Fou du roi, hors-la-loi

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mars 23, 2016 17:51

Fou du roi, hors-la-loi

A lire absolument, l’humeur de MBT, suite aux menaces proférées à l’encontre du directeur de publication du quotidien Emergence par Paul Atanga Nji, haut cadre à la présidence du Cameroun.

De son fait, le Cameroun a reculé de plusieurs années en arrière. Des années que l’on croyait pourtant révolues. Il n’était plus courant d’entendre qu’un représentant de l’Etat a intimidé ou menacé un journaliste de mort. Mais Paul Atanga Nji l’a fait. Devant le ministre de la Communication au bureau de celui-ci, devant des hauts responsables de la police et de la gendarmerie à Yaoundé, représentants de la loi. Le non moins secrétaire permanent du Conseil national de la sécurité a eu ces propos pour le moins glaçants à l’endroit du directeur du quotidien camerounais Emergence : « je vous exécute, je vous tue et on ne me fera rien ».

Qu’est ce qui peut bien valoir l’ « exécution » (sommaire bien entendu !) au directeur de publication du quotidien camerounais Emergence ? Au cours d’un point de presse à Yaoundé le 17 mars dernier, Magnus Biaga a déclaré-ou osé déclarer, selon Atanga Nji- entre autres que « tous les Camerounais sont d’accord qu’après 33 ans de pouvoir, Paul Biya doit passer le relais…l’actuel chef de l’Etat a peur du lendemain, de l’avenir de sa famille ». De quoi susciter le courroux du fou de dieu, Atanga Nji.

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Paul Atanga Nji, l’homme fort du régime de Paul Biya

 

Oui, Atanga Nji est fou de dieu, de son dieu, Paul Biya, président de la République du Cameroun. Il en est tellement fou et obsédé qu’on est porté à croire qu’il est prêt à échanger sa vie contre celle de son idole. Qui se frotte à ce dernier se pique à lui. Et le patron du journal Emergence vient de l’apprendre à ses dépens. Les anciens ministres incarcérés Marafa Hamidou Yaya, Olanguena Awono et Atangana Mebara aussi.

Dans une lettre ouverte parue récemment, le chargé de mission à la présidence a semblé leur rappeler qu’ils ne sont en rien des prisonniers politiques mais des personnalités en indélicatesse avec la justice. Une justice devant laquelle lui, Atanga Nji, n’a pas daigné répondre fin 2014 lorsqu’il y a été convoqué pour répondre de nombreuses malversations financières à la Cameroon postal services : « …on ne me fera rien », a-t-il sans doute signifié aux juges du Tribunal criminel spécial.

Mais comme tout amour fou, les effets dévastateurs sont souvent à la fois innombrables et innommables. Ainsi, en promettant de mettre à mort Magnus Biaga, non seulement Atanga Nji piétine la Constitution du 18 janvier 1996 modifiée le 14 avril 2008 qui, en son préambule, proclame l’existence de la liberté d’expression et d’opinion, mais aussi il rend l’Etat du Cameroun responsable de la violation de pas mal d’instruments juridiques internationaux qu’il a ratifié.

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Magnus Biaga, directeur de publication du journal Emergence

 

C’est le cas de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui dispose en son article Article 19 que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a également pâtit des agissements d’Atanga Nji. L’article 9 alinea 2 de cette Charte énonce que « Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements ».

Atanga Nji serait donc un hors-la loi qui rappelle aux autres (comme il l’a fait récemment à Olanguena, Mebara et Cie) qu’ils le sont aussi, par amour et folie pour son roi. Vous avez dit hors-la-loi ? Il s’agit bel et bien d’une situation qui ne semble plus quitter ce haut cadre de la présidence sorti de la pègre pour se retrouver dans les ors et lambris du palais présidentiel. Comment donc être surpris par un aussi triste tableau qui, à lui seul, représente l’état d’esprit de tout ceux qui veulent s’accrocher au pouvoir à Yaoundé. A quelques mois ou années  d’une présidentielle et d’une candidature de Paul Biya que ses affidés-dont Atanga Nji-appellent de tous leurs vœux.

Michel BIEM TONG

 

 

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA mars 23, 2016 17:51