’argent du ministre camerounais de l’Administration territoriale et de la Décentralisation qui s’est rendu récemment au Nigéria. Le président Buhari qui est un légaliste connait très bien ce que vivent les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Pour avoir été préfet dans la région du Biafra, il sait ce que c’est que la sécession, il ne peut pas l’accepter. Mais alors, il sait très bien que ces sécessionnistes qui revendiquent l’autonomie d’une république virtuelle veulent aller sur une table de discussion mais avec un nouveau régime.

Comment expliquez-vous cette précipitation de certains soutiens du régime de Yaoundé à annoncer leur présence à Yaoundé quelques heures après leur arrestation ainsi que le silence du gouvernement autour de cette affaire ?  

Feu Dr Charles Ateba Eyene avait mené un certain nombre de recherches sur le Cameroun lesquelles lui ont permis de se rendre compte que le Cameroun n’est pas un pays mais une mafia. Quand vous parlez des soutiens du régime sur les réseaux sociaux, sachez que beaucoup d’agents de renseignements se cachent derrière les pseudos sur les réseaux sociaux et ils savaient bien que le gouvernement camerounais ayant corrompu les services secrets nigérians, les leaders sécessionnistes allaient être capturés puis extradés au Cameroun. C’est pourquoi ils criaient victoire avant d’avoir vu la proie qu’ils recherchaient. Je pense que le silence du régime de Paul Biya est un silence de la mafia car c’est bien lui qui tirait les ficelles dans l’ombre. Mal leur en a pris parce que le Nigéria est certes un pays corrompu comme le Cameroun mais qui a à sa tête un légaliste, un patriote élu démocratiquement et il connaît les méthodes de répression, de la tyrannie, de la barbarie du système de Paul Biya au Cameroun. Je pense que cette forfaiture ne pouvait pas passer et vous avez vu le « caqueteur » de la République, celui qui fait office de porte-parole du gouvernement. Au cours d’une interview à la BBC, il a fait montre de son pédantisme habituel en disant qu’il ne peut pas parler sur la base des ragots et attend avoir une information fondée avant de s’exprimer. Mais il connaissait déjà la vérité qui est que de l’argent qu’ils ont versé aux services secrets nigérians n’a été que pure perte car la solution idouane était l’extradition d’Ayuk Tabe et Cie vers le Cameroun et une fois au Cameroun, on les aurait liquidés physiquement.

Quelles solutions préconisez-vous au regard de l’état de pourrissement dans lequel se trouve la crise anglophone à l’heure actuelle ?

Quand la crise anglophone a éclaté en 2016, l’une des solutions que j’ai préconisé c’était le dialogue.  Mais Paul Biya a coupé la poire en deux. Après avoir arrêté les leaders syndicalistes (des avocats et des enseignants), il a décidé de libérer ceux qui ont accepté de dealer avec le régime comme Me Agbor Balla alors que vous avez des leaders qui ont pignon sur rue tel que l’homme de la révolution du cercueil, Mancho Bibixy qui sont toujours en prison parce qu’il avait été approché et il y a un certain nombre de propositions qui lui avait été faites, il a refusé de prendre de l’argent et a dit que s’il est libéré, il va continuer d’être solidaire des populations de la zone anglophone. Comme dans notre pays, depuis l’époque de la lutte pour l’indépendance, il y a toujours eu des traitres, Agbor Balla et certains d’entre ceux qui ont été libérés ont reçu de l’argent, ont accepté de dealer avec le pouvoir. Je profite de votre journal en ligne qui est très lu sur Internet pour dire qu’il n’y a plus de solution possible, la seule que je préconise depuis quelques mois c’est le départ de Paul Biya car cette crise a atteint un niveau que Paul Biya à la tête de l’Etat risque enfouir les germes d’une guerre civile. Comme l’archevêque de Douala, Mgr Kleda, lui a rappelé la dernière fois, si Paul Biya aime ce pays, qu’il renonce à se porter candidat à la présidentielle de 2018. S’il s’entête, le Cameroun entrera dans une insurrection populaire et M.Biya devra en répondre devant Dieu et devant les hommes parce qu’il a hérité un pays qui l’a nourri comme un nouveau-né et il serait souhaitable pour lui, pour avoir détruit le tissu social, économique, le vivre-ensemble au Cameroun, de partir et de laisser ce pays dans une probable stabilité et permettre à des hommes nouveaux d’asseoir l’unification et la construction du Cameroun.

il n’y a plus de solution possible, la seule que je préconise depuis quelques mois c’est le départ de Paul Biya

S’il s’entête, l’histoire retiendra qu’il est celui qui a amené les Camerounais à la boucherie. Il n y a plus de solution à la crise anglophone car la présence de M.Biya à la tête de l’Etat participe d’envenimer la situation. Parce qu’il est resté solidaire de certains de ses thuriféraires tels que le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, le ministre de la Justice, Laurent Esso et le secrétaire permanent au Conseil national de la sécurité, Atanga Nji qui ont tenu à l’endroit des populations anglophones un discours barbare, provocateur et de discrimination. Un véritable chef de l’Etat les aurait limogé et se serait rendu sur les lieux, mais il est resté dans sa posture qui consiste à penser que la pourriture, l’enlisement, la corruption et l’hyper-militarisation de ces deux régions anglophones allaient lui donner raison. Si Monsieur Biya se porte candidat en 2018, il portera le sang des Camerounais entre ses mains et l’histoire ne le lui pardonnera pas.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

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