Pourtant, l’Afrique est la meilleure cliente de la CPI !

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 15, 2016 17:57 Mise à jour

Pourtant, l’Afrique est la meilleure cliente de la CPI !

 L’humeur de MBT

Depuis le 28 janvier dernier, Laurent Gbagbo, ex-président de Côte d’Ivoire et son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, jouent leur destin devant les juges de la Cour pénale internationale. Depuis le 28 janvier dernier, le cœur de l’Afrique bat à la Haye. Et pour cause, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé symbolisent pour beaucoup d’Africains la résistance à l’impérialisme occidental. Dans les médias africains et sur les réseaux sociaux, la fièvre monte : « procès de la honte ! », « CPI, bras armé de l’Occident pour tenir les chefs d’Etat africain en respect », etc.

Oui, le procès Gbagbo à la CPI n’a rien d’équitable. Oui, il y a comme un acharnement de cette cour sur les Africains. Mais que fait l’Afrique de son côté pour ne pas attirer les projecteurs de cette juridiction internationale sur elle ? Submergée par son émotion d’amour-propre blessé, l’opinion africaine coure le risque de passer à côté de l’essentiel. De se cramponner sur la forme (la couleur de peau, cible de la CPI) et de survoler le fond, le vrai débat (les faits reprochés à certains clients de cette cour).

cour-pénale-internationale

D’accord, il y a tromperie sur la marchandise par la CPI concernant le cas Gbagbo, ce dernier étant l’un des rares chefs d’Etat africains démocratiquement élu, victime d’une rébellion sanguinaire dans la partie nord de Côte d’Ivoire. D’accord, l’Occident, loin d’être au-dessus de tout soupçon de violations massives des droits humains, s’acharne sur l’Afrique.

Mais nul ne doit perdre de vue que c’est généralement en Afrique et non en Europe ou en Amérique que des rébellions armées se forment et tuent en masse (Rd Congo, Rwanda, Ouganda, Côte d’Ivoire, Tchad). C’est régulièrement en Afrique et non en Occident que des chefs d’Etat, jaloux de leur pouvoir à vie, marchent sur des milliers de cadavres humains pour se maintenir au pouvoir.

Est-ce l’Occident qui a demandé au président camerounais  Paul Biya de massacrer des centaines de jeunes camerounais en février 2008 afin de faire passer le projet de révision constitutionnelle qui devait lui permettre de s’assurer une présidence à vie ? Est-ce la Belgique ou la France qui a conseillé Joseph Kabila de la Rdc de créer le bataillon Simba, machine à écraser des centaines d’adeptes du Bundu dia Kongo au Bas-Congo ? Idris Deby du Tchad, qui a récemment critiqué la CPI en en disant qu’elle s’acharne sur les chefs d’Etats africains, peut-il donner des nouvelles d’Ibn Mahamat Saleh, l’un de ses opposants politiques aujourd’hui porté disparu depuis 2008 ?

 

JP bemba

l’opposant et chef de guerre congolais Jean Pierre Bemba, à la CPI

 

Des exemples comme ceux-ci-en Afrique, on en égrenerait à l’infini, au point d’avoir pour seul reproche à la CPI, celui de se tromper parfois de cible. Mais même jusque-là, des Africains ne veulent pas entendre parler de la CPI, cette « justice des Blancs  qui ne juge que les noirs ». Soit.

L’on se souvient pourtant qu’en début d’année 2015, les ministres des pays membres de l’Union africaine ont caressé l’idée de mettre en place une Cour africaine de justice des droits de l’homme. Qu’est ce qui explique que ce projet sombre depuis lors dans la nuit noire de l’oubli ? Aucun africain jaloux de la souveraineté des Etats africains en matière de justice pénale internationale pour répondre à cette question.

Comment les Africains peuvent donc être surpris de se voir jugés par la CPI alors que sur le continent africain il n’existe  aucune juridiction supranationale chargée de sanctionner les personnes coupables de crimes contre l’humanité ? Pourquoi les Africains ne veulent pas être justiciable devant la CPI alors que 34 pays africains sont signataires du Statut de Rome ?

manifestants au Togo

manifestations au Togo

 

Autant la peur du gendarme est le commencement de la sagesse, autant le gendarme international qu’est la CPI vient rappeler à l’Afrique, notamment à ses dirigeants, l’importance du respect de la personne humaine, des valeurs de paix, de démocratie et de respect des droits de l’homme, véritable perle rare sur le continent berceau de l’humanité.

Des principes qui, malheureusement, sonnent moche aux oreilles des Africains, davantage soucieux de se présenter à la face du monde comme des éternels persécutés de la race blanche. Ce, depuis la traite négrière. Pourtant, comme chantait le raggaeman ivoirien Alpha Blondy, « le problème des Africains ce sont les Africains, eux-même ». A méditer !

Michel BIEM TONG

Louis MBANGA
par Louis MBANGA février 15, 2016 17:57 Mise à jour