Le procès de la honte

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juin 11, 2015 09:41

Le procès de la honte

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Le 26 septembre 2014, alors que Yap Abdou, président du collège des juges du Tribunal criminel spécial (Tcs), venait de prononcer la culpabilité de Me Lydienne Yen Eyoum, son avocat Me Yondo Black, vert de colère, avait lancé une cinglante pique à la collégialité : « j’ai honte, vous n’êtes pas libre ». Nul doute que le 9 juin dernier, les convictions de cet ancien bâtonnier n’ont pas bougé d’un pouce tant la Cour suprême du Cameroun a intronisé ce qu’il est convenu d’appeler un procès de la honte. Honte pour nous qui, citoyen camerounais, auront de la peine à convaincre à l’extérieur que le Cameroun est non seulement un havre des droits de l’homme mais aussi un sanctuaire de la sécurité judiciaire. Honte pour nous qui, citoyen camerounais, aurons du mal à faire croire qu’il est impossible au Cameroun qu’une personne soit interpellée un soir à son domicile, sur la base d’une simple lettre de cachet de la présidence de la République (et non d’une plainte au sens juridique du terme) sans mandat de justice et conduite devant un juge par une vingtaine de policiers armés jusqu’au dents, confinée dans une cellule mal famée infestée de rats et ce pendant plus de 4 ans sans jugement (la loi camerounaise pourtant n’en autorise que 18 mois de détention maximum).

Honte pour nous, citoyen camerounais, qui désormais, ferons difficilement triompher l’argument selon lequel le respect des décisions de justice est garanti lorsqu’elles sont rendues. Honte ensuite pour certains hauts commis de l’Etat à savoir un ancien ministre de l’Economie et des Finances et un ancien ministre de la Justice qui, de part leur agissements, ont non seulement permis à une banque de transiger avec des décisions de justice rendu en sa défaveur mais aussi peiné à convaincre (eux qui, en réalité, sont ses véritables accusateurs) que les frais de justice conférés à Me Lydienne Eyoum à l’issue d’une décision de justice rendue par un tribunal de Douala en décembre 2004 était de deniers publics.

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Solidarité de corps

L’on ne saurait ne pas regretter le manque de solidarité de corps au sein du Conseil de l’ordre des avocats camerounais. Quand on sait que son ex-président, cité comme témoin de l’avocate française au Tribunal criminel spécial, n’a pas daigné se présenter à la barre. Bien plus encore, non seulement Me Eyoum n’a fait l’objet d’aucune procédure disciplinaire au sein de l’Ordre, mais aussi certains de ses confrères ont allègrement offert leurs services à une partie civile, savoir le ministère des Finances qui, curieusement, a longtemps clamé qu’il n’avait rien à reprocher l’avocate. Croyant servir l’Etat camerounais, Me Eyoum s’est retrouvée coincée dans un traquenard que lui tendaient de personnalités camerounaises sans foi ni loi depuis des lustres. Et aujourd’hui, elle en paye le prix fort, ce, pour une vingtaine d’année encore. A moins que la diplomatie française ne puisse la tirer d’affaire comme ce fut le cas avec le président de son comité de soutien, Michel Thierry Atangana.

Michel Biem Tong

Louis MBANGA
par Louis MBANGA juin 11, 2015 09:41

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