Gabon: Le syndrome burkinabé : On se trompe d’analogie

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 25, 2014 15:44 Mise à jour

Gabon: Le syndrome burkinabé : On se trompe d’analogie

Abdoulaye Bathily

Abdoulaye Bathily

Au Burkina Faso, c’était une insurrection légitime des populations, alors que le coup d’Etat au Gabon est le fruit d’une franche de l’opposition pouvoiriste sans foi ni loi.    

Le 14 novembre dernier, nous publions, dans ce même site «  hurinews.com », un article que nous titrions : « Gabon : Les petits pas de quelque chose / Et à l’origine, le Français Pierre Péan ». C’est que, ayant mesuré l’ampleur des visées pouvoiristes des forces nocives et tapies dans l’ombre, tout se prêtait à un scénario putschiste dont les effets ne peuvent qu’être déplorables pour les âmes sensibles. Et plus d’un mois après, on est donc de pleins pieds dans l’insurrection, dont le bilan, s’il est encore à négliger, pourrait s’empirer dans les jours qui viennent si rien n’est fait maintenant pour stopper la saignée. Nous comprenons la préoccupation du chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (Unoca), Abdoulaye Bathily, qui, le 19 décembre, soulignait déjà «l’urgence d’un dialogue entre le gouvernement et l’opposition pour trouver (…) une solution pacifique à l’impasse actuelle » et « éviter que le Gabon bascule dans une crise profonde». En dépit de cela, rien n’a empêché Jean Ping et ses colistiers de braver les barrières.

Les militants du Front uni de l’opposition pour l’alternance disent parachever l’œuvre commencée par les Burkinabé. Seulement, l’analogie ne tient pas dans les deux contextes. Au Burkina Faso, Blaise Compaoré (63 ans) s’entêtait à faire modifier l’article 37 de la Constitution, afin de lever le verrou de la limitation de mandats et donc, de se donner une présidence à vie contre les intérêts du peuple burkinabé. Les opposants du Front uni, aidés par des milliers de jeunes, de femmes et d’hommes, ont fini par avoir raison. Aujourd’hui, Blaise Compaoré est en maque d’une terre d’asile, après avoir été chassé par la rue  le 31 octobre dernier. Blaise Compaoré arrive au pouvoir par coup d’Etat en 1987, après avoir assassiné Thomas Sankara.

Or, dans le cas gabonais, Ali Bongo Ondimba (55 ans) est arrivé au pouvoir à la faveur de l’élection du 30 août 2009 démocratiquement organisée. Dans le pays, la vie suit son cours normal, les salaires ont été pays deux semaines avant la fin de ce mois de décembre. Mais alors que sur le plan politique on s’attend à l’élection présidentielle de 2016, voilà que les frustrés de la mangeoire de l’ancien régime crient à un hold-up et nourrissent la xénophobie contre Ali Bongo Ondimba. Donc, entre le cas burkinabé, pour lequel tous les Africains de l’intérieur et de l’extérieur ont été unanimes, et le cas gabonais où, les opposants manquent tout crédit de la part des Africains, car brillent par le manque de programme politique et surtout d’assurance quant à leur victoire en 2016, il y a un gigantesque déphasé fossé.

L’Union africaine et la Cémac

Pourtant, l’opposition gabonaise était en train de montrer un très bel exemple d’organisation pour présenter en 2016, un candidat unique : Jean Ping (72 ans, il en aura alors 74). Ce qui leur confèrerait une crédibilité et des chances de remporter l’élection. Au lieu de persévérer sur cette voie et présenter à l’électorat gabonais un programme  cohérent et convaincant, Jean Ping et sa bande ont opté pour la voie la plus facile, la plus anti démocratique, mais surtout la plus inhumaine : arracher le pouvoir par le sang. Seulement, cet étudiant (Mboulou Beka), qui a rendu l’âme le 20 décembre dernier, était-il militant du Front uni de l’opposition pour l’alternance ? Si ce n’est pas le cas, les jeunes gabonais, qui sont encore vivants, devraient y réfléchir. Au lieu donc de suivre ses études, le jeune a fini par avaler son acte de naissance pour une cause qui n’en est pas une. Nous tenons, par ce canal, à présenter toutes nos condoléances à la famille si durement éprouvée ainsi qu’à la nation gabonaise.

Depuis le début du coup d’Etat au Gabon, l’Union africaine n’a pas encore dit un mot. La Cemac aussi regarde de manière passive le Gabon s’embraser. On attend certainement que le pire se produise. Pour sa part, l’ONU, à travers le Représentant spécial du Sg et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), Abdoulaye Bathily, dans un Communiqué de presse n°20, parvenu dans les rédactions des onze pays membres de l’UNOCA, « condamne les violences survenues lors de la manifestation organisée par l’opposition gabonaise ce 20 décembre à Libreville. Il exprime ses profonds regrets à la suite du décès d’un manifestant. Il prend bonne note des informations fournies par la Procureure de la République et demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette perte en vie humaine, ainsi que sur les arrestations survenues lors de la manifestation. Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU souhaite par ailleurs un prompt rétablissement aux blessés ». Et le 22 décembre dernier, il a rencontré les responsables de la Majorité présidentielle, qui se sont ouverts, comme d’habitude, au dialogue avec l’opposition. Jean Ping et ses colistiers accepteront-ils cette main tendue ? Pas surprenant car un des opposants du Front uni a indiqué lundi dernier sur les ondes de la Rfi ne pas avoir à déroger de leur position : démettre à tout prix Ali Bongo Ondimba du Palais du Bord de mer.

A qui doit-on imputer la responsabilité de ces crimes ? Et pendant que brûle le Gabon, affalé dans son divan douillet et sirotant son champagne depuis son hexagone natal, Pierre Péan peut éclater de rire : « je les ai eus, ces pauvres et minables cons d’Afrique ! » En attendant, le Service des Affaires criminelles du Commandement en chef des Forces de la police nationale a servi des convocations aux leaders du Front uni de l’opposition pour l’alternance le 23 décembre dernier.  « Le refus de se déférer à une convocation vous expose à des poursuites judiciaires (Article 3 du Code pénal », lit-on sur la convocation n°001 de Jean Ping. 

André Théophile Essomé

 

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA décembre 25, 2014 15:44 Mise à jour

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