Nigéria : Massacre de Zaria : Amnesty International accable l’armée

Louis MBANGA
par Louis MBANGA avril 24, 2016 13:19

Nigéria : Massacre de Zaria : Amnesty International accable l’armée

Selon un rapport d’Amnesty International, les forces de défense nigérianes tentent de camoufler un carnage qu’elles ont perpétré en décembre 2015 dans au nord du Nigéria. Une commission d’enquête siègera demain dans l’Etat de Kaduna pour statuer sur ces massacres.

Le massacre de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants par des soldats à Zaria et les tentatives visant à dissimuler ce crime illustrent un mépris total pour la vie humaine et pour l’obligation de rendre des comptes. L’armée nigériane a brûlé des personnes encore vivantes, rasé des bâtiments et s’est débarrassée des corps des victimes dans des charniers.

Le rapport de l’organisation à ce propos, intitulé Unearthing the truth: Unlawful killings and mass cover-up in Zaria, contient des témoignages choquants sur les nombreux homicides illégaux perpétrés par l’armée nigériane et met en évidence les manœuvres grossières des autorités pour détruire et dissimuler des éléments de preuve.

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une fosse commune après les massacres

 

« La véritable horreur de ce qui s’est passé à Zaria pendant ces deux jours commence seulement à émerger. Des corps ont été abandonnés dans les rues et empilés devant la morgue. Des personnes blessées ont été brûlées vives », a déclaré Netsanet Belay, directeur de la recherche et du plaidoyer pour l’Afrique à Amnesty International.

« Nos recherches, s’appuyant sur des témoignages et l’analyse d’images satellite, ont identifié un possible charnier. Il est désormais temps pour l’armée de dire la vérité et d’admettre où elle a inhumé en secret des centaines de corps. »

Mouvement islamiste du Nigéria

Plus de 350 personnes auraient été tuées par l’armée entre les 12 et 14 décembre 2015, à la suite d’un affrontement entre des membres du Mouvement islamique du Nigeria (MIN) et des soldats à Zaria, dans l’État de Kaduna.

Des sympathisants du MIN – certains armés de matraques, de couteaux et de machettes – avaient refusé de lever un barrage routier à proximité de leur base, la Hussainiyya, pour laisser passer un convoi militaire. L’armée a affirmé que des sympathisants du MIN ont attaqué le convoi dans le but d’assassiner le chef d’état-major, ce que nient les membres du mouvement.

Après l’affrontement initial, l’armée a encerclé d’autres zones où des sympathisants du MIN s’étaient rassemblés, notamment le complexe résidentiel d’Ibrahim Al Zakzaky, le dirigeant du MIN. Certaines personnes ont été tuées par des tirs aveugles. D’autres semblent avoir été délibérément prises pour cibles.

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images choquantes des massacres

 

Les informations disponibles indiquent que la mort de ces manifestants est due à un recours excessif, et sans doute injustifié, à la force.Après les faits, l’armée a bouclé les zones entourant le complexe al Zakzaky, la Hussainiyya et d’autres lieux. Des corps ont été emportés, des sites ont été rasés, des gravats enlevés, des tâches de sang lavées, et des balles et des cartouches vides ramassées dans les rues.

Amnesty International a identifié et examiné les lieux d’un possible charnier près de Mando. Des images satellite du site, prises le 2 novembre et le 24 décembre 2015, montrent que la terre a été retournée sur une surface d’environ 1 000 mètres carrés. Des images satellite donnent également à voir la destruction complète de bâtiments et de mosquées.

Procès équitable

« Il est clair que l’armée a non seulement recouru à une force illégale et excessive contre des hommes, des femmes et des enfants, tuant illégalement des centaines de personnes, mais également déployé des efforts considérables pour dissimuler ses crimes », a déclaré Netsanet Belay.

« Quatre mois après le massacre, les familles de personnes manquant à l’appel restent sans nouvelle. L’ouverture d’une enquête médicolégale exhaustive n’a que trop tardé. Les corps doivent être exhumés, les faits doivent faire l’objet sans délai d’une enquête impartiale et indépendante, et les responsables présumés doivent être amenés à rendre des comptes. »

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image de la boucherie de Zaria

 

Lundi 25 avril, il est prévu que l’armée fournisse des éléments à la commission judiciaire d’enquête établie par le gouvernement de l’État de Kaduna en janvier 2016. Le 11 avril, un représentant du gouvernement de l’État de Kaduna a déclaré à la commission d’enquête que les corps de 347 membres du Mouvement islamique du Nigeria (MIN) ont été récupérés à la morgue de l’hôpital et à un dépôt d’armes à Zaria, et secrètement enterrés dans un charnier près de Mando (hors de la ville de Kaduna) la nuit des 14 et 15 décembre. Le MIN a affirmé que 350 autres personnes disparues pendant les événements à Zaria manquent toujours à l’appel.

Amnesty International demande que les sympathisants du MIN inculpés en relation avec ces événements soient jugés de manière équitable et dans les meilleurs délais, et que ceux qui se trouvent toujours en détention sans avoir été inculpés soient immédiatement poursuivis ou bien libérés.

hurinews.com

Source : Amnesty International

 

Louis MBANGA
par Louis MBANGA avril 24, 2016 13:19